Le réchauffement climatique pourrait pousser les hommes à envisager le cannibalisme

Un échantillon de steak haché dans un tube à essai. REUTERS/Michaela Rehle

Le spécialiste en sciences du comportement Magnus Söderlund a posé début septembre une question controversée lors d'un séminaire en Suède : pourriez-vous manger de la chair humaine ? Alors que les températures mondiales continuent d'augmenter, les conséquences pour l'agriculture pourraient entraîner une raréfaction des aliments, ce qui forcerait les humains à envisager d'autres formes de nourriture, a déclaré Magnus Söderlund lors d'un discours au Sommet de l'alimentation à Stockholm.

Ces autres sources alimentaires peuvent englober des insectes, comme les sauterelles ou les vers, mais aussi des cadavres humains, a expliqué Magnus Söderlund. En s'habituant petit à petit au goût de notre propre chair, a-t-il ajouté, les humains pourraient en venir à considérer le cannibalisme comme moins tabou. Magnus Söderlund, spécialiste du comportement à la Stockholm School of Economics, n'est pas chercheur en nutrition ni en économie de l'industrie alimentaire mondiale. Il étudie les réactions psychologiques, comme le cri de dégoût des participants lorsqu'on leur demande s'ils pourraient envisager de manger un cadavre.

"Je ne serais pas contre l'idée d'y goûter, au moins", a déclaré Magnus Söderlund par la suite à la chaîne de télévision publique suédoise TV4.

L'idée de se servir du cannibalisme pour compléter notre stock alimentaire n'est pas nouvelle. En 2018, le biologiste et théoricien de l'évolution Richard Dawkins s'était demandé s'il serait possible de cultiver de la viande en laboratoire à partir de cellules humaines. Comme Magnus Söderlund, il avait qualifié l'idée de "test intéressant" qui pourrait démontrer si les humains peuvent passer outre leur dégoût pour faire quelque chose considéré comme moral, par exemple réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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Mais bien sûr, la proposition du cannibalisme est truffée de problèmes. Genevieve Guenther, directrice d'End Climate Silence, une organisation à but non lucratif qui plaide pour une plus grande représentation du changement climatique dans les médias, a déclaré à Business Insider US que "suggérer que le cannibalisme est une solution au changement climatique est aussi grave que le déni du climat lui-même".

Elle a ajouté : "je pense que ça ne devrait même pas être envisagé comme quelque chose de sérieux, mais plutôt être exposé comme une sorte de propagande, qui ne fait que nous compliquer la tâche pour changer le monde comme nous devons le faire".

'Notre culture toute entière sombrerait dans la barbarie' 

Du maïs est chargé dans un camion dans une ferme de Tiskilwa, en Illinois. REUTERS

Pour Richard Dawkins et Magnus Söderlund, le cannibalisme pourrait être un moyen de se préparer à un avenir dans lequel les ressources de certains aliments de base serait décimées. À mesure que les catastrophes liées au climat, comme les inondations, les sécheresses et les chaleurs extrêmes, deviendront de plus en plus fréquentes et extrêmes, les producteurs agricoles auront de plus en plus de difficultés à cultiver. En moins d'une décennie, le monde pourrait ne plus être en capacité de nourrir chaque personne sur la planète, et ne fournir que 214 milliards de calories par an, soit environ 28 000 calories par personne.

La proposition de Magnus Söderlund consiste à prélever la chair d'un cadavre et la servir aux humains, tandis que Richard Dawkins a évoqué la possibilité de prélever des cellules souches sur un être humain vivant, les cultiver en laboratoire et laisser les cellules matures se transformer en viande.

Mais il y a bien sûr une myriade de problèmes éthiques à prendre en compte l'une comme l'autre de ces options.

"L'idée que nous serions en mesure d'organiser cela d'une manière rationnelle et systémique est vraiment absurde", a déclaré Genevieve Guenther. "Cela voudrait dire que notre culture toute entière sombrerait dans la barbarie."

De plus, il existe de nombreuses façons, plus simples et moins grotesques, de s'assurer que nous aurons suffisamment à manger dans le futur. Un récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) des Nations Unies a révélé qu'un quart de la nourriture dans le monde est perdue ou gaspillée. Selon le rapport, en améliorant la façon dont les aliments sont récoltés, entreposés, emballés et transportés, les producteurs pourraient remédier aux pénuries alimentaires.

Réduire drastiquement les émissions mondiales éviterait également l'augmentation des températures et des conditions climatiques plus extrêmes qui rendent la production alimentaire difficile pour les agriculteurs.

Le rapport du GIEC a constaté que notre utilisation de la terre, par le biais de pratiques comme l'agriculture, l'exploitation minière et forestière, représente 23 % des émissions de gaz à effet de serre produites par l'homme. Réduire la déforestation et le labour pourrait contribuer à faire diminuer ces émissions, tout comme réduire notre consommation de viande rouge, selon le rapport.

Le changement climatique a poussé nos premiers ancêtres au cannibalisme

Le cannibalisme présente de graves risques pour la santé. Une maladie mortelle liée à un rite funéraire anthropophage avait frappé les membres d'une tribu en Papouasie-Nouvelle-Guinée jusqu'en 2009 environ. Mais il est probable que le changement climatique ait poussé nos ancêtres au cannibalisme auparavant.

Il y a plus de 100 000 ans, le monde a connu une hausse spectaculaire des températures mondiales qui a anéanti les grands mammifères comme le bison, le renne et le mammouth. La période de réchauffement rapide a laissé certains Néandertaliens d'Europe occidentale sans source de nourriture constante, et selon une étude publiée en avril, ils ont très probablement dû se manger entre eux. 

Pourtant, selon Geneviève Guenther, d'ici à ce que les sociétés modernes envisagent de recourir au cannibalisme, la société humaine pourrait déjà être bien mal en point à cause du changement climatique.

"Si nous en arrivons au stade où l'on se tourne vers des cadavres humains comme source de nourriture, c'est que nous aurons de plus gros problèmes à gérer, a dit Geneviève Guenther. "Cela signifiera que nous n'avons pas réussi à calmer la crise climatique."

Version originale : Aria Bendix / Business Insider

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