Les 5 gros enjeux que le prochain Premier ministre britannique aura à gérer

Boris Johnson, candidat à la direction du Parti conservateur britannique, assiste à un événement à Wyboston, en Grande-Bretagne, le 13 juillet 2019. REUTERS

La Grande-Bretagne élira un nouveau premier ministre à la fin du mois, lorsque les membres du parti conservateur auront élu un nouveau représentant pour remplacer Theresa May. L'ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson est le grand favori actuel pour remporter le concours, devant son successeur Jeremy Hunt. Celui qui gagnera l'élection aura un grand nombre de problèmes à régler tandis que la Grande-Bretagne se dirige vers son ultime date limite pour quitter l'Union européenne, le 31 octobre. Voici les cinq plus gros problèmes auxquels sera confronté le prochain Premier ministre britannique : 

1. Renégocier le Brexit

Samantha Lee/Business Insider

La question la plus urgente à laquelle est confronté le prochain Premier ministre britannique est celle qui a fait tomber Theresa May : le Brexit. Les candidats se sont engagés à renégocier l'accord sur le Brexit que Theresa May a conclu avec l'Union européenne. Boris Johnson s'est dit confiant à l'idée d'obtenir un nouvel accord. Cependant, ce sera incroyablement difficile.

Le négociateur en chef de l'Union européenne dans le cadre du Brexit, Michel Barnier, a déclaré à plusieurs reprises que l'accord de retrait ne sera pas renégocié, et les tentatives de Theresa May de peaufiner l'accord au début de cette année ont globalement échoué. Certains députés conservateurs croient que le problème, c'est Theresa May elle-même. "Peut-être n'a-t-on jamais vraiment essayé de renégocier l'affaire", a déclaré un pro-Brexit à Business Insider.

Le président de la République, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, se rencontrent en marge d'un sommet de l'UE à Bruxelles, en Belgique, le 21 mars 2019.REUTERS

Pour sa part, Boris Johnson a insisté sur le fait qu'il allait "regarder dans les yeux" les négociateurs européens et utiliser la menace de partir sans accord pour les forcer à conclure un nouvel accord.

Cependant, d'autres sont plus sceptiques. Un député conservateur qui s'est rendu le mois dernier à Bruxelles pour rencontrer des représentants des Etats membres de l'Union Européenne a déclaré à Business Insider qu'aucun d'entre eux n'avait fait état d'une quelconque probabilité quant à la modification de l'accord.

2. Se préparer à un Brexit sans accord

Samantha Lee/Business Insider

Pour cette raison, la perspective d'un Brexit sans accord se développe de manière significative, Boris Johnson insistant sur le fait qu'il sortira la Grande-Bretagne de l'Union européenne le 31 octobre, " do or die " (agis ou meurs). L'ancien ministre des Affaires étrangères a déclaré que la Grande-Bretagne devait se préparer à quitter l'UE sans accord, une nécessité pratique, mais aussi une tactique de négociation pour lui.

Toutefois, la préparation d'un Brexit sans accord sera très difficile, tant sur le plan logistique que politique. Comme Business Insider l'a révélé plus tôt cette année, une grande partie de l'espace nécessaire dans les entrepôts à la préparation d'un Brexit sans accord n'est plus disponible.

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Les services gouvernementaux chargés des préparatifs du Brexit ont également connu un exode de membres expérimentés de leurs équipes au cours des derniers mois. Joe Owen, du think tank Institute For Government a déclaré à Business Insider que le prochain Premier ministre "réalisera rapidement que le grand risque est que nous soyons moins prêts en octobre qu'en mars".

Les entreprises pourraient être réticentes à se préparer de nouveau à un "no-deal", après que celui-ci a déjà été éviter à deux reprises plus tôt cette année. "Ils ont déjà vu le gouvernement crier au loup deux fois", a déclaré Joe Owen à Business Insider. "Ils verront Boris dire que les chances de ne pas conclure d'accord sont d'un million contre une et les députés dire qu'ils veulent empêcher un 'no-deal' — c'est ce qu'il y a de mieux à faire", a dit Joe Owen.

Vue d'ensemble des conteneurs maritimes aperçus de la passerelle du cargo AAL Kobe amarré au port de Felixstowe en Grande-Bretagne. Un Brexit sans accord pourrait créer le chaos pour l'importation et l'exportation de biens. REUTERS/Chris Radburn

Ils se disent : "Nous avons déjà été dans ce cas et rien ne s'est produit, pourquoi dépenserions-nous encore de l'argent pour le faire ?" Il est également difficile d'imaginer comment le prochain Premier ministre britannique pourrait obtenir suffisamment de soutien du Parlement pour autoriser un Brexit sans accord.

Les députés conservateurs rebelles sont en train d'élaborer des plans pour s'associer avec le Parti travailliste de l'opposition en octobre afin d'empêcher un "no-deal", une petite poignée d'entre eux indiquant qu'ils seraient prêts à aller jusqu'à voter pour faire tomber leur propre gouvernement afin d'empêcher un Brexit sans accord.

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Boris Johnson pourrait finalement opter pour la suspension du Parlement, afin de forcer l'adoption du Brexit. Toutefois, cela serait politiquement explosif et, jusqu'à présent, il a insisté sur le fait qu'il serait très réticent à le faire. John Bercow, le président de la Chambre des communes, a également déclaré qu'il tenterait de bloquer une telle ligne de conduite, affirmant le mois dernier que l'idée que le Parlement pourrait être mis sur la touche était "pour les oiseaux".

"L'idée que le Parlement va être... évacué de la scène centrale du débat sur le Brexit est inimaginable. C'est tout simplement inimaginable", a-t-il dit aux députés.

3. Se préparer pour une élection générale

Samantha Lee/Business Insider

Le Parlement britannique a voté à plusieurs reprises contre la sortie de l'UE avec accord et la sortie de l'UE sans accord. Étant donné que Jeremy Hunt et Boris Johnson ont promis d’appliquer le Brexit quoi qu'il arrive, ils n'auront pas vraiment d'autre choix que de retourner au Royaume-Uni et d'organiser des élections générales. Cependant, les députés conservateurs ne veulent vraiment, vraiment pas que cela arrive. Le parti connaît actuellement des creux historiques dans les sondages et s'est classé en quatrième position lors des récentes élections au Parlement européen, ce qui est désastreux.

Avec autant d'électeurs qui les avaient appuyés lors de la dernière élection et qui ont fui vers le Brexit Party et les Libéraux Démocrates, presque aucun député conservateur n'a envie de se précipiter vers un autre vote. "Nous ne sommes au Parlement que depuis deux ans", a déclaré à Business Insider un député conservateur qui a été élu pour la première fois en 2017.

Le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, a déclaré que la Grande-Bretagne avait besoin d'une élection générale pour décider de l'avenir du pays. REUTERS/Toby Melville

"Nous voulons d'abord réparer le Brexit. La dernière élection générale n'a pas très bien fonctionné". Un autre député conservateur a déclaré qu'il n'y aurait des élections que si le Parlement votait contre le prochain Premier ministre afin d'empêcher un Brexit sans accord.

Contraint de choisir entre les risques d'un Brexit chaotique ou d'une élection générale, le parlement peut finalement choisir cette dernière. "La seule raison pour laquelle des élections auront bientôt lieu , c'est si le gouvernement tombe, a déclaré le député. "Nous ne pouvons pas nous adresser à l'électorat par choix avant cela."

En plus d'un faible niveau de soutien, une élection surprise présenterait également des défis pour la sélection et le financement des candidats, d'autant plus que de nombreux donateurs ont déserté le parti en raison de son incapacité à tenir ses promesses concernant le Brexit. Boris Johnson, pour sa part, a nié avoir l'intention de déclencher des élections. "Il serait absolument insensé que l'un ou l'autre d'entre nous songe à se rendre dans le pays et à déclencher des élections générales avant que l’on ne règle la question du Brexit", a-t-il déclaré lors de sa campagne électorale en juin, insistant pour que le Parlement puisse s'entendre sur un accord.

Cependant, il a été rapporté cette semaine que les alliés de Boris Johnson se préparent à une élection anticipée. "Vous devrez remettre le parti en ordre de marche le plus tôt possible", a déclaré une figure de la campagne au journal The Times. "L'une des raisons du manque de succès en 2017 est le manque de préparation. Vous devez vous ressaisir." 

4. Ne pas oublier la politique intérieure 

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Lorsque Theresa May est devenue première ministre, elle s'est engagée à s'attaquer aux "injustices brûlantes" dans le pays telles que l'inégalité de revenus, le manque de logements abordables et la crise des services sociaux. Cependant, au lieu de s'occuper de ces questions, son poste de Première ministre a été entièrement dominé par le Brexit, et elle s'est peu concentré sur les problèmes intérieurs du pays.

Boris Johnson et Jeremy Hunt sont tous deux déterminés à ne pas commettre la même erreur et ont annoncé une série de mesures politiques nationales audacieuses et coûteuses. Boris Johnson a promis de réduire les taxes pour les hauts revenus, de supprimer la taxe sur les boissons sucrées et d'introduire 20 000 policiers supplémentaires dans les rues d'ici 2020.

Jeremy Hunt a quant à lui déclaré qu'il réduirait l'impôt sur les sociétés de 19% à environ 12,5%, qu'il augmenterait les dépenses de défense et qu'il accorderait des allégements fiscaux aux personnes qui s'occupent de parents âgés.

Le chancelier de l'Échiquier de Grande-Bretagne, Philip Hammond, se tient devant le 11 Downing Street avant de prononcer son discours sur le budget à la Chambre des communes à Londres, le 29 octobre 2018. REUTERS/Henry Nicholls

Les deux candidats ont été la cible de critiques de la part de tous les partis politiques pour leurs promesses de dépenses irréalistes. Le chancelier (ministre en charge des Finances) Philip Hammond a averti que les dommages causés par un Brexit sans accord ne laisseraient pas d'argent pour financer de telles promesses, l'Institut d'études fiscales, l'organisme indépendant de surveillance des dépenses, critiquant également leurs plans.

Il serait également difficile de faire adopter de telles mesures par le Parlement, étant donné que le gouvernement conservateur n'a actuellement qu'une faible majorité de cinq députés. Par conséquent, il y aura certainement un écart considérable entre les promesses électorales du prochain Premier ministre et ce qu'il réalisera une fois au pouvoir. "Ce que vous allez voir, ce sont beaucoup de politiques audacieuses, plutôt qu'une loi audacieuse", a déclaré un ancien ministre conservateur à Business Insider.

5. Composer avec Trump

Samantha Lee/Business Insider

Boris Johnson et Jeremy Hunt ont tous les deux une expérience significative en tant que Secrétaires aux Affaires Etrangères traitant avec le Président Trump, et semblent avoir une relation personnelle convenable avec lui. Lors de sa récente visite d'État au Royaume-Uni, Donald Trump a fait l'éloge des deux hommes. Il a tweeté début juillet qu'il serait "bien" que la Grande-Bretagne ait bientôt un nouveau Premier ministre après le "désordre" que Theresa May a mis avec le Brexit.

Boris Johnson a également fait l'éloge de Trump, insistant sur le fait que le président a "beaucoup, beaucoup de bonnes qualités" et que "ces paroles font sens". L'ancien ministre des Affaires étrangères devrait se rendre rapidement aux États-Unis s'il devient Premier ministre.

Cependant, Donald Trump est très imprévisible. Les attaques qu'il a perpétrées récemment contre Theresa May et son ambassadeur aux États-Unis, Kim Darroch, ont mis à rude épreuve les relations entre les deux pays et provoqué une grave crise diplomatique. 

Le président américain Donald Trump rencontre le président chinois Xi Jinping au sommet du G20 à Osaka, au Japon, le 29 juin 2019.REUTERS/Kevin Lamarque

Sur d'autres questions de politique étrangère, les deux pays sont également en désaccord. Le Royaume-Uni a été à l'avant-garde des efforts visant à ramener l'Iran au sein de la communauté internationale grâce à l'accord nucléaire iranien, alors que Donald Trump a contribué à démanteler cet accord.

Boris Johnson et Jeremy Hunt ont également conclu un accord commercial avec les États-Unis, un élément clé de leurs plans post-Brexit. Cependant, un tel accord serait extrêmement controversé, étant donné qu'il inclurait probablement des dispositions sur les normes alimentaires et le NHS (National Health Service, le système de santé publique britannique).

Lors de sa récente visite d'État, Donald Trump a insisté sur le fait que le NHS devait être "sur la table" des négociations, avant de revenir en arrière par la suite. Quoi qu'il arrive, la gestion des relations de la Grande-Bretagne avec la Maison-Blanche représentera un dossier important des premiers jours du tout nouveau Premier ministre.

Version originale : Business Insider / Adam Bienkov

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