Le 12 mars 1989, Tim Berners-Lee, physicien britannique, proposait à son supérieur au Cern de Genève son "système de gestion décentralisée de l'information", ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de "Web". Trente ans plus tard, le scientifique tire la sonnette d'alarme : sa formidable invention connaît des "dysfonctionnements" qu'il convient de réparer rapidement. C'est le constat qu'il fait dans une tribune publiée lundi sur le site de la World Wide Web Foundation et lors d'un entretien devant quelques journalistes au Cern.

Pour Tim Berners-Lee, trois périls menacent le Web aujourd’hui. D'abord, "les intentions délibérées et malveillantes, comme le piratage et les attaques d'État, les comportements criminels et le harcèlement en ligne". Ensuite, le système qui pousse à sacrifier "la valeur des utilisateurs", "comme des modèles de revenus basés sur la publicité qui récompensent commercialement les pièges à clics et la propagation virale de la désinformation". Et enfin, "les conséquences négatives involontaires d'une conception bienveillante, telles que le ton indigné et divergent, et la qualité du discours en ligne".

Malgré ce constat, Tim Berners-Lee reste optimiste sur l’avenir. "Compte tenu de tout ce que le Web a changé au cours des trente dernières années, il serait défaitiste et dénué d'imagination de supposer que le Web tel que nous le connaissons ne peut pas être amélioré dans les trente prochaines années", écrit-il. Il appelle ainsi les citoyens, les gouvernements et les entreprises à adhérer au Contrat pour le Web développé par la Fondation et présenté en novembre dernier à Lisbonne.

'Vous ne devriez pas pouvoir vendre vos données pour de l’argent'

Devant les journalistes réunis au Cern lundi, Tim Berners-Lee a aussi évoqué le respect de la vie privée sur le Web et appelé les utilisateurs à reprendre le "contrôle complet de leurs données". "Ce n'est pas du pétrole, ce n'est pas une matière première, ce n'est pas une substance", a-t-il affirmé, d'après l'AFP. "Vous ne devriez pas pouvoir les vendre pour de l'argent. Le contrôle et l'accès aux données est un droit", a-t-il ajouté. Sans avancer de solution à ce problème, Tim Berners-Lee a admis qu'une législation pouvait être nécessaire pour que "les données personnelles comme les données génétiques ne soient jamais utilisées".

En trente ans, "le Web est devenu une place publique, une bibliothèque, un cabinet de médecin, un magasin, une école, un studio de design, un bureau, un cinéma, une banque et bien plus encore", constate Tim Berners-Lee dans sa tribune. Rendez-vous donc dans trente ans pour voir ce que nous aurons fait de cet incroyable outil.

Comment le Web est né

Tim Berners-Lee est un physicien britannique qui a appris l'informatique par lui-même. Il avait été originellement embauché par le Cern pour créer une base de données pour les physiciens de l'institution, afin de leur permettre d'échanger à distance sur leurs avancées. C'est ainsi qu'il a créé ce qui sera appelé plus tard World Wide Web : son système a été présenté la première fois en mars 1989 sous la forme d'une simple note de 16 pages intitulée "gestion de l'information : une proposition" (le document peut être consulté sur le site du Cern). Son supérieur avait alors griffonné sur la page de garde "vague, mais prometteur". Il ne croyait pas si bien dire... En quelques mois seulement, Tim Berners-Lee a réussi à mettre en place les principaux éléments qui structureront le Web, à savoir le langage HTML, le protocole http ou encore le premier navigateur. 

Pour fêter les 30 ans du Web, Google a dédié son Doodle du jour à cet événement :

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