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Le DG de l'Agence spatiale européenne regrette que l'Europe n'ait pas développé son propre vaisseau pour envoyer ses astronautes dans l'espace

Le DG de l'Agence spatiale européenne regrette que l'Europe n'ait pas développé son propre vaisseau pour envoyer ses astronautes dans l'espace
Le vaisseau Crew Dragon de SpaceX. © SpaceX

SpaceX a marqué l'histoire de l'exploration spatiale les 30 et 31 mai derniers en lançant avec succès sa capsule Crew Dragon transportant les deux astronautes de la NASA Bob Behnken et Doug Hurley en direction de la Station spatiale internationale (ISS) et en réussissant à s'amarrer à celle-ci. Grâce à cette prouesse, la NASA — et les États-Unis — ont mis fin à une dépendance de neuf ans à l'unique moyen de transports d'astronautes en service depuis 2011, la capsule Soyouz russe. L'Europe ne dispose de son propre moyen de transports d'astronautes. Comme l'avait détaillé David Parker, directeur de l'exploration humaine et robotique de l'Agence spatiale européenne (ESA) lors d'une conférence de presse organisée en janvier dernier, "les vols des astronautes européens vers l'ISS, ainsi que ceux des canadiens et japonais, sont assurés à travers la coopération avec la NASA".

L'ESA n'achète pas directement des places sur les Soyouz auprès de l'agence spatiale russe Roscosmos. "C'est la NASA qui s'occupe des négociations avec Roscosmos pour l'utilisation des Soyouz", a-t-il précisé. Dans le détail, l'ESA fournit un module de service pour l'ISS pour payer la part européenne des coûts d'exploitation de la station spatiale — parmi ces coûts, on retrouve ceux liés aux vols d'astronautes. Et c'est grâce à ce troc que l'Europe envoie ses astronautes dans l'espace.

Dans une interview accordée au magazine Challenges, le directeur général de l'ESA Jan Wörner a regretté que l'Europe n'ait pas développé sa propre capsule de transports d'astronautes comme l'ont fait les États-Unis avec la Crew Dragon de SpaceX et la Starliner CST-100 de Boeing — celle-ci devrait effectuer un deuxième vol sans équipage en 2020, suivi d'un vol avec équipage l'année suivante —, d'autant plus qu'il avait lui-même proposé l'idée il y a quelques années. À la question "L'Europe serait-elle capable de concevoir un vaisseau de ce type ?", voici ce qu'il a répondu :

"Bien sûr ! Je l'avais d'ailleurs proposé il y a quelques années. J'ai eu un 'non' clair des États membres de l'ESA. L'idée était de s'appuyer sur la capsule ATV, que nous avons fabriqué de 2008 à 2014 pour le ravitaillement de l'ISS. Une première étape aurait été de rendre ce module réutilisable. Une seconde aurait été de l'adapter au transport d'astronautes. Les États-membres ont estimé que le projet était trop onéreux."

Jan Wörner a ainsi estimé que ce refus était une erreur : "cela nous a mis en situation de dépendance vis-à-vis de la capsule russe Soyouz. Disposer d'un système européen en parallèle aurait été formidable." Selon lui, il n'est pas trop tard pour développer une Crew Dragon européenne, car l'Europe dispose des "savoir-faire du développement de l'ATV, de la conception du module de service d'Orion ou du laboratoire Columbus de l'ISS, nous avons toutes les compétences pour le faire. Même s'il est évident que cela coûterait beaucoup d'argent."

Précédemment, le directeur général de l'ESA, dont le mandat prendra fin juin 2021 et qui ne cherchera pas à réaliser un second, avait indiqué qu'il ne pensait pas que l'Europe se dotera d'une capacité complète de transport humain dans l'espace dans les prochaines années, mais que cette dépendance vis-à-vis de la Russie pouvait être considérée comme une bonne chose : "il y a un effet positif à cela et ce sont les interactions géopolitiques. Si chacun avait sa propre capacité [ndlr : à envoyer des astronautes dans l'espace], quelle nécessité y aurait-il à travailler ensemble ?" Celui qui dirige l'Agence spatiale européenne depuis le 1er juillet 2015 avait ajouté : "parfois, certains déficits sont bons pour d'autres choses comme la coopération. [...] Je peux voir certains effets positifs à cela, que l'Europe a besoin de coopérer avec l'Est et l'Ouest."

Interrogé sur le coût total de l'ISS estimé à environ 150 milliards de dollars, Jan Wörner a estimé que cet investissement valait le coup pour différentes raisons. L'inspiration créée par un astronaute comme Thomas Pesquet lorsqu'il était en mission à bord de l'ISS de novembre 2016 à juin 2017, le développement de traitements dans le domaine de la santé et un retour sur investissement intéressant pour l'Europe : "quand Thomas Pesquet fait des conférences dans des lycées, des universités ou des colloques, tout le monde est captivé, inspiré. Il crée de l'intérêt pour le spatial, notamment chez les jeunes. Cela suffit déjà à justifier notre investissement dans l'ISS. Certaines activités dans la station ont aussi un intérêt direct pour nous sur terre : par exemple, des traitements pour l'ostéoporose ont été développés dans l'ISS. C'est aussi un bon investissement financier pour l'Europe : un euro investi dans l'ISS génère 1,8 euros de retombées économiques", a-t-il souligné.

À lire aussi — Thomas Pesquet semble déjà impatient de voler à bord de la Crew Dragon de SpaceX

Business Insider
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