Le robot à la place de l'homme dans l'espace? 'On en est encore loin' selon Thomas Pesquet

L'astronaute français Thomas Pesquet, le 20 juillet 2019 au Grand Palais, à Paris, à l'occasion de l'événement Mooon. Chisato Goya/Business Insider France

Les technologies d'intelligence artificielle (IA) sont en train de transformer de nombreux métiers dans les secteurs de la banque, du bâtiment ou encore du commerce, où certaines tâches précises peuvent désormais être exécutées par des robots. Alors que trois astronautes — l'Italien Luca Parmitano, le Russe Alexander Skvortsov et l'Américain Andrew Morgan — se sont envolés, ce samedi 20 juillet 2019, à bord d'un Soyouz en direction de la Station spatiale internationale (ISS), pourrait-on imaginer un jour que l'un de ces hommes soit remplacé par un robot intelligent à la R2-D2 de la saga "Star Wars" ?

Interrogé à ce sujet par Business Insider France, en marge de l'événement Mooon qui s'est tenu ce samedi au Grand Palais, à Paris, pour célébrer les 50 ans des premiers pas de l'Homme sur la Lune, l'astronaute français Thomas Pesquet a répondu qu'"on en est encore loin dans le spatial, car on a besoin de technologies qui soient très fiables, c'est-à-dire que l'on ne peut pas prendre le risque que ça ne marche pas", précisant qu'"un risque que ça ne marche pas, ce n'est pas un risque de 50, mais un risque de un fois dix puissance moins sept. Ce qui fait que l'on a des technologies plutôt anciennes en général, que ce soit pour la communication ou pour la propulsion. Mais on a quand même une modernisation qui s'accélère avec beaucoup d'acteurs privés notamment."

A lire aussi — Ce que serait la Terre sans la Lune

L'ingénieur de formation, qui a effectué une mission de 196 jours sur l'ISS entre novembre 2016 et juin 2017, a expliqué que l'homme et la machine travaillent déjà ensemble dans l'exploration spatiale, citant l'exemple des rovers sur Mars comme Curiosity — ce petit laboratoire ambulant de la NASA est capable de prendre des photos, forer dans des roches et prendre différentes mesures. Toutefois, Thomas Pesquet a souligné qu'"il n'y a pas d'opposition entre les rovers et les hommes comme les gens aiment bien le raconter, c'est faux. A l'Agence spatiale européenne (ESA), ces deux activités se trouvent dans le même département, donc il n'y a pas de guerre pour les budgets."

'Pas encore dans un scénario de science-fiction'

Quant au scénario alarmiste de l'homme vs. la machine, évoqué entre autres par le fondateur de SpaceX Elon Musk — il pense que l'IA représente le "plus grand risque auquel nous faisons face en tant que civilisation" et que les humains pourraient être réduits à des "chats domestiqués" comparés aux ordinateurs surpuissants —, "on n'en est pas encore là dans le spatial, l'homme contre la machine. Est-ce que ça arrivera un jour, je ne sais pas, mais pas pour l'instant", a déclaré l'astronaute de l'ESA.

Celui qui rêve d'aller sur la Lune et sur Mars a expliqué que les astronautes et les rovers étaient complémentaires, qu'il s'agit "juste d'une répartition des rôles : pour ce qui est dangereux ou qui ne demande pas forcément d'improvisation, on envoie des rovers. On en a sur Mars actuellement alors qu'on n'est pas capable d'y poser des hommes, mais les limitations sont là : Curiosity fait 50 mètres par jour. donc ce n'est pas du tout le même retour scientifique" qu'un humain pourrait faire. D'ailleurs, "ces rovers sont le produit de l'intelligence humaine et sont contrôlés par des scientifiques au centre de contrôle, donc derrière il y a quand même de l'humain", a-t-il rappelé.

Le rover Curiosity de la mission Mars Exploration Rover et son bras robotique. NASA/JPL-Caltech

Dans les cockpits d'avion ou de vaisseaux spatiaux, "il existe déjà des capteurs qui peuvent anticiper plus rapidement et qui produisent des alertes que nous ne pourrions pas voir manuellement, mais ils ne sont pas personnifiés" comme pourrait l'être un R2-D2 dans Star Wars, a indiqué Thomas Pesquet.

Ce dernier a enfin expliqué que les systèmes intelligents commencent à se développer, à l'image de CIMON, présenté comme le premier robot doté d'une IA à avoir été envoyé dans l'espace. Equipé d'un micro et d'une caméra à infrarouge, CIMON doit reconnaître la voix et le visage de l'astronaute allemand Alexander Gerst, qui était en mission à bord de l'ISS.

Mais CIMON "est plutôt vu comme du support psychologique, pas pour aider [ndlr : les astronautes ] pour les tâches quotidiennes", a précisé Thomas Pesquet, avant de conclure "qu'on n'est pas encore dans un scénario de science-fiction où il y aurait une intégration plus profonde de ces choses-là. C'est vraiment juste le début."

En réalité, nous sommes encore très loin de pouvoir "construire une machine très intelligente", comme l'avait déclaré Yann Le Cun, directeur scientifique de l'IA chez Facebook et l'un des pionniers de l'IA à The Verge. Les systèmes d'IA sont aujourd'hui capables d'accomplir des tâches très précises comme l'analyse d'images et de commandes vocales, la planification, le jeu de go..., où les informations sont assez uniformes (pour une image, ce sont des pixels, pour la compréhension vocale, des sons etc). Mais "quand il faut intégrer toutes sortes d'informations hétérogènes et en faire la synthèse pour prendre une décision, c'est beaucoup plus compliqué et on est encore très loin de cela", avait déclaré Joelle Pineau, directrice du laboratoire de recherche sur l'IA de Facebook à Montréal, en marge d'une interview avec Business Insider France.

Thomas Pesquet devrait repartir pour une mission sur l'ISS en 2020-2021, bien que la date précise n'a pas encore été fixée. Il le ferait probablement à bord soit de la capsule Crew Dragon de SpaceX ou de la CST-100 Starliner de Boeing, les deux prochains vaisseaux censés permettre d'amener des astronautes vers et depuis la Station spatiale internationale.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Aucun homme n'est allé sur la Lune depuis plus de 45 ans et les raisons sont surtout politiques

VIDEO: Il existe une île au milieu de l'Océan Pacifique composée de 80.000 tonnes de déchets