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Les anticorps contre le Covid-19 disparaîtraient après quelques semaines chez certaines personnes


Le marché de La Boqueria à Barcelone, en Espagne. © Joan Valls/Urbanandsport /NurPhoto via Getty Images

L'immunité collective au Covid-19 pourrait se révéler "inatteignable", selon une nouvelle étude espagnole de grande envergure. En effet, les anticorps au virus pourraient disparaître après quelques semaines seulement chez certains patients. Le gouvernement espagnol s'est associé à quelques-uns des plus grands épidémiologistes du pays pour découvrir quel pourcentage de la population avait développé des anticorps pouvant conférer une immunité contre le coronavirus. L'étude a révélé que seuls 5 % des personnes testées dans le pays conservaient des anticorps contre le virus, selon les conclusions publiées par la revue médicale The Lancet. De plus, "l'immunité peut être incomplète, elle peut être transitoire, elle peut ne durer que peu de temps et ensuite disparaître", selon Raquel Yotti, la directrice de l'Institut espagnol de la santé Carlos III, qui a contribué à la réalisation de l'étude. En effet, l'étude a également révélé que 14 % des personnes qui avaient été testées positives aux anticorps du coronavirus lors de la première série de tests n'étaient plus positives lors de contrôles ultérieurs effectués des semaines plus tard.

D'autres chercheurs ont déclaré que l'étude corroborait d'autres conclusions selon lesquelles l'immunité au virus pourrait ne pas durer longtemps chez les personnes qui ne développent que des symptômes légers, voire ceux qui ne développent aucun symptôme. "L'absence de symptômes suggère une infection légère, qui ne permet jamais vraiment au système immunitaire de fonctionner suffisamment bien pour générer une 'mémoire immunologique'", a déclaré Ian Jones, professeur de virologie à l'université de Reading, en Angleterre. Il ajoute que "toute personne dont le test de dépistage des anticorps est positif ne doit pas supposer qu'elle est protégée. Elles le sont peut-être, mais ce n'est pas clair". L'auteur principal de l'étude, Marina Pollán, a déclaré à CNN : "Certains experts ont calculé qu'environ 60% de personnes infectées pourraient signifier une immunité collective. Mais nous sommes très loin d'atteindre ce chiffre".

L'étude a révélé que, bien que l'Espagne soit l'un des pays les plus touchés par le Covid-19, "les estimations de la prévalence des anticorps restent faibles et sont clairement insuffisantes pour assurer l'immunité collective". En Espagne, plus de 28 000 personnes sont mortes après avoir attrapé le coronavirus.

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Comme l'a noté CNN, The Lancet a publié les commentaires de deux autres scientifiques, Isabella Eckerle et Benjamin Meyer, qui ont déclaré que l'étude espagnole, ainsi que des études similaires aux États-Unis et en Chine, ont montré que l'immunité collective ne pouvait pas être obtenue. Isabella Eckerle dirige le Centre de Genève pour les maladies virales émergentes, tandis que Benjamin Meyer est virologue à l'Université de Genève. La "principale conclusion" de cette étude réside dans le fait que "la majeure partie de la population semble être restée non exposée" au coronavirus, "même dans les régions où la circulation du virus est très répandue", ont déclaré les scientifiques. Ils ont ajouté : "Au vu de ces résultats, toute approche proposée pour obtenir une immunité collective par le biais d'une infection naturelle est non seulement hautement contraire à l'éthique, mais aussi irréalisable".

Les preuves contre la théorie de l'immunité collective s'accumulent

Le Premier ministre suédois, Stefan Lofven.  JONATHAN NACKSTRAND/AFP via Getty Images

Comme le montrent les études sur les anticorps menées ailleurs dans le monde, les zones les plus densément peuplées d'Espagne - les villes de Madrid et de Barcelone - présentent les niveaux de prévalence d'anticorps les plus élevés. Ce niveau était supérieur à 10 % à Madrid et à 7 % à Barcelone. L'étude espagnole, qui a testé plus de 61 000 personnes, est la dernière en date à prendre ses distances avec l'idée d'immunité collective.

En mai dernier, une étude suggérait que seulement 7,3 % des habitants de Stockholm, la capitale suédoise, avaient développé des anticorps contre les coronavirus, malgré l'adoption par le gouvernement suédois d'une stratégie nouvelle et controversée consistant à ne pas imposer un confinement strict. Le Premier ministre suédois, Stefan Lofven, a ordonné la semaine dernière une enquête sur la gestion du virus dans le pays, déclarant aux journalistes que "nous avons eu des milliers de morts", et ajoutant que "la question est maintenant de savoir comment la Suède devrait changer, et non pas si elle doit le faire".

Contrairement à la plupart des pays européens, la Suède n'a pas mis en place de mesures strictes et globales de confinement en réponse à la pandémie. Au lieu de cela, elle a largement permis aux entreprises et aux hôtels de rester ouverts et aux étudiants de fréquenter les écoles. En mai, l'épidémiologiste suédois Anders Tegnell a justifié cette réponse à la crise sanitaire en disant que les pays qui ont imposé des mesures de confinement strictes subiraient probablement une deuxième vague importante plus tard dans l'année, alors que celle de la Suède serait plus petite.

La nouvelle étude espagnole, cependant, met un doute sur l'idée que la Suède, qui a rapporté près de 5 500 décès dus au coronavirus et dont le nombre de décès par habitant est l'un des plus élevés au monde, pourrait être mieux préparée pour éviter une deuxième vague.

Version originale : Adam Payne / Business Insider US. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

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