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Le traitement pour le Covid-19 sera probablement une combinaison de plusieurs molécules comme dans le cas du VIH

Le traitement pour le Covid-19 sera probablement une combinaison de plusieurs molécules comme dans le cas du VIH
Un patient guéri du coronavirus donne du plasma au centre sanguin de Guangzhou le 23 février 2020, dans la province chinoise du Guangdong. © Chen Jimin/China News Service via Getty Images

A l'heure actuelle, il n'existe aucun traitement spécifique pour soigner ou prévenir le Covid-19, même si les scientifiques y travaillent d'arrache-pied. L'Etablissement français du sang (EFS) a débuté ce mardi 7 avril 2020 un essai clinique consistant à transfuser le plasma de personnes guéries du Covid-19 depuis deux semaines vers des personnes toujours malades; un essai clinique européen, incluant 3 200 patients et baptisé "Discovery", a été lancé le 22 mars 2020 dans au moins sept pays européens, dont la France, pour tester quatre traitements expérimentaux contre le coronavirus; la Chine a débuté de son côté le test d'un vaccin sur des patients humains...

Mais comme l'a justement souligné à Business Insider France Étienne Decroly, chercheur CNRS au laboratoire Architecture et fonction des macromolécules biologiques, "la recherche s'organise sur un temps long et ce n'est pas le même que le temps des épidémies". Ainsi, quand des malades du Covid-19 arrivent à l'hôpital, les médecins traitent leurs symptômes ou les conséquences cliniques de l'infection. "Dans sa forme la plus sévère durant laquelle les patients nécessitent de l'oxygène voire une ventilation mécanique, ils sont traités par antibiothérapie jusqu'à ce qu'on ait la preuve de l'absence de bactérie en plus", a détaillé à Business Insider France Matthieu Jamme, réanimateur au Centre Hospitalier Poissy/Saint-Germain-en-Laye. En réalité, "ce sont les patients qui guérissent via leur système immunitaire. C'est le cas aujourd'hui encore pour la majorité des pathologies virales autres que le Covid-19", ajoute-t-il.

Concernant les différentes pistes de traitement — que ce soit l’hydroxychloroquine, ce dérivé d'une molécule utilisée contre le paludisme qui fait polémique, ou encore d'autres antiviraux comme le remdesivir et l'association lopinavir/ritonavir avec de l'interféron (ou non) — "il est encore trop tôt pour connaître les molécules qui marchent et ne marchent pas. Pour les essais cliniques, traiter suffisamment précocement les patients et inclure suffisamment de patients, de différentes tranches d'âge notamment, est essentiel. Les éléments qu'on a pour l'instant concernent principalement les effets sur la charge virale des patients, mais il faudra attendre de voir l'effet thérapeutique et le devenir du patient à moyen terme. Notamment sur la toxicité des composés", a estimé Étienne Decroly.

Différentes façons de s'attaquer au virus

Selon le chercheur du CNRS, il est fort probable qu'il faille utiliser à moyen terme "des stratégies combinées qui seraient plus efficaces qu'un seul médicalement. Ça a été le cas notamment pour le VIH [ndlr : avec la trithérapie et qui comprend trois principes actifs agissant différemment] ou l'hépatite C. L'idée est d'attaquer le virus par tous les fronts, d'entrer par plusieurs portes, au lieu d'agir sur une seule étape".

En effet, il existe différentes "portes d'entrée" pour contrer le virus du Covid-19 : le SARS-CoV-2 est entouré d'une enveloppe et il entre dans la cellule par endocytose (mécanisme de transport de molécules voire de particules virales, bactériennes, etc vers l'intérieur de la cellule), en formant une petite vésicule. Ensuite, une baisse du pH favorise la fusion de cette enveloppe avec la membrane vésiculaire qui la contient et le virus se libère dans le cytoplasme (la partie de la cellule qui entoure son noyau). C'est l'un des effets supposés que pourrait avoir la chloroquine : empêcher la chute du pH, ce qui éviterait la fusion des membranes et donc l'entrée du virus dans le cytoplasme cellulaire.

Une autre façon de contrer le virus serait d'empêcher le virus de se multiplier à l'intérieur de la cellule, en utilisant ce que l'on appelle des inhibiteurs de l'ARN polymérase virale. C'est notamment le mode d'action des antiviraux appelés remdesivir (déjà utilisé pour le SARS-Cov-1 et le MERS-CoV ) et favipiravir.

Enfin, Etienne Decroly rappelle que pour les infections aiguës de ce type, le moment où le traitement est administré est crucial pour l'issue thérapeutique. En effet, un médicament peut avoir une efficacité à un temps T et être inefficace s'il est administré trop tardivement.

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