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Ce jour où la Nasa a sauvé SpaceX de la faillite

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Ce jour où la Nasa a sauvé SpaceX de la faillite
La firme aérospatiale fondée par Elon Musk a connu de nombreuses désillusions durant les années 2000. © Spacex.com
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Bien avant d'envoyer Thomas Pesquet à bord de la Station spatiale internationale, SpaceX n'était qu'un petit poucet de l'aérospatiale, qui avait tout à prouver face à des géants du secteur tels que Boeing ou Lockheed Martin. Du plan saugrenu d'Elon Musk d'envoyer des souris sur Mars au rachat avorté de missiles soviétiques vieillissant, l'histoire de SpaceX est depuis 19 ans à l'image de celle de son fondateur : mouvementée.

Dans son ouvrage "Elon Musk, l'homme qui invente notre futur" (Éd. L'Archipel. 240p., 18€), qui paraît ce jeudi 6 mai en librairie, l'historien Luc Mary s'est attelé à remonter le fil de l'histoire d'Elon Musk, l'homme qui fait aujourd'hui varier des cours de Bourse par un simple tweet.

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Au fil des pages, l'auteur relate l'existence d'un entrepreneur dont les nombreuses désillusions n'ont fait que renforcer la pugnacité à travers ses deux entreprises phares : Tesla et SpaceX. "Si le XXe siècle a été celui d’Albert Einstein ou de Howard Hughes, le XXIe sera sans doute celui d’Elon Musk", prophétise Luc Mary en préambule de son ouvrage.

Dès son enfance à Pretoria, dans une Afrique du sud sous le joug de l'apartheid, Elon Musk a les yeux tournés vers le cosmos. Une obsession de l'exploration spatiale qu'il garde chevillée au corps en débarquant à l'âge de dix-sept ans au Canada, où il subsiste grâce à de petits boulots de bûcheron et de nettoyeur de chaudière.

Un îlot infesté par les moustiques

Quinze ans plus tard, et après avoir engrangé plus d'une centaine de millions de dollars de la vente de PayPal à eBay, l'entrepreneur peut enfin se consacrer à son dessein. Après avoir échoué, à l'automne 2001, à racheter des lanceurs à la société spatiale russe Kosmotras, il décide tout simplement d'en fabriquer lui-même !

C'est donc depuis une feuille blanche et dans "un vieux hangar poussiéreux et désaffecté d'environ 7 000 mètres carrés" comme l'écrit l'auteur, près de Los Angeles, que naît SpaceX, le 6 mai 2002. Le projet est ambitieux : réaliser des lancements spatiaux en cassant les prix pour se démarquer des fleurons américains de l'aérospatiale.

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Les ingénieurs, informaticiens et autres mécaniciens qu'il a rassemblés bûchent pendant plus de deux ans pour mettre au point les fameux moteurs "Merlin" qui propulseront le futur lanceur, baptisé Falcon 1. À l'été 2005, l'équipe de SpaceX pose ses bagages sur l'île d'Omelek, appartenant aux Îles Marshall. C'est sur ce caillou de trois hectares, perdu dans l'océan Pacifique, que va se jouer l'avenir de la société. "Situé près de l'équateur, où la gravité de notre globe se révèle moindre, [l'île] fait figure de lieu idéal pour lancer des fusées avec une poussée moindre", écrit Luc Mary.

Sur cet îlot infesté par les moustiques et sous une humidité étouffante, les ingénieurs de SpaceX vont s'acharner neuf mois durant à préparer le lancement de la Falcon 1 — mais également à aménager l'île, envahie par la végétation. "Tout est à construire ou plutôt à reconstruire, des baraquements de fortune aux aires de lancement en passant par les hangars, les entrepôts et un camp de retranchement contre les bêtes sauvages", énumère le biographe d'Elon Musk.

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Sacrifier SpaceX ou Tesla

Le premier vol du lanceur de 27 tonnes a lieu le 24 mars 2006... et se transforme en échec cuisant. Après un décollage sans accroc, la fusée décroche après trente secondes de vol avant de s'écraser dans un récif attenant. Tout est à refaire. Et ce qu'Elon Musk et ses équipes ignorent ce jour-là, c'est que les deux lancements suivants ne seront pas plus concluants. À chaque échec, ce sont des mois de travail qui partent en fumée. Les nerfs des équipes sont soumis à rude épreuve. "Nous sommes au bord de la rupture", relate Luc Mary.

Mais l'opiniâtreté finit par payer : le 28 septembre 2008, le quatrième exemplaire de la Falcon 1 réussit son ascension jusqu'à atteindre son altitude d'orbite. Les équipes exultent, mais Elon Musk aura laissé des plumes dans la bataille : en gardant sous perfusion financière SpaceX mais également Tesla, Elon Musk a investi pas moins de 200 millions de dollars (environ 166 millions d'euros), soit les trois quarts de sa fortune de l'époque. Selon Luc Mary, le Sud-Africain en vient même à se demander "s'il ne va pas devoir sacrifier l'une de ses entreprises fétiches pour en sauver une".

Le salut, inespéré, viendra de la Nasa : l'agence spatiale américaine émet un appel d'offre afin de confier à un acteur privé le transport du fret et des astronautes vers la Station spatiale internationale. Contre toute attente, le programme Commercial Orbital Transportation Services (COTS — Service de transport commercial orbital), d'une valeur de 1,6 milliard de dollars (environ 1,3 milliard d'euros) est remporté par SpaceX le 23 décembre 2008. Le petit poucet a réussi à se démarquer de la concurrence en proposant un tarif attractif : 60 millions de dollars (50 millions d'euros) par lancement. Surtout, la firme d'Elon Musk a su convaincre la Nasa avec son projet de fusée réutilisable, qui deviendra réalité le 8 avril 2016.

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