Le siège de Monte dei Paschi à Sienne, en Italie. REUTERS/Stefano Rellandini

Le siège de Monte dei Paschi à Sienne, en Italie. REUTERS/Stefano Rellandini

Le gouvernement italien réuni en urgence jeudi soir a approuvé un décret ouvrant la voie au sauvetage de la banque Monte dei Paschi di Siena.

Le plus ancien établissement bancaire encore en activité n'avait pas réussi à lever sur les marchés les 5 milliards d'euros qu'il lui fallait trouver avant la fin de l'année.

Le président du Conseil, Paolo Gentiloni, a annoncé que le conseil des ministres avait approuvé la création d'un fonds doté de 20 milliards d'euros pour soutenir le secteur bancaire italien en difficulté, dont Monte dei Paschi devrait être le premier établissement bénéficiaire.

Les députés italiens avaient autorisé mercredi le gouvernement à emprunter cette somme pour ce faire.

Dans un communiqué diffusé moins d'une demi-heure après l'annonce du président du Conseil, la banque toscane s'est portée candidate à une aide de ce fonds, inaugurant peut-être la plus importante nationalisation bancaire survenue en Italie depuis des décennies.

Rome a précisé que le renflouement du secteur bancaire se ferait conformément au droit européen, ce qui implique que certains créanciers obligataires de Monte dei Paschi devront assumer des pertes pour éviter de puiser dans les deniers publics.

Le gouvernement et la banque se sont cependant engagés à préserver l'intégrité financière de quelque 40.000 épargnants détenteurs d'une partie de la dette non garantie, dont bon nombre ont dit qu'ils n'étaient pas conscients du risque lorsqu'ils ont investi dans ces titres.

Monte dei Paschi, la plus ancienne banque au monde encore en activité, est apparue comme l'établissement européen le plus faible des 51 qui avaient subi des tests de résistance cette année et il avait jusqu'à la fin de l'année pour régler ses problèmes sans quoi il risquait la liquidation pure et simple.

La chute de Monte dei Paschi aurait mis en péril l'épargne de milliers d'Italiens et aurait provoqué vraisemblablement une onde de choc dans l'ensemble du secteur bancaire italien qui ploie sous 356 milliards d'euros de créances douteuses, soit le tiers de la totalité de l'encours de la zone euro.

La banque fondée en 1472 espérait lever 5 milliards d'euros auprès du secteur privé mais elle avait admis mercredi soir qu'elle n'avait pu s'attirer le soutien d'un investisseur de référence. Elle avait espéré un temps que le fonds souverain du Qatar joue ce rôle.

Matteo Renzi en conférence de presse à le 5 décembre 2016. REUTERS/Alessandro Bianchi

Matteo Renzi en conférence de presse le 5 décembre 2016. REUTERS/Alessandro Bianchi

L'échec de l'appel aux marchés s'explique notamment par le risque politique lié à la défaite de Matteo Renzi au référendum constitutionnel du 4 décembre dernier, qui a abouti à sa démission et à son remplacement par Paolo Gentiloni.

"Le sauvetage exigera un (nouveau) 'business plan' qui sera soumis à l'autorisation des autorités européennes et qui permettra à la troisième banque italienne de redevenir totalement opérationnelle au bénéfice de l'économie et avec la confiance totale de ses déposants", a dit le ministre de l'Economie, Pier Carlo Padoan.

Si le gouvernement dépense intégralement l'enveloppe de 20 milliards d'euros qu'il est autorisé à consacrer au secteur bancaire, cela ne fera qu'aggraver la situation de la dette. Cette dernière représente 133% du produit intérieur brut (PIB), n'étant dépassée que par la dette grecque au sein de la zone euro. Si on ajoute 20 milliards d'euros de plus, le rapport sera de plus de 134%.

L'économiste Joseph Stiglitz avait expliqué à Business Insider qu'il existe un risque que la rigidité des règles européennes ne soient pas compatibles avec la situation de l'Italie. Toute mesure d'austérité imposée par Bruxelles pourrait faire le lit du populisme.

Les Italiens ont déjà perdu des milliards d'euros à la suite de crises bancaires en série provoquées par une sévère récession qui a mis en lumière les dégâts causés par le clientélisme et une gestion médiocre.

D'autres banques italiennes doivent elles aussi renforcer leurs bilan, en particulier Banca Popolare di Vicenza, Veneto Banca et Banca Carige.

Rome a enfin du mal à trouver un acheteur pour quatre petits établissements sauvés de la faillite l'an passé, à savoir Banca Etruria, Banca Marche, CariFerrara et CariChieti.

C'est pourquoi les analystes, qui avaient anticipé ce sauvetage, estiment que les 20 milliards d'euros ne seront sans doute pas suffisants. Dans une note envoyée à leurs clients le 22 décembre, les analystes de Barclays observent:

"Nous estimons que les six premières banques italiennes pourraient avoir besoin d'environ 30 milliards d'euros pour équilibrer leurs comptes."

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