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L'effondrement des cours du pétrole ne profitera qu'un temps aux consommateurs

L'effondrement des cours du pétrole ne profitera qu'un temps aux consommateurs
Une station-service à Bordeaux, en France. © Caroline Blumberg/Bloomberg via Getty Images

La chute des cours du pétrole a atteint des niveaux records ces dernières semaines. Le baril de WTI, qui fait référence aux Etats-Unis, est même tombé en territoire négatif pour la première fois de son histoire la semaine passée. Le baril de Brent, référence au niveau mondial, est quant à lui temporairement passé sous les 20 dollars, son prix le plus bas depuis 20 ans. Cette dégringolade des cours de l'or noir s'explique principalement par la très forte baisse de la demande, en raison des mesures de confinement paralysant l'activité économique et empêchant la population de se déplacer.

"La baisse de la consommation mondiale a été de 1,5 à 2 millions de barils par jour lors de la crise financière de 2008-2009. Aujourd'hui, elle atteint 25 à 35 millions de barils par jour, sur une consommation initiale d'environ 100 millions de barils par jour avant la crise sanitaire", précise Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières chez le gérant de fonds OFI AM.

Guerre des prix et capacité de stockage limitée

Mais la chute des cours est aussi la conséquence de la guerre des prix engagée par l'Arabie saoudite, à la suite de l'absence d'accord avec l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et la Russie sur une baisse de leur production de pétrole pour s'adapter à la réduction de la demande. À l'inverse, le royaume saoudien a décidé début mars d'inonder le marché en relevant sa production à plus de 10 millions de barils par jour, contre 7 millions auparavant, la vente à bas prix de son pétrole devant lui permettre de gagner de nouvelles parts de marché.

Le 9 avril, un accord sur une diminution de la production a finalement été trouvé entre les pays de l'Opep +, comprenant les membres de l'OPEP, la Russie et une dizaine d'autres Etats. Une réduction très conséquente d'environ 10 millions de barils par jour, soit 10% de la consommation mondiale avant la pandémie de Covid-19, a ainsi été décidée. Mais cette baisse — si elle est bien respectée — est prévue pour une période de deux mois seulement et ne commencera à se faire sentir sur le marché qu'à partir de mai.

Enfin, le maintien d'une forte production mondiale conjuguée à la chute de la demande a entraîné une saturation des capacités de stockage aux Etats-Unis. Un puit de pétrole ne se ferme pas comme un simple robinet et les producteurs américains éprouvent des difficultés à trouver des lieux pour entreposer leurs barils. C'est pourquoi le prix du pétrole (WTI) est devenu un temps négatif outre-Atlantique, des producteurs s'étant vu contraints de payer pour se débarrasser de leurs stocks.

"Avant la fin mai, le niveau maximum des capacités de stockage sera atteint. Les prix continueront de baisser tant qu'il y a aura un déséquilibre entre l'offre et la demande. Le risque de prix négatifs est toujours présent", assure Benjamin Louvet.

L'équilibre entre l'offre et la demande va progressivement revenir

La donne devrait toutefois changer avec la fin annoncée du confinement dans plusieurs pays, dont la France. La demande en carburant va progressivement augmenter. "Au fur et à mesure que la consommation va reprendre et que certaines capacités de production vont fermer, l'équilibre entre l'offre et la demande va revenir. À partir de ce moment-là, le cours du pétrole va remonter", explique Benjamin Louvet. Certains activités, notamment l'aviation très gourmande en produits pétroliers, vont toutefois mettre du temps à repartir.

"En revanche, comme on peut déjà l'observer en Chine, le trafic automobile pourrait augmenter et atteindre un niveau supérieur à la normale, car la population essaie d'éviter les transports en commun en raison du risque de contamination", relève le gérant d'OFI AM. Selon lui, l'offre et la demande pourraient "se croiser vers la fin de l'été". À ce moment-là, les prix à la pompe pourraient retrouver leurs niveaux d'avant le confinement.

La baisse des prix à la pompe ralentie par la fiscalité

D'ici-là, et quand ils seront enfin "déconfinés", les consommateurs risquent de ne guère profiter d'une éventuelle rechute des cours du pétrole. Les prix ont déjà beaucoup baissé dans les stations-service. Celui de l'essence la plus vendue, le Super SP95-E10, est descendu à 1,25 euro le litre en moyenne à la mi-avril, contre 1,50 euro fin janvier alors que la Chine commençait à confiner sa population, selon les chiffres publiés par le ministère de la Transition écologique et solidaire. Le diesel est quant à lui passé de 1,43 euro le litre à 1,21 euro dans le même temps.

Mais la chute des prix a ralenti ces dernières semaines en dépit d'une poursuite de l'effondrement des cours du brut. Elle est limitée en raison de la fiscalité en France. Les taxes pèsent pour environ 60% dans un litre d'essence à la pompe, entre la TVA à 20% et la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE).

De toute façon, l'heure semble plutôt à une remontée des cours du brut, la perspective d'un déconfinement entraînant un regain d'optimisme sur les marchés. À 13h30 ce mercredi 29 avril, le baril de Brent gagnait ainsi 3% pour s'afficher à 21,45 dollars.

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