Le développeur derrière le bouton partage sur Twitter regrette d'avoir créé une arme trop puissante pour ses utilisateurs

Twitter pourrait procéder à des changements sur la fonctionnalité du bouton partage appelée retweet. REUTERS/Mike Blake

Tristan Harris, Sean Parker, Chris Hughes... Les repentis de la tech, anciens salariés de Google, Facebook, Reddit ou Instagram, comptent un membre de plus dans leur cercle. Ils s'agit de Chris Wetherell, développeur informatique qui créa l'outil phare de Twitter — le bouton retweet ou RT qui permet de partager des tweets en un clic. Cette invention a 10 ans. Interrogé par le site américain BuzzFeed News, Chris Wetherell déplore l'utilisation de ce bouton qui semble avoir échappé à son créateur, par la puissance qu'il possède dans la propagation de fausses informations et le harcèlement en ligne.

L'ancien salarié de Twitter utilise d'ailleurs une hyperbole guerrière pour décrire la situation et exprimer son regret : "Nous avons mis une arme chargée dans les mains d'un enfant de 4 ans". "C'est ce que je pense que nous avons réellement fait", justifie-t-il en repensant à la création de ce bouton en 2009. Selon lui, il est temps de réparer cette dérive des réseaux sociaux engendrée notamment par les boutons de partage des contenus de toutes les plateformes — Facebook ayant copié la fonctionnalité de Twitter après avoir tenté de racheter l'entreprise à plusieurs reprises.

Jack Dorsey considère lui-même que c'est le moment de changer ce bouton retweet

Le patron de Twitter Jack Dorsey semble d'accord pour apporter des changements à ce bouton de partage. Il a ainsi indiqué à BuzzFeed News que "retweeter avec des commentaires par exemple pourrait encourager plus de réflexion avant la diffusion (du message, ndlr)". Mais pour Jason Goldman, chef du produit de Twitter à l'époque où Chris Wetherell a créé le retweet, le partage avec un commentaire est au contraire la source des problèmes de Twitter aujourd'hui. "Le plus gros problème, c'est le retweet en citant un message", a déclaré Jason Goldman à BuzzFeed News. A la vue de tous, les twittos peuvent se défouler, anonymement, pour commenter les tweets, en espérant se faire remarquer sur un sujet tendance ou polémique sur Twitter. 

Il faut analyser cette pratique à l'aune de la recherche de reconnaissance publique — détournant au passage l'usage premier imaginé par les développeurs de Twitter du bouton partage. Pour des utilisateurs comptant quelques abonnés, centaines ou milliers, la quête du retweet est le Graal. Être retweeté, cité, agrandit potentiellement votre communauté. Pour ce faire, rien de mieux que l'émotion, quelle qu'elle soit — colère, amour, haine,... "La poursuite de ce statut a poussé de nombreux utilisateurs de Twitter à écrire des tweets scandaleux dans l'espoir d'être retweetés par des utilisateurs marginaux. Et lorsqu'ils sont retweetés, cela donne parfois une certaine crédibilité à leurs positions radicales. Le retweet et le partage, en d'autres termes, encouragent le contenu extrême, scandaleux et qui divise", explique Anil Dash, un blogeur et entrepeneur de la tech, à BuzzFeed.

A lire aussi — Google, Amazon Facebook... La justice américaine enquête pour savoir comment ils sont devenus si puissants

Twitter a multiplié les efforts pour lutter contre les spams et les comportements abusifs des utilisateurs, ce qui a porté ses fruits au premier trimestre en augmentant son attractivité pour les utilisateurs et pour les annonceurs. Le nombre des utilisateurs actifs par mois a augmenté de neuf millions au T1 2019 par rapport au trimestre précédent pour atteindre 330 millions. 

Des solutions existent pour éviter les excès de Twitter

Twitter continue de nettoyer sa plateforme pour minimiser les comportements abusifs des utilisateurs, et prévoit de nouveaux produits publicitaires et de nouvelles améliorations. "Nous supprimons 2,5 fois plus de tweets qui partagent des informations personnelles et 38% des tweets abusifs qui sont supprimés chaque semaine sont détectés de manière proactive par des modèles d'apprentissage automatique", a assuré au printemps le PDG Jack Dorsey dans un communiqué.

Utilisateurs, développeurs et chercheurs réfléchissent à limiter les excès de Twitter. Le réseau pourrait faire comme WhatsApp et limiter le nombre de partages. Au MIT, on propose d'autoriser le partage que si l'utilisateur a cliqué — et sous-entendu lu le contenu d'un article, par exemple.

L'app subit une pression grandissante de la part des législateurs et d'utilisateurs qui souhaiteraient que le réseau contrôle mieux sa base d’utilisateurs. En France, l'Assemblée nationale a voté mardi à une large majorité la proposition de loi contre la haine sur internet censée responsabiliser les auteurs de messages et les plateformes.

Ces dernières — Twitter, Facebook, YouTube, etc. — auront notamment 24 heures pour supprimer les messages "manifestement illicites à raison de la race, de la religion, du sexe, de l'orientation sexuelle ou du handicap", critères inscrits dans une loi datant de 1881. En cas de manquement, une sanction administrative d’un montant maximum de 4% du chiffre d’affaires des "accélérateurs de contenu" pourra être prononcée par le Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Le texte prévoit de simplifier les procédures de signalement des contenus illicites via un "bouton unique" et la levée de l'anonymat des auteurs visés.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Twitter cherche quelqu'un pour... gérer son compte Twitter

VIDEO: Ces oreillettes connectées veulent briser les barrières entre les langues — elles traduisent rapidement les paroles de votre interlocuteur(trice)