Le piratage pourrait faire lourdement chuter les droits TV du foot prévient le patron de BeIN Sports

Mauro Icardi, attaquant du PSG, célèbre son but lors du match PSG — Angers, le 5 octobre 2019. David Niviere/ABACAPRESS.COM

Les clubs de football se sont habitués depuis des années à vivre avec l'argent des droits TV pour équilibrer leurs comptes ou dépenser des millions en transferts. A la traîne par rapport à ses voisins européens, la Ligue 1 en France va ainsi profiter de cette manne financière à pour trois saisons à partir de 2021, à raison de 1,153 milliard d'euros. par an. Mediapro et BeIN Sports ont cassé leur tirelire pour ravir ses droits à Canal+, diffuseur historique du championnat de France, et RMC, entré dans la course il y a trois ans avec la Ligue des Champions et la Premier League anglaise. Entre 2012 et 2016, la chaîne BeIN Sports France aurait perdu un milliard d'euros pour prendre des parts de marché.

Mais la fête est bientôt finie, a indiqué hier lors d'une conférence le patron de BeIN Sports.  Et la raison serait le piratage. "La glorieuse bulle des droits des médias est sur le point d'éclater [ndlr : parce que] le piratage s'est répandu aux quatre coins du monde et dans toutes les couches de la société", a déclaré Yousef Al-Obaidly, le DG de beIN Media Group, à Londres lors du Sport Business Summit, selon des propos rapportés par The Guardian. Cette prise de position intervient après la révélation cet été d'un piratage mondial depuis deux ans dont aurait été victime le groupe audiovisuel qatari par le diffuseur beoutQ. Imputé à l'Arabie Saoudite, pays avec lequel le Qatar a rompu ses relations diplomatiques et économiques en juin 2017, ce piratage lui aurait fait perdre des milliards d'euros.

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La valeur des droits va s'effondrer et les GAFA ne sauront pas les sauveurs

Le portefeuille des droits sportifs totaux de BeIN Sports dépasserait 11 milliards d'euros, selon plusieurs médias. Et le dirigeant a prévenu qu'il serait sûrement moins généreux à l'avenir alors que se profilent notamment en France les droits de retransmission de la prochaine Ligue des Champions à partir de 2021 et toujours détenus par Altice, acquis en 2017 au prix fort de 350 millions d'euros par an entre 2018 et 2021, soit plus de 1 milliard d'euros au total.

Pour Yousef Al-Obaidly, le piratage massif revient à ce que les droits payés à prix d'or ne valent plus rien. "La croissance sans fin des droits sportifs est terminée. Non seulement ça, mais aussi dans certains cas, la valeur des droits. Elle va s'effondrer. Le modèle économique même de notre industrie va être réécrit. (...)  Nous vivons aujourd'hui dans un monde où les droits exclusifs de diffusion sont, de fait, totalement non exclusifs. (...)"

Et pour le dirigeant, le salut ne viendra pas des GAFA — quand bien même ils font des incursions dans le sport à l'image d'Amazon en France avec Roland Garros. "Tous les détenteurs de droits qui pensent que les entreprises tech de la côte ouest américaine sont leurs sauveurs financiers seront rapidement déçus. (...) Les consommateurs, jeunes et moins jeunes, accèdent à tout pour rien — via un kodi, un VPN ou un beoutQ — où qu'ils soient, quand ils le souhaitent, et ce comportement se normalise."

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