Le résumé de la conversation confirme que Donald Trump a demandé au président ukrainien d'enquêter sur Joe Biden

Donald Trump, le 25 septembre 2019. Il est accusé d'avoir fait pression sur le président ukrainien. REUTERS/Jonathan Ernst

La retranscription résumée de l'entretien téléphonique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, publiée mercredi par le département américain de la Justice, confirme les doutes levés par le lanceur d'alerte. Donald Trump était soupçonné d'avoir fait pression sur Volodomir Zelenski pour qu'il diligente une enquête sur le fils de Joe Biden, Hunter, qui a travaillé à partir de 2014 pour le groupe énergétique ukrainien Burisma Holding. Le camp conservateur le soupçonne d'actes de corruption et affirme qu'il a bénéficié de la protection de son père, alors vice-président.

Donald Trump a effectivement demandé à son homologue ukrainien Volodimir Zelenski, lors d'un appel téléphonique en juillet, de déterminer si l'ancien vice-président Joe Biden avait mis fin à une enquête sur une entreprise où travaillait son fils. "On parle beaucoup du fils de Biden, du fait que Biden a arrêté la procédure, et beaucoup de gens veulent savoir, ce serait donc formidable si vous pouviez faire quelque chose avec le procureur général", a déclaré le président américain selon ce résumé (à lire en intégralité en anglais). "Biden s'est vanté d'avoir arrêté l'accusation, alors si vous pouviez vous renseigner (...) Tout ça me semble horrible", a-t-il ajouté. Le président américain a aussi incité Volodymyr Zelensky à travailler avec son avocat, l'ex-maire de New York Rudy Giuliani, et avec le ministre américain de la Justice, Bill Barr.

Le président américain a reconnu avoir évoqué Joe Biden et son fils lors de cet "appel de rien du tout" mais nie toute pression sur Kiev. Il a ajouté que sa décision de geler une aide militaire de quelque 400 millions de dollars à l'Ukraine approuvée par le Congrès n'était en rien du chantage. Il a aussi dénoncé une "chasse aux sorcières de caniveau" sur Twitter.

La plainte du lanceur d'alerte rendue publique dans la semaine

La course à l'élection présidentielle américaine de 2020 a pris un tour périlleux avec la décision de la Chambre américaine des représentants d'ouvrir une enquête pour "impeachment" à l'encontre de Donald Trump, accusé d'abuser de ses pouvoirs pour nuire à son potentiel rival démocrate Joe Biden. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a scellé mardi le premier chapitre d'une procédure de destitution à l'encontre du chef de la Maison Blanche après avoir réuni sa majorité, estimant que ce dernier avait mis en danger la sécurité nationale et violé la Constitution.

Après avoir résisté des mois aux pressions en ce sens de son groupe parlementaire, la puissante chef de file des démocrates a décidé d'actionner cette bombe à retardement, qui représente un risque politique pour le Parti démocrate en pleine primaire présidentielle et a peu de chances d'atteindre sa cible. "Personne n'est au-dessus de la loi", a-t-elle souligné.

Nancy Pelosi annonçant la procédure d'impeachment, le 24 septembre 2019. REUTERS/Kevin Lamarque

Motif de cette procédure, l'affaire dite du "lanceur d'alerte", un membre des services de renseignement américains qui a alerté sa hiérarchie sur un entretien jugé "dérangeant" entre Donald Trump et le président ukrainien, le 25 juillet. La Maison blanche refusait jusqu'ici de communiquer la plainte du lanceur d'alerte au Congrès, mais un responsable de l'administration a déclaré mardi sous le sceau de l'anonymat qu'elle serait rendue publique d'ici la fin de la semaine et que l'agent à l'origine des révélations pourrait être entendu par une commission d'enquête au Congrès.

Une procédure d'impeachment à double tranchant pour les démocrates

"Les faits leur importent peu, tout cela c'est politique", a déclaré Kevin McCarthy, chef de file des conservateurs à la Chambre des représentants, qui accuse les démocrates de chercher à saborder la prochaine présidentielle.

Joe Biden est en tête des intentions de vote (avec près de 5% d'avance) face à Donald Trump dans l'hypothèse d'un duel pour la présidence, selon un sondage Reuters-Ipsos réalisé les 23 et 24 septembre et diffusé mardi. Mais la même enquête montre un moindre soutien des Américains à une procédure d'"impeachment".

"D'un côté, l'affaire aide Biden, car elle donne l'impression que le président a peur de lui. De l'autre, le président sait très bien entraîner les gens dans la boue avec lui, Biden n'est pas à l'abri de ça", analyse le politologue Kyle Kondik, de l'université de Virginie. Si ce scénario advenait, les principaux rivaux de Joe Biden, les sénateurs Elizabeth Warren, Bernie Sanders et Kamala Harris, en tireraient profit dans la course à l'investiture démocrate. Mais ils se gardent pour l'heure de fouiller plus avant dans "l'affaire", de crainte de fragiliser l'ensemble du parti. Donald Trump jouit en outre toujours d'un fort soutien au sein de l'électorat républicain même si son image est un peu plus entachée dans l'opinion par ces nouvelles accusations.

La procédure d'"impeachment" se déroule en plusieurs étapes. La Chambre des représentants enquête et, s'il y a lieu, rédige et vote à la majorité simple des motifs de mise en accusation. Si la Chambre vote l'"impeachment", le Sénat organise un procès. La décision de culpabilité est prononcée par les sénateurs à la majorité des deux tiers, ce qui, au vu de la configuration du Sénat à majorité républicaine, est improbable.

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