Le prix des carburants risque d'augmenter suite aux bombardements en Arabie Saoudite

De la fumée et des flammes s'échappent aux abords du gisement pétrolier d'Aramco, à Abqaïq en Arabie Saoudite, le 14 septembre 2019. REUTERS

Les cours du pétrole flambent ce lundi 16 septembre. Ils ont brusquement augmenté dans la foulée des événements du weekend. Des installations pétrolières de la compagnie Aramco, en Arabie saoudite, ont été bombardées samedi par des drones, ce qui a entraîné une réduction des capacités du royaume saoudien de 5,7 millions de barils par jour — l'équivalent de la moitié de la production du pays et d'environ 5% de l'offre mondiale. Une telle perturbation de la production n'a jamais été constatée, même lorsque l'Irak de Saddam Hussein a envahi le Koweït en 1990 ou lors de la révolution islamique en Iran en 1979, souligne le journal Les Echos

Si les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont revendiqué l'attaque depuis le Yémen, les Etats-Unis désignent de leur côté directement l'Iran comme étant le responsable de ce bombardement. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a estimé dès samedi qu'il n'y avait aucune preuve que cette attaque sans précédent soit venue du Yémen. Et le président américain, Donald Trump, a posté dimanche un message belliqueux sur Twitter. "L'approvisionnement en pétrole de l'Arabie saoudite a été attaqué. Il y a des raisons de croire que nous connaissons le coupable, sommes prêts à riposter en fonction des vérifications, mais nous attendons d'entendre le Royaume (saoudien, ndlr) sur ce qu'il pense du coupable de cette attaque, et sous quelle forme nous devrions agir", a-t-il déclaré sur le réseau social.


 Les tensions géopolitiques ajoutées à la baisse des capacités de production mondiale ont entraîné un bond du prix du baril de Brent. A 14h20 ce lundi, il affichait encore un gain de 10,63%, pour atteindre 66,62 dollars et retrouver son niveau de la mi-juillet. En début de journée, il s'était même envolé jusqu'à 19,5%, du jamais vu depuis la guerre du Golfe en 1991, selon Reuters.

Le brut léger américain — West Texas Intermediate, ou WTI — affiche une évolution similaire avec une forte progression de 9,73% à 14h20, heure de Paris, pour s'élever à 60,13 dollars.

Cours des contrats à terme sur la baril de Brent à 14h20, lundi 16 septembre 2019. Investing

La hausse des cours du pétrole aura des répercussions sur les prix de l'essence. "On peut s'attendre assez rapidement à une augmentation de l'ordre de 4 ou 5 centimes", a déclaré à l'AFP Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières (UFIP). "Les grandes sociétés répercutent au jour le jour l'évolution des prix sur le marché de Rotterdam sur l'essence et le gazole", a-t-il ajouté. 

"Le prix du pétrole a un impact d'environ 30% sur le prix à la pompe", précise à Business Insider France Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières chez le gérant de fonds Ofi. Pour le reste, le prix de l'essence comprend le coût du raffinage et de la distribution, sans oublier les taxes sur le carburant. L'augmentation du coût du baril ne se répercutera donc pas intégralement. "Quand vous payez 1,50 euro sur un litre d'essence, vous avez à peu près 50 centimes de matières premières, de raffinage et de distribution", précise le président de l'UFIP. 

Le prix à la pompe pourrait augmenter durablement

Le prix du baril pourrait rester au niveau atteint ce lundi, voire encore progresser dans les prochains jours et semaines. Si les Etats-Unis sont devenus le premier producteur mondial et ont annoncé être prêts à compenser une patrie de la production de pétrole en puisant dans leurs stocks, l'Arabie saoudite reste le plus gros exportateur. La compagnie Aramco n'a pour le moment pas fourni de calendrier de retour à la normale sur ses capacités et s'est contentée de préciser dimanche qu'elle ferait un nouvel état des lieux dans environ 48 heures.

Un retour à la normale de la production de pétrole dans le pays devrait prendre "des semaines plutôt que des jours", a en revanche commenté à Reuters une source au fait de la situation. "Si cela dure plusieurs semaines, on pourra commencer à avoir des doutes sur la production mondiale, alors que l'Iran et le Venezuela sont déjà hors-jeu", prévient Benjamin Louvet. Qui dit une baisse de la production, dit forcément une hausse des prix, selon la loi de l'offre et de la demande. 

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Mais l'inconnu porte aussi et surtout sur la réaction de l'Arabie saoudite et des Etats-Unis. Les tensions actuelles font craindre une riposte militaire. "S'il y a une intervention militaire, il y aura forcément des conséquences sur les prix", alerte Alexandre Baradez, analyste financier chez le courtier IG. Or, une éventuelle inflation pourrait avoir des répercussions sur la politique monétaire, selon lui. "Les marchés vont s'attendre à un discours moins accommodant des banques centrales comme la Fed aux Etats-Unis."

Plus globalement, il met en garde sur "l'accumulation des craintes", dans un contexte de manque de confiance dans le commerce mondial. L'instabilité géopolitique ajoutée au climat de tensions commerciales peuvent créer un "choc de confiance qui se traduira par une limitation des investissements". Mais aussi probablement par une hausse des cours du pétrole, et donc des prix à la pompe pour les consommateurs in fine. 

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