Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Le vaccin russe Spoutnik V en 4 questions-réponses

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Le vaccin russe Spoutnik V en 4 questions-réponses
Quels pays administrent le vaccin russe ? Est-il fiable ? Pourquoi fait-il peur ? Business Insider France fait le point sur Spoutnik V. © Macau Photo Agency/Unsplash

"Un simple coup de communication" : c'est ainsi que Clément Beaune, le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, qualifie l'étude par l'Allemagne de la possibilité d'acquérir le vaccin anti-Covid-19 Spoutnik V. "Envoyer des signaux qui donnent l'impression qu'il y a des doses dans un frigidaire qui dorment et qu'on n'utilise pas, tout cela n'est pas responsable et n'est pas très sérieux", poursuit-il, pointant le lien entre l'annonce de discussions entre Allemands et Russes, et les élections législatives qui se tiendront chez nos voisins en septembre prochain.

De nombreux de pays ont pourtant adopté le vaccin russe ces derniers temps. Et si les craintes qu'inspire Spoutnik V étaient uniquement fondées sur une peur irrationnelle, dans une Europe où la méfiance aurait survécu à la Guerre froide ? La question se fait de plus en plus pressante dans l'Union, davantage encore depuis que la Bavière, l'un des seize Länder allemands, a ouvert la voie en signant un "contrat préliminaire" pour 2,5 millions de doses.

À lire aussi — Voici les effets secondaires les plus fréquents pour chaque vaccin contre le Covid-19

Mercredi 14 avril, le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur Renaud Muselier annonce s'être positionné pour une "précommande" de 500 000 vaccins. Quels pays administrent le vaccin russe ? Est-il fiable ? Pourquoi fait-il peur ? Business Insider France fait le point sur Spoutnik V en quatre questions-réponses.

Où Spoutnik V est-il administré ?

Spoutnik V était autorisé dans 57 pays au 30 mars dernier, représentant une population d'1,5 milliard de personnes, selon le Fonds souverain russe. Des États comme l'Argentine, le Venezuela, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Libye, la Serbie, et bien sûr la Russie, administrent déjà le vaccin à leur population, selon l'AFP.

D'autres grands pays devraient suivre. Dont la Chine : la firme pharmaceutique chinoise Shenzhen Yuanxing Gene-tech annonçait le 5 avril qu'elle allait bientôt produire 60 millions de doses de Spoutnik V. L'Algérie a également annoncé, le 7 avril, qu'elle produirait à partir de septembre des doses du vaccin russe sur son territoire et qu'elle avait déjà commencé à l'administrer à sa population. L'Inde et ses 1,3 milliard d'habitants vient également de l'approuver en urgence, mardi 13 avril. Des accords prévoient que 852 millions de doses y soient fabriquées chaque année, rapporte l'AFP.

Découragés par les atermoiements de la vaccination en Europe, la Hongrie, l'Autriche, la République Tchèque et la Slovaquie ont décidé de court-circuiter l'Union européenne en commandant des vaccins russes sans attendre la validation de l'EMA, l'agence communautaire du médicament — l'acquisition de doses par les pays membres doit normalement s'organiser au niveau européen. La Hongrie est le seul pays de l'UE à avoir déjà commencé à l'administrer à sa population.

Sera-t-il disponible en France, et quand ?

Pour qu'il débarque en France, le vaccin russe doit auparavant obtenir "l'avis de l'Agence européenne des médicaments sur l'autorisation de mise sur le marché", rappelle Clément Beaune. Il prédit que l'EMA ne le rendra pas "avant la fin du mois de juin". L'Agence européenne des médicaments avait en effet annoncé jeudi 4 mars avoir entamé l'examen des données et des essais cliniques du vaccin russe. Une procédure longue, qui a poussé les États européens les plus pressés à se passer de l'avis de l'EMA.

Les Russes ont annoncé pouvoir fournir des vaccins à 50 millions d’Européens à partir du mois de juin. Si Spoutnik V est autorisé en Europe, les 27 pourront passer commande auprès de la Russie. La répartition des doses par l'UE entre ses États membres devrait alors s'effectuer comme pour les autres vaccins : au prorata de leur population.

Si l'Union Européenne ne passe pas de commande, chaque pays est libre de se procurer le vaccin ou non. Angela Merkel a par exemple annoncé le 19 mars qu'en cas de non-commande européenne, l'Allemagne en obtiendrait certainement pour sa population. La Hongrie n'a d'ailleurs même pas attendu la validation de l'EMA.

En France, les autorités de santé n'ont pas encore rendu leur avis quant à une éventuelle commande du vaccin russe après une autorisation de l'EMA. Le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, a toutefois annoncé mercredi 14 avril s'être positionné auprès de l'ambassadeur de Russie pour une "précommande" de 500 000 vaccins, sans attendre l'autorisation des autorités de santé.

Le vaccin Spoutnik V est-il fiable ?

Contrairement aux vaccins de Pfizer et de Moderna, qui innovent avec l'ARN messager, Spoutnik V utilise une technique éprouvée : le vaccin à vecteur viral — comme celui d'AstraZeneca par exemple. Ainsi s'explique la vitesse à laquelle les 70 chercheurs de l’Institut de recherche Gamaleya l'ont développé. Il se base sur deux adénovirus humains différents entre la première et la deuxième injection, qui doivent être inoculés à 21 jours d'intervalle.

Spoutnik V serait efficace à 91,6% pour prévenir des formes symptomatiques du Covid-19, selon les essais cliniques de phase 3 publiés dans la revue scientifique The Lancet. On peut également y lire que le vaccin serait bien toléré par les patients et présenterait des effets indésirables très limités. Son efficacité serait par ailleurs de 73% seulement quinze jours après la première injection. Le vaccin russe protégerait également contre les variants qui ont émergé ces derniers mois... Ce qui en fait l'un des meilleurs vaccins sur le marché, et tout cela pour une dizaine d'euros.

D'où vient le scepticisme européen quant au vaccin russe ?

Autoriser Spoutnik V en urgence pour combler un manque de vaccin, "c'est un peu comparable à la roulette russe", selon Christa Wirthumer-Hoche, présidente du conseil de direction de l'EMA. "Nous avons besoin de documents que nous pouvons passer en revue. Pour le moment, nous n'avons pas de données sur les effets secondaires concernant les personnes vaccinées", a-t-elle poursuivi sur la chaîne TV autrichienne ORF. "Nous sommes dans l'inconnu et c'est pourquoi je déconseille vivement de délivrer une autorisation nationale en urgence".

Christa Wirthumer-Hoche reprend en substance le reproche principal adressé au vaccin russe : le manque de données le concernant. Des données plutôt complètes sont pourtant disponibles depuis leur parution dans la revue The Lancet datant de février 2021. Elles n'auront pas suffi à rassurer l'Europe, dont la méfiance s'explique par plusieurs évènements :

  • Annoncé trop tôt ?

Les autorités russes annonçaient dès le 11 août 2020 disposer d'un vaccin opérationnel contre le Covid-19 : le premier au monde. "Le développement du vaccin Spoutnik V a été critiqué pour sa précipitation, le fait qu’il ait brûlé des étapes et une absence de transparence. Mais les résultats rapportés ici sont clairs et le principe scientifique de cette vaccination est démontré", peut-on lire dans une note des scientifiques de The Lancet accolée à l'étude publiée en février 2021. La rapidité avec laquelle les Russes ont développé le vaccin l'aurait donc rendu suspect aux yeux des occidentaux.

  • La fiabilité des premières données transmises par la Russie remise en question

Fin août 2020, une première étude est publiée dans The Lancet. De nombreux experts occidentaux font alors part de leurs doutes quant à la fiabilité des données transmises par la Russie. 30 scientifiques, pour la plupart européens, rédigent alors une lettre ouverte soulignant des incohérences dans les essais préliminaires de Spoutnik V. Ils pointent notamment les similitudes "hautement improbables" dans les données de plusieurs volontaires de l'étude. L'Institut Gamaleya nie alors toute manipulation des données, et rappelle que les coïncidences existent.

  • Le couac slovaque

"Les lots du vaccin utilisés dans les tests précliniques et les études cliniques publiées dans le journal The Lancet n'ont pas les mêmes caractéristiques et propriétés que ceux importés en Slovaquie", s'est insurgé l'Institut slovaque de contrôle des médicaments, relayé par l'AFP. Alors que son image semblait s'améliorer dans le monde entier, ce dernier incident dans cet État de 5,4 millions d'habitants membre de l'Union européenne ne plaide pas pour Spoutnik V.

"Seul son nom le rattache aux vaccins Spoutnik V utilisés dans une quarantaine de pays à travers le monde", accuse l'agence slovaque du médicament, relayée par l'AFP. La Russie rejette les accusations et évoque une "fake news", selon l'AFP. "Tous les lots de Spoutnik V sont de la même qualité et sont soumis à un contrôle qualité rigoureux à l'Institut Gamaleya", rétorque l'institution, qui dépend du ministère russe de la Santé.

À lire aussi — Les autorités américaines recommandent de suspendre le vaccin Johnson & Johnson après des cas de thrombose

Découvrir plus d'articles sur :