Le chercheur en IA de Spotify nous explique pourquoi cette technologie ne sera jamais une machine à produire des hits en série

Rihanna et DJ Khaled lors des Grammy Awards à New York le 28 janvier 2018. Jeff Kravitz/FilmMagic

L'intelligence artificielle a commencé à pénétrer le monde de la culture. Un tableau réalisé par une intelligence artificielle a été vendu chez Christie's pour 432.500 dollars en 2018. En musique, Open AI, la fondation d'Elon Musk, a mis au point une IA capable de créer de la musique dans 15 styles différents. Les plateformes de streaming comme Deezer, Apple Music et Spotify utilisent tous les jours l'IA pour mettre au point des playlists personnalisées. Ces avancées concrètes permises par la technologie génèrent leur lot de fantasmes comme celui de remplacer les artistes ou de facilement trouver les recettes pour générer automatiquement des tubes. Mais pour François Pachet, directeur du Spotify Creator Technology Research Lab à Paris, il ne faut pas se bercer d'illusions.

"Un hit, par nature, est limité. Ça n'a aucun sens d'imaginer en générer en série. C'est absurde. Un hit dépend d'une dynamique sociale à un moment donné. La popularité n'est pas liée à une matière produite de façon objective. Le succès d'une chanson, ce n'est pas un problème bien posé pour une IA et il n'a pas donc de fonction mathématique calculable", nous a expliqué le chercheur, diplômé de Berklee College of Music de Boston et de l'Ecole des ponts Paris Tech, en marge d'une conférence sur l'IA organisée à Paris le 15 novembre par le cabinet d'avocats Shearman & Sterling, avec la Commission des Nations-Unies pour le Droit Commercial International (CNUDCI) et le Boston Consulting Group.

Pour appuyer ses propos, François Pachet cite les travaux de Salganik et Watts en 2006 sur la popularité d'un titre sur le numérique. Selon l'expérience menée, le succès d’un titre serait en grande partie lié aux informations fournies sur sa popularité : influence de proches mais aussi les compteurs et classements. En somme, il suffirait qu'un facteur soit différent pour que tout soit différent. Les tubes ne sont pas aléatoires mais ils ne découlent pas de choix objectifs. "Il n'y a pas de définition de ce qu'est un beau tableau, une recette savoureuse. Et heureusement qu'une réponse objective n'existe pas", estime François Pachet.

 "L'IA ne remplacera jamais un musicien"

Outre les recommandations, la recherche en IA appliquée à la musique essaie de trouver les "patterns" (modèles, schémas) de styles musicaux afin de faciliter la navigation entre eux. Par exemple, mêler le rythme de Brahms avec la mélodie de Schubert. "L'IA en musique, ça existe depuis 1956 et l'Illiac Suite. L'IA ne remplacera jamais un musicien. En revanche, elle créé des opportunités et va démocratiser l'accès à la musique. L'IA, c'est un outil pour les compositeurs. Ils continuent à faire des choix artistiques. Ça me rappelle l'arrivée des synthétiseurs numériques dans les années qui préfiguraient la fin des pianistes selon certains...".

Compositeur et musicien, François Pachet connaît bien le sujet pour avoir été le premier à réaliser avec Benoit Carré un album composé avec de l'IA, baptisé "Hello World". Réunissant plusieurs artistes, dont Stromae, "Hello World" a été écouté plus de 2,5 millions  fois en streaming. Artiste en résidence au sein du laboratoire de Spotify dirigé par François Pachet, Benoit Carré, alias SKYGGE, revient en cet automne avec un prototype d'harmonisation de titres de la folk américaine — "American Folk Songs" — réalisé à partir d'enregistrements a cappella interprétés par des icônes de cette musique dont le disparu Pete Seeger.

L'objectif pour François Pachet et ces artistes est de faire passer les futurs albums sous le même sceau de la critique culturelle, comme toute oeuvre, avec ou sans l'aide d'un ordinateur. "Dans Hello World, il y a de la mélodie, du rythme. On créé des nouvelles choses. Ces morceaux doivent être soumis à la critique. C'est ça l'intérêt final", se réjouit le chercheur.

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