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Les 5 questions qu'on se pose après l'attribution des droits de la Ligue 1 à Amazon et le départ de Canal+

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Les 5 questions qu'on se pose après l'attribution des droits de la Ligue 1 à Amazon et le départ de Canal+
Canal+ diffusait la Ligue 1 de football depuis 1984. © Fidelin Johnny/Icon Sport/ABACA
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Entrée d’Amazon et sortie de Canal+. Sur le terrain de la diffusion des matchs de Ligue 1 en France, ce changement est un véritable bouleversement. Ce vendredi 11 juin, la Ligue de football professionnel (LFP) a attribué les droits de 80% des matchs de Ligue 1 et Ligue 2 pour la période 2021-2024 — ceux qui devaient être diffusés par Mediapro avant son retrait l’hiver dernier — à Amazon pour 250 millions d’euros par an. La LFP a ainsi préféré l’offre du géant du e-commerce à celle de Canal+ et son partenaire Bein Sport.

De son côté, Canal+ paie 330 millions d’euros par an pour 20% des matchs, un lot décroché en 2018 alors que la valeur de l’ensemble des droits du championnat atteignait le montant record de 1,153 milliard d’euros par an, contre 663 millions aujourd’hui. La chaîne cryptée trouve inacceptable de payer beaucoup plus qu’Amazon pour beaucoup moins de matchs, et a annoncé dans la foulée, dans un communiqué, se retirer de la Ligue 1.

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Ce nouveau rebondissement du feuilleton des droits télé du foot français laisse de nombreuses questions en suspens.

Est-ce une bonne opération pour les clubs ?

En choisissant l’offre du géant américain, la LFP a préféré un nouvel acteur qui promet plus d’argent, là où ses partenaires historiques Canal+ et Bein Sport ne promettaient que 595 millions d'euros par an de montant garanti (auxquels se seraient ajoutés 73 millions d’euros de part variable).

Mais cela marque également un saut dans l’inconnu, observe Jean-Pascal Gayant, économiste du sport et professeur à l'Université du Mans, interrogé par Business Insider France. ”La solution de compromis proposée par Canal et BeIN permettait aux clubs de s'assurer trois ans de répit et un retour à la normale”, explique-t-il. “Mais la Ligue s'est entêtée en raison de ses très mauvais rapports avec Canal. C'est de la folie pure !” Pour le chercheur, c’est une prise de risque insensée alors que les clubs ont aujourd’hui besoin de visibilité.

Pour Vincent Chaudel, fondateur de l’Observation du sport business, il ne s’agit pas forcément d’une mauvaise décision. “Je ne partage pas l’avis de ceux qui disent que la Ligue fait une erreur”, affirme-t-il à Business Insider France. “Pour moi, la Ligue fait un pari sur l’avenir.” Contrairement à Mediapro, qui partait de zéro, Amazon est déjà présent en France, avec un nombre d’abonnés important à son bouquet de services Prime en France. L’entreprise ne communique pas sur ce chiffre, mais celui-ci est estimé entre 9 et 11 millions selon les sources citées par différents médias. “Et ils ont démontré leur capacité à communiquer avec Roland Garros”, ajoute Vincent Chaudel.

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A quel prix Amazon va proposer les matchs ?

En récupérant huit matchs de Ligue 1 par journée (dont les 10 meilleures affiches de la saison) et autant de Ligue 2 pour 250 millions d’euros par an, Amazon fait la plus grosse acquisition de sa (courte) histoire dans le sport européen. Jusqu’à présent, l’entreprise proposait tous les événements sportifs qu’elle diffuse sur sa plateforme Prime Video à tous les abonnés sans supplément. C’est notamment le cas des quelques matchs de Roland Garros en France, et de la vingtaine de matchs de Premier League qu’elle propose chaque saison au Royaume-Uni.

À 49 euros par an l’abonnement à Amazon Prime, on peut imaginer qu’il s’agira d’une très bonne nouvelle pour les fans de foot, qui pourront voir 80% du championnat pour un coût dérisoire par rapport aux 25 euros par mois demandés par Mediapro pour sa chaîne Téléfoot. Cependant, dans son communiqué, Amazon a lâché une phrase qui fait semer le doute : “de plus amples détails sur le prix, la production, l’équipe de consultants ou l’expérience client seront communiqués dans les prochaines semaines”, peut-on lire.

Si Amazon peut en théorie proposer la Ligue 1 sans augmenter le prix de l’abonnement à Prime, c’est parce que l’activité vidéo n’est pas la seule source de revenus du géant. “Il n’ont pas la même équation que Mediapro, qui était obligé de faire payer cher” pour rentrer dans ses frais, explique Vincent Chaudel.

Amazon peut cependant augmenter le prix de son offre Prime, indépendamment de l’arrivée de nouveaux contenus sportifs. En 2017, le prix en Allemagne est ainsi passé de 49 à 69 euros. Au Royaume-Uni, il est depuis plusieurs années de 79 livres par an (91 euros).

L’entreprise de Jeff Bezos peut aussi décider de proposer tout ou partie des matchs acquis dans une option payante en plus de l’abonnement Prime, même si cela n’a jamais été fait jusqu’à présent. “Amazon pourrait [...] lancer une chaîne vendue à part, dédiée aux matchs que le distributeur ne comptait pas acheter au départ”, écrit Le Monde, qui cite un connaisseur du secteur.

Est-ce vraiment la fin pour Canal+ ?

Diffuseur historique du championnat de France depuis la création de la chaîne en 1984, Canal+ était déjà absente des lauréats du précédent appel d’offres. Elle avait finalement pu revenir par la petite porte en récupérant, grâce à un contrat de sous-licence, les deux matchs obtenus par Bein Sport. C’est ce lot — le lot n°3 — qui est aujourd’hui au cœur de la discorde entre Canal+ et les instances du foot.

Dans son communiqué du 11 juin, Canal+ rappelle qu’elle proposera à ses abonnés “les deux plus belles affiches de chaque journée de la Ligue des Champions” dès la rentrée ainsi qu’“une offre sport riche de Premier League, de TOP14, de Formule 1, ou encore de

MotoGP, diffusés en intégralité”. Comme une façon de sous-entendre que la page Ligue 1 est tournée.

“La seule façon pour Canal de revenir, c’est de trouver un accord avec Amazon”, estime Vincent Chaudel qui ne croit toutefois pas trop à cette éventualité. “Amazon n’a pas besoin de Canal+ pour être distribué. Ils ont déjà leur base de clients potentiellement importante.”

“C’est une erreur stratégique de la part de Canal”, ajoute le spécialiste. “Ils laissent arriver sur le marché français un acteur surpuissant qui n’est pas obligé d’arriver à l’équilibre financier sur les droits achetés.”

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Quelle va être l’attitude de Bein Sport ?

Tous les regards se tournent donc désormais vers Bein Sport, premier acquéreur du fameux lot n°3. La chaîne qatari acceptera-t-elle que Canal+ lui rende les matchs et cesse de payer sans broncher ? “Il faudrait voir les contrats entre Bein et Canal+”, remarque Vincent Chaudel. “L’incertitude est là, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Est-ce que Bein va l’exploiter ? Va t-il trouver un accord avec un tiers ?”

D’autant plus que, depuis la rentrée 2020, celui qui distribue en exclusivité les chaînes Bein Sport n’est autre que… Canal+.

Selon Les Echos, les dirigeants de Bein Sport sont solidaires de ceux de la chaîne cryptée. Mais l’actionnaire de Bein, le Qatar, est également celui du PSG et n’aurait pas intérêt à voir la valeur des droits baisser. “Je ne vois pas Bein planter la Ligue”, affirme Vincent Chaudel. “Maintenant est-ce que Bein va chercher à trouver un accord avec un autre acteur pour ne pas payer tout seul ?”

Quelles conséquences pour les finances des clubs ?

Cette nouvelle donne financière — avec des droits télé quasiment divisés par deux par rapport aux sommes promises en 2018 — intervient alors que les clubs, qui sont les bénéficiaires de ces droits, viennent de subir une année catastrophique à cause du Covid-19.

“Les clubs sont dans une situation très préoccupante”, alerte Jean-Pascal Gayant. “La masse salariale a continué à courir alors que les recettes perçues cette année n'ont pas été conformes aux budgets prévus en début de saison”, en raison des droits TV moins importants que prévus, à cause du fiasco Mediapro, mais aussi des revenus “jour de match” quasi-inexistants, puisque les rencontres se sont jouées à huis-clos. “Pour certains clubs, la possibilité d'une cessation de paiement est une réalité.”

“Il y a de réels risques de faillite”, affirme le chercheur. Jean-Marc Mickeler, président de la Direction nationale du contrôle de gestion, organisme qui surveille les comptes de clubs, a tiré la sonnette d’alarme lors d’une audition à l’Assemblée nationale il y a quelques jours : “Sans restructuration, sans apport massif des actionnaires existants, il est peu probable que la majorité des clubs puissent survivre à la saison 2021-2022”, a-t-il lâché, rapporte Le Monde.

“Parmi les gros clubs, on sait que les situations de Lille et Bordeaux sont très inquiétantes”, ajoute Jean-Pascal Gayant.

Bien que le montant des droits TV ait également baissé dans les autres pays européens, la baisse est bien plus marquée en France. “L'ère de la croissance folle est terminée”, commente l’économiste. “Cependant, la France aura des droits substantiellement plus faibles que ses voisins pour les prochaines années, ce qui peut clairement contribuer à sa distanciation à l'échelle continentale.”

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