Le tourisme spatial démarre, mais où commence vraiment l'espace ?

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Le tourisme spatial démarre, mais où commence vraiment l'espace ?
La course à l'espace... mais quel espace ? © DLR — German Aerospace Center

La question est simple, la réponse l'est moins. Alors que les deux milliardaires Richard Branson et Jeff Bezos ont tous deux affirmé avoir atteint l'espace lors de leurs vols respectifs, les 11 et 20 juillet derniers, la question de savoir où s'arrête l'atmosphère terrestre et où commence l'espace ne tolère pas une réponse formelle. "La définition, ou plutôt la 'norme' internationale lorsqu'on parle d'espace, c'est 100 km, mais la limite de l'espace n'est pas une définition déposée – comme peut l'être le kilogramme", expose Christophe Bonnal, ingénieur au CNES et expert lanceurs.

Il explique qu'il n'y a pas de définition claire, "ce qui est assez étonnant, puisqu'on parle d'espace extra-atmosphérique depuis les années 1950 dans tous les textes. Ce qui est sous-entendu, c'est qu'il s'agit de la zone située au-dessus de l'atmosphère, mais même là ce n'est pas très clair : lorsqu'on observe les différentes couches de l'atmosphère, on s'aperçoit qu'à plus de 10 000 km, dans l'exosphère, il existe encore un peu d'atmosphère, même si c'est très ténu. Il n'y a donc pas de limite physico-chimique."

À lire aussi — La NASA 'garde un œil' sur Jeff Bezos et les autres milliardaires qui font la course à l'espace

Des calculs complexes

L'espace — et ses frontières — est sujet à débats depuis des décennies. Aux débuts de l'astronautique, "la science de la navigation dans l'espace", selon la définition du Larousse, il existait une rivalité entre les États-Unis et l'Union soviétique, qui utilisaient des unités de calcul différentes (nautical mile, statute mile, kilomètre), ce qui a contribué à une certaine confusion. Un ingénieur et physicien né à Budapest en 1881, naturalisé Américain, a grandement contribué à affiner cette définition : Theodore von Kármán, qui a donné son nom à la limite actuellement reconnue par la Fédération aéronautique internationale (FAI).

"C'est une solution assez 'élégante'", explique Christophe Bonnal : "tant qu'il y a suffisamment d'atmosphère pour sustenter l'avion, alors on se trouve encore dans l'atmosphère. Plus on monte, moins l'air est dense, il faut donc augmenter la vitesse (pour générer le phénomène de portance qui permet à l'avion de se maintenir, ndlr). La limite se situe autour de 7 800m/s, ce qui correspond à 30 000 km/h, soit la vitesse orbitale, et à ce stade-là, ça ne sert plus à rien d'avoir des ailes". Par ailleurs, comme le précise Christophe Bonnal, "au sein des différentes agence spatiales, suite aux travaux menés sur les rentrées de fusées dans l'atmosphère, on considère qu'il existe une frontière à 120 km, en-dessous de laquelle on constate déjà les effets de l'atmosphère". L'altitude a été arrondie à 100 km pour davantage de clarté et adoptée par la FAI et la très grande majorité des acteurs spatiaux.

Une frontière sujette à interprétations

L'armée américaine, la FAA (l'autorité fédérale de l'aviation), ainsi que la NASA, ont en revanche fixé la limite de l'espace à 50 miles (soit 80 km), ce qui a permis à Richard Branson de recevoir ses "ailes" d'astronaute au retour de son vol. "Il a bien atteint l'espace selon la définition de l'US Air Force, mais il doit le préciser, d'ailleurs, il dit bien 'les astronautes Virgin'", indique l'ingénieur du CNES, qui poursuit : "les aéronefs conçus par Richard Branson n'arrivent pas à dépasser les 85-86 km, car il faut couper le moteur trop tôt, afin d'éviter les vibrations. Il devrait donc soit développer un nouveau moteur, ce qui lui ferait perdre du temps, soit faire avec ce qu'il a et donc 'tricher' d'une certaine manière".

"Jean-François Clervoy raconte que lorsqu'il a réalisé sa première mission à bord de la navette américaine, passé la ligne des 90 km, ses collègues se sont tournés vers lui et lui ont dit : 'ça y est, tu es astronaute'", rapporte Christophe Bonnal.

Les touristes spatiaux ne seront pas tous des astronautes

Quant à savoir si les touristes spatiaux peuvent être qualifiés d'astronautes, l'ingénieur tempère : "Si l'on considère la racine du mot astronaute, c'est 'celui qui navigue entre les astres', donc être en orbite, et non pas réaliser un lancement pour monter quatre minutes à 100 km puis retomber au même endroit".

La FAA a d'ailleurs remis à jour ses critères pour définir un ou une astronaute dans un document publié le 20 juillet : il faut ainsi "répondre aux exigence en matière de qualification et de formation des équipages de conduite" ; avoir volé à plus de 80 km au-dessus de la surface de la Terre en tant qu'équipage de conduite ; "avoir démontré qu'il a mené des activités pendant le vol qui étaient essentielles à la sécurité publique ou qui ont contribué à la sécurité des vols spatiaux habités". Le but avoué est de "maintenir le prestige des ailes d'astronautes" — en sachant que c'est, pour l'instant du moins, une règle américaine, qui n'a pas (encore) été reprise par la FAI.

Si les passagers des vols de Blue Origin et de Virgin Galactic ne devraient donc pas pouvoir prétendre au titre d'astronaute selon la nouvelle définition de la FAA, il ne devrait pas en être de même pour les futurs passagers des vols à bord de Crew Dragon : Elon Musk ambitionne de proposer des voyages de trois jours en orbite, soit une quarantaine de tours autour de la Terre. Baptisée Inspiration4, la mission est pour l'instant prévue pour le mois de septembre 2021.

À lire aussi — Des millions de débris spatiaux s'accumulent en orbite, ils pourraient devenir dangereux

Découvrir plus d'articles sur :