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Le confinement a permis de réduire drastiquement les émissions de CO2 dans le monde en avril

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Le confinement a permis de réduire drastiquement les émissions de CO2 dans le monde en avril
Une femme assise sur un banc dans un parc à Londres, en Angleterre. © Kirsty O'Connor/PA Images via Getty Images

La pandémie de coronavirus a du bon pour l'environnement : de nombreuses personnes ont cessé de prendre l'avion et ne se rendent plus au travail en voiture, ce qui entraîne une baisse drastique des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Une étude publiée mardi 19 mai dans la revue Nature Climate Change révèle que les émissions mondiales de dioxyde de carbone par jour en avril étaient inférieures de 17 % à la moyenne des émissions quotidiennes en 2019. Les résultats montrent que les émissions quotidiennes moyennes ont diminué de 18,7 millions de tonnes de CO2 par rapport à l'année dernière.

C'est un niveau d'émissions comparable à celui de l'année 2006. "Nous verrons les émissions mondiales de carbone diminuer d'au moins 4 % cette année et peut-être de 7 ou 8 %", a prédit Robert Jackson, co-auteur de la nouvelle étude et président du Global Carbon Project, pour l'ensemble de l'année 2020. "Quoi qu'il en soit, ce sera la baisse la plus importante enregistrée en un an depuis la Seconde Guerre mondiale, et peut-être même de l'Histoire."

La baisse la plus conséquente est due à la réduction des transports terrestres

Un homme portant un masque se tient à la fenêtre d'un immeuble à Tokyo, au Japon, le 14 mai 2020.  Eugène Hoshiko/AP

Afin de quantifier la baisse des émissions de dioxyde de carbone, les auteurs de l'étude ont examiné les données des émissions de plus de 69 pays, dont la France et des États-Unis, et de 30 provinces chinoises. L'échantillonnage représente 85 % de la population mondiale et 97 % des émissions mondiales de CO2.

Début avril, les chercheurs ont constaté que les régions responsables de 89 % des émissions mondiales étaient confinées d'une manière ou d'une autre. Ils ont donc réparti les mesures de confinement en trois catégories en fonction de leur degré de sévérité, puis ont estimé l'impact sur les activités quotidiennes normales des habitants (et les effets associés sur les émissions de carbone).

Ils ont constaté que les pays soumis aux mesures de confinement les plus sévères, qu'ils ont définies comme des "mesures nationales de confinement obligatoires qui exigent le confinement de tous les habitants sauf les travailleurs essentiels", ont connu une diminution de 50 % par jour des transports terrestres (comme les déplacements en voiture) et de 75 % par jour des voyages en avion.

Ces deux secteurs ont connu une diminution de respectivement 36% et 60% des émissions.

La baisse des émissions liées aux transports terrestres a représenté 43% de la diminution totale des émissions mondiales quotidiennes par rapport à 2019. En effet, le transport aérien contribue à moins de 3 % des émissions annuelles de CO2, alors que le transport terrestre y contribue pour près de 10 fois ce pourcentage.

Au total, les chercheurs ont estimé que les émissions entre janvier et mi-avril ont diminué de 1 048 millions de tonnes par rapport à la moyenne de l'année dernière sur 12 mois. Environ 23 % de cette baisse provenait de la Chine, 20 % des États-Unis et 9 % de l'Inde.

Les émissions de dioxyde de carbone ont diminué, en moyenne, de 26 % dans les pays qui sont au pic de leur confinement.

Les émissions mondiales annuelles de dioxyde de carbone pourraient diminuer d'au moins 4 % cette année

La diminution de 17 % des émissions quotidiennes de CO2 est "extrême et probablement jamais vue auparavant", ont écrit les auteurs de l'étude.

Cependant, cette baisse ne fait que ramener les émissions au niveau de 2006, ce qui souligne l'ampleur du pic d'émissions de dioxyde de carbone des 14 dernières années.

De la fumée s'élève des cheminées d'une centrale électrique à Shanghai, en Chine.  Reuters/Aly Song

Avant la pandémie, les émissions mondiales de carbone avaient augmenté d'environ 1 % par an au cours de la dernière décennie, selon la nouvelle étude.

Mais l'année 2020 va inverser cette tendance, quelle que soit la date à laquelle le monde se déconfinera.

Si les conditions d'avant la pandémie reviennent à la mi-juin — ce qui veut dire que les entreprises non essentielles rouvriront et que les voyages en avion et en voiture reprendront à des niveaux habituels — les émissions mondiales annuelles de carbone devraient quand même diminuer de 4 %. Si certaines mesures de confinement et restrictions de voyage persistent jusqu'à la fin de l'année, cette baisse pourrait être encore plus importante : plus proche de 7 %.

Selon Robert Jackson, c'est le niveau de réduction des émissions de CO2 dont la planète a besoin chaque année pour atteindre les objectifs environnementaux fixés dans l'Accord de Paris sur le climat, qui vise à limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius.

"Enfermer les gens chez eux n'est pas un moyen durable de réduire la pollution des gaz à effet de serre", a toutefois déclaré Robert Jackson à Business Insider US.

Des voyageurs récupèrent leurs bagages à main derrière des rangées de sièges vides à bord d'un avion Delta entre New York et San Francisco, le 17 mars 2020.  REUTERS/Shannon Stapleton

La baisse des émissions de CO2 ne sera que temporaire si les gouvernements n'intègrent pas les objectifs climatiques dans leurs plans de reconstruction

Corinne Le Quéré, l'auteur principal de la nouvelle étude, a averti dans un communiqué de presse que "ces diminutions extrêmes sont probablement temporaires, car elles ne reflètent pas les changements structurels dans les systèmes économiques, de transport ou d'énergie".

Elle et ses collègues ont écrit que les dirigeants mondiaux doivent intégrer les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique dans leurs efforts de reconstruction économique — en investissant dans les énergies propres, par exemple.

Une femme portant une visière de protection traverse Paris à vélo, le 13 mai 2020.  Samuel Boivin/NurPhoto/Getty Images

"Les fonds de relance issus de la crise de 2008 ont permis de relancer la production d'énergie éolienne et solaire. Aujourd'hui, le Covid-19 et les fonds de relance peuvent catalyser la mobilité individuelle et les véhicules électriques couplés à l'énergie renouvelable", a déclaré Robert Jackson.

Il a ajouté que les mesures de confinement pourraient changer la façon dont les gens pensent à se déplacer.

"Les gens ré-imaginent le transport sans moteur à combustion interne", a-t-il dit. "Nous pourrions avoir un ciel bleu tous les jours sans avoir besoin de rester à la maison, simplement en marchant, en faisant du vélo et en conduisant des véhicules électriques propres".

Version originale : Aylin Woodward/Business Insider.

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