Le Brexit risque d'avoir des conséquences sur la Premier League mais aussi sur les clubs français

Le milieu de terrain français Paul Pogba lors d'un match de Manchester United contre Arsenal au stade d'Old Trafford, le 30 septembre 2019. Barrington Coombs/EMPICS Sport/AbacaPress

Bruxelles et Londres sont parvenus à un accord de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) jeudi 17 octobre 2019. Mais cet accord doit encore être approuvé par le Parlement britannique ce samedi. L'issue de ce vote reste très incertaine alors que les députés du Parti travailliste et du parti unioniste irlandais (DUP) devraient se prononcer contre. Que ce texte soit adopté ou non, le Brexit devrait quand même avoir lieu in fine. En revanche, sa date, fixée au 31 octobre, pourrait être de nouveau repoussée, bien que le Premier ministre britannique Boris Johnson y soit farouchement opposé.

La sortie du Royaume-Uni aura des conséquences économiques sur de nombreuses activités, y compris le football. La chute de la livre sterling, depuis la victoire du "oui" au référendum du 23 juin 2016, a déjà réduit le pouvoir d'achat des joueurs évoluant en Premier League anglaise, rémunérés dans la devise britannique. Ce qui peut poser à terme un souci d'attractivité pour les clubs anglais. Toutefois, forts de la manne financière dont ils disposent, notamment grâce au versement de droits TV colossaux — supérieurs à trois milliards d'euros au total — ces clubs ont encore largement les moyens d'attirer des stars internationales.

Les joueurs européens plus coûteux

Mais ils risquent de devoir mettre un peu plus la main à la poche. "On négocie avec les clubs deux clauses additionnelles aux contrats des joueurs. D'une part, une compensation salariale en cas de dévaluation de la livre sterling supérieure à 10% (...) D'autre part, la garantie qu'ils soient payés toute la durée du contrat pour lequel ils ont été engagés, même s'ils n'obtiennent­ pas de visa après le Brexit", a précisé au Parisien Thierry Granturco, un avocat du sport à Bruxelles. 

Le visa, les joueurs européens n'en avaient pas besoin jusqu'à présent pour évoluer en Premier League. Mais après le Brexit, ils devront remplir les conditions d'obtention d'un permis de travail qui sont très strictes. L'une d'elles est le nombre de rencontres déjà disputées en sélection nationale. Un joueur issu de l'un des dix premiers pays au classement Fifa devra ainsi avoir joué au moins 30% des matchs au cours des deux dernières années. Si sa nation est classée entre la 11e et la 20e place, il devra alors avoir disputé 45% des matchs, puis 60% pour un pays entre la 20e et la 30e place et 75% pour une nation entre la 31e et la 50e place au classement Fifa. 

Des footballeurs français menacés

La Premier League accueille 331 joueurs étrangers — européens et internationaux — ce qui représente un peu plus de 65% de ses effectifs, selon le décompte du site spécialisé TransferMarkt. Parmi eux, des Français comme Alexandre Lacazette (Arsenal), Anthony Martial (Manchester United) ou encore Tanguy Ndombélé arrivé cet été à Tottenham, pourraient éprouver des difficultés à obtenir un permis de travail, en raison d'un nombre de sélections insuffisant en équipe de France. 

Toutefois, les clubs anglais pourront trouver une parade grâce à un système dérogatoire, explique la BBC. Si le montant du transfert et le salaire du joueur européen sont importants — comme c'est le cas de l'attaquant Alexandre Lacazette acheté plus de 53 millions d'euros auprès de Lyon en 2017 et rémunéré plus de 11 millions d'euros par an par Arsenal — cela peut suffire pour qu'un joueur immigré soit considéré de "grande valeur" et puisse obtenir un permis. 

Plus de mineurs et moins d'Européens autorisés

Par ailleurs, en cas de Brexit sans accord entre la Premier League, la Fédération anglaise de football et l'UEFA, l'instance qui régit le football européen, le nombre de joueurs issus de l'UE au sein des équipes anglaises sera limité. En effet, la règle de l'UEFA qui consiste à interdire d'inscrire plus de cinq joueurs extra-communautaires sur la feuille de match prévaudra, selon l'économiste du sport Pierre Rondeau, interrogé par RMC Sport. Or, avec la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, toute l'Europe deviendra extra-communautaire aux yeux de l'Angleterre.

Résultat, un club comme Arsenal, connu pour aligner de nombreux joueurs non-britanniques, pourra inscrire seulement cinq joueurs étrangers européens. 

Par ailleurs, avec le Brexit, les clubs anglais ne pourront plus recruter de joueurs européens avant leur majorité, seuls les championnats au sein de l'UE y étant autorisés. Avec cette règle, Manchester United n'aurait par exemple pas pu acheter le milieu de terrain français Paul Pogba à l'âge de 16 ans auprès de son club formateur du Havre, en 2009. 

Un manque à gagner pour les clubs français

La fédération anglaise de football (FA), qui souhaiterait réduire le nombre de joueurs étrangers par équipe afin de donner plus de temps de jeu aux jeunes footballeurs britanniques en Premier League, veut profiter du Brexit pour instaurer une nouvelle règle : le passage de 17 à 13 joueurs étrangers autorisés par équipe. Mais de nombreux clubs dépassent ce quota de 13 joueurs outre-Manche et s'opposent à cette nouvelle restriction.

Si la dévaluation de la livre renchérit le prix des joueurs achetés à l'étranger par ces clubs, le Brexit pourrait aussi entraîner un manque à gagner pour les clubs français. Ils font partie des meilleurs vendeurs de joueurs à la Premier League. Le milieu lyonnais Tanguy NDombélé est par exemple parti à Tottenham contre un chèque de 60 millions d'euros l'été dernier. Toutefois, la sortie du Royaume-Uni de l'UE pourra aussi aider à endiguer la fuite des talents outre-Manche.

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