Un cofondateur de Dataiku nous explique comment une technologie qui sert le succès de sa startup sera utilisée par Bercy pour dénicher les fraudeurs fiscaux

Florian Douetteau, cofondateur et DG de Dataiku. Dataiku

  • Le gouvernement a présenté un projet de loi anti-fraude pour récupérer environ 60 milliards d'euros par an.
  • Le texte prévoit plusieurs dispositions renforçant les pouvoirs d'enquêtes et de sanctions du fisc.
  • Parmi eux, l'utilisation accrue d'une technologie issue des maths et de l'intelligence artificielle: le data mining.
  • La startup française Dataiku connaît une croissance fulgurante grâce à cette technologie. Son DG nous explique comment le data mining peut servir pour dénicher la fraude fiscale.

Le fisc français va davantage utiliser l'intelligence artificielle (IA) pour détecter la fraude fiscale, a-t-on appris ce mercredi 28 mars 2018 après la présentation du projet de loi anti-fraude présenté en conseil des ministres.

Ce texte vise à renforcer les pouvoirs d'enquête et de sanctions de l'administration.

L'enjeu est de lutter contre des pratiques des entreprises comme des particuliers qui, selon les estimations, coûteraient près de 60 milliards d'euros par an à l'Etat.

Pour ce faire, outre la création d'une police fiscale dépendant de Bercy, le projet de loi devrait permettre de lever l'un des obstacles de la lutte anti-fraude: l'exploitation des données, issues du croisement de fichiers des diverses administration, jusqu'à maintenant impossibles. Pour ce faire, l'administration va davantage utiliser le data mining — une technologie qui consiste à collecter puis analyser des données en leur appliquant une méthode statistique pour tirer des enseignements.

"Le data mining représente aujourd'hui 10% des contrôles. On vise 20% en 2018 et l'objectif, c'est d'atteindre à terme 50%", explique-t-on à Bercy, en indiquant que les effectifs des équipes spécialisées seront renforcés, par recours notamment à des spécialistes extérieurs.

Dataiku n'est pas l'un de ces prestataires. Mais la pépite de la tech française — qui a levé 42 millions de dollars en un an — doit une partie de son succès à sa maîtrise du data mining.

Sollicité par Business Insider France, Florian Douetteau, cofondateur et DG de la startup, nous explique comment la technologie pourrait être utile dans le cas de la fraude fiscale.

"On peut imaginer que le data mining soit utilisé pour détecter les schémas de fausses factures entre les entreprises ou détecter des pics suspects de distributions de revenus sur une année, en les comparant avec des sociétés d'un même secteur. Ce sont des millions de données. C'est impossible de voir cela à l'oeil humain", détaille-t-il.

Editrice d'un logiciel destiné à améliorer l'analyse des données des entreprises, la startup double d'activités et de salariés — 140 à ce jour — chaque année en permettant aux entreprises de détecter les fraudes des clients. L'Oréal, AXA, Aramis Auto, AccorHotels ou Showroomprivé et une centaine d'autres sociétés travaillent avec Dataiku.

Interrogé sur les bienfaits attendus de la technologie, Florian Douetteau est persuadé "qu'il va y avoir de vrais effets. On est sur une technologie déjà éprouvée. Sa réussite dépend de la capacité à embarquer les gens avec cette technologie alors qu'ils ont des habitudes de fonctionnement dans leurs métiers."

En attendant l'examen au Parlement, voici les autres évolutions inscrites dans le texte porté par le ministre de l'Action et des comptes publics, Gérald Darmanin:

  • le fisc aura enfin la possibilité de publier ses sanctions, un recours à la technique anglo-saxonne du "name and shame" qui visera plus particulièrement les entreprises;
  • des sanctions administratives contre les "intermédiaires" qui contribuent à des schémas de fraude, avec des pénalités d'un minimum de 10.000 euros et pouvant aller jusqu'à 50% de leurs honoraires;
  • la mise en place d'un guichet de régularisation pour les entreprises "de bonne foi" et publication systématique des réponses aux questions des entreprises sur les schémas fiscaux si elles sont jugées d'intérêt général;
  • des obligations de déclaration des plateformes internet comme Airbnb sur les revenus qu'elles génèrent et l'identification de leurs utilisateurs.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Cédric Villani a une solution pour enrayer la fuite des chercheurs français en IA vers Facebook ou Google — et il ne s'agit pas de mieux les payer

VIDEO: Ashton Kutcher explique pourquoi il n'a pas tout de suite investi dans Uber et pourquoi il est si facile de sous-estimer une nouvelle idée