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Les bactéries pourraient représenter une sérieuse menace sanitaire dans les années à venir

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À mesure que les bactéries deviennent plus résistantes, la propagation des maladies se développe lentement jusqu'à devenir une menace de niveau pandémique. © Samantha Lee/Business Insider

Alors que le monde lutte pour mettre fin à la pandémie de coronavirus, les experts affirment que nous sommes déjà confrontés à une autre menace globale de maladie infectieuse. Les bactéries résistantes aux antibiotiques ne reçoivent pas autant d'attention que le Covid-19, car les maladies qu'elles provoquent se propagent lentement et de manière constante, au lieu de prendre le monde d'assaut en peu de temps. Mais les bactéries pourraient représenter une menace similaire au Covid-19, selon les experts. Et cela se produira à un rythme poussif.

Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux États-Unis, près de trois millions d'Américains contractent chaque année une infection bactérienne résistante aux antibiotiques. Parmi eux, environ 35 000 en meurent. Dans le monde, environ 700 000 personnes meurent chaque année de ce type d'infections. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit qu'au rythme actuel, environ 10 millions de personnes pourraient mourir chaque année d'infections résistantes aux antibiotiques d'ici 2050.

En raison de la prescription excessive d'antibiotiques, de leur utilisation excessive pour le bétail et d'autres facteurs, de nombreux types d'infections bactériennes — y compris des souches de gonorrhée, de tuberculose et de salmonelle — sont devenus extrêmement difficiles, parfois même impossibles, à traiter. Cela est dû au fait que la minuscule partie des bactéries qui survivent à ces antibiotiques évoluent et se reproduisent, développant une résistance. Dans le monde, 230 000 personnes meurent chaque année de la seule tuberculose résistante aux antibiotiques.

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"Il est de plus en plus probable que cette infection bactérienne sera très difficile à traiter, voire impossible, et les infections bactériennes non traitables sont dangereuses. Elles font beaucoup de dégâts", a déclaré à Business Insider US Sarah Fortune, professeur d'immunologie et de maladies infectieuses à l'université de Harvard. "Elles tuent les gens."

Cette menace reste cependant peu médiatisée, aux dires de Steffanie Strathdee, professeur de médecine à l'université de Californie à San Diego. "Contrairement au Covid-19, qui est apparu soudainement et a éclaté sur la scène mondiale, la crise des superbactéries est en train de mijoter", a-t-elle déclaré à Business Insider US. "C'est déjà une pandémie. C'est déjà une crise mondiale et elle s'aggrave avec le coronavirus".

Tom Frieden, l'ancien directeur du CDC et le PDG de Resolve to Save Lives, a déclaré à Business Insider US que le gouvernement américain devrait avoir une approche plus agressive et à multiples facettes pour lutter contre ce qu'il appelle des "bactéries cauchemardesques". Il a ajouté que la communauté médicale devrait se concentrer en particulier sur la manière dont les maladies infectieuses se propagent dans les hôpitaux. "Je ne doute absolument pas que dans vingt ou quarante ans, nous regarderons nos systèmes de santé tels qu'ils ont été mis en place en 2020 et nous nous demanderons comment ils ont pu laisser autant d'infections se propager dans les établissements de soins", a déclaré Tom Frieden. "Nous sommes très loin de là où nous devrions être en termes de prévention et de contrôle des infections".

Un système de santé publique 'dysfonctionnel' rend le problème difficile à résoudre

Une grande partie de l'attention et des ressources qui seraient consacrées à la menace bactérienne sont actuellement consacrées à essayer de vaincre le coronavirus, a déclaré Steffanie Strathdee. De fait, la pandémie de coronavirus pourrait, de manière perverse, aggraver le problème des bactéries résistantes aux antibiotiques.

En juillet, l'OMS a appelé à une utilisation plus prudente des antibiotiques chez les patients atteints de Covid-19 afin d'aider à freiner la menace de la résistance aux antibiotiques. Une étude réalisée en mai a révélé que parmi quelque 2 000 patients hospitalisés pour Covid-19 dans le monde, 72 % avaient reçu des antibiotiques, alors que seuls 8 % avaient des infections bactériennes ou fongiques avérées.

Du personnel médical transporte un patient décédé dans un camion réfrigéré servant de morgue d'appoint au centre hospitalier de Brooklyn, à New York, le 9 avril 2020.  ANGELA WEISS/AFP via Getty Images

À mesure que les bactéries deviennent plus résistantes aux antibiotiques, le risque de conséquences catastrophiques augmente. E. coli, par exemple, provoque des millions d'infections urinaires chaque année. Si une souche extrêmement résistante aux antibiotiques se développe, elle pourrait se propager et tuer "d'innombrables jeunes femmes", selon Lance Price, directeur fondateur de l'Antibiotic Resistance Action Center de l'université George Washington. "Elles pourraient aller chez le médecin avec ce qu'elles pensent être une banale infection urinaire et finir par mourir d'infections sanguines alors que les médecins échouent à traiter leurs infections qui montent de la vessie vers les reins et dans le sang", a déclaré Lance Price.

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La pandémie actuelle, a ajouté l'universitaire, a révélé que le système de santé publique américain "dysfonctionnel" "(les) a rendus vulnérables à des bactéries résistantes aux antibiotiques qui se propagent lentement". "Les Etats-Unis ne sont pas préparés à faire face à des pandémies bactériennes, comme le prouve notre incapacité à faire face à de nombreuses épidémies et pandémies simultanées de bactéries multirésistantes qui circulent actuellement", craint Lance Price.

Du personnel de santé pousse un patient dans une unité moins intensive de l'unité Covid-19 du United Memorial Medical Center à Houston, au Texas, le 2 juillet 2020. MARK FELIX/AFP via Getty Images

Selon Sarah Fortune, les bactéries vont acquérir une résistance aux nouveaux antibiotiques au fil du temps. Nous devrons donc faire attention à la façon dont nous les utilisons et continuer à développer de nouveaux médicaments pour faire face au problème. Mais le développement d'une nouvelle classe d'antibiotiques se fait attendre depuis des décennies. Des entreprises comme Achaogen et Aradigm, qui se focalisaient sur cet objectif, ont baissé le rideau au cours des dernières années. Et des géants pharmaceutiques comme Novartis et Allergan ont complètement abandonné la question.

Selon Sarah Fortune, les laboratoires pharmaceutiques ne voient pas autant de profit dans le développement de nouveaux antibiotiques que dans celui d'autres médicaments. Beaucoup ont investi dans le développement d'un nouvel antibiotique et ont d'après elle échoué : ils peuvent faire davantage de profit en développant des médicaments que les gens prennent régulièrement plutôt qu'en cas d'infection.

Un test antibiotique. REUTERS/Brian Snyder

Les laboratoires ne peuvent pas non plus faire payer les antibiotiques aussi cher que les autres médicaments qu'elles pourraient développer, et la durée de conservation d'un antibiotique est relativement courte, d'après Sarah Fortune. Donc si nous voulons obtenir de nouveaux antibiotiques, il faut trouver un moyen d'amener les entreprises pharmaceutiques à mettre leur développement en priorité.

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C'est ce que s'efforce de réaliser le Royaume-Uni. Le pays investit 60 millions de dollars (51 millions d'euros) dans le développement d'antibiotiques par le biais d'un fonds d'innovation, et son service national de santé a mis au point un système de financement par abonnement conçu pour inciter les laboratoires à fabriquer de nouveaux antibiotiques. Selon ce plan, le National Health Service paierait d'avance les entreprises pour donner accès aux antibiotiques, plutôt que de les payer en fonction du nombre de pilules qu'elles vendent.

Combattre les bactéries avec plus de virus

En dehors de la mise au point de nouveaux antibiotiques, un type de virus pourrait représenter une solution. Une catégorie de virus appelée "phages" cible et tue naturellement des types spécifiques de bactéries. Si vous pouvez trouver le phage particulier qui tue la bactérie dont une personne est infectée, vous pourriez l'utiliser pour traiter son infection. Steffanie Strathdee a vécu une expérience personnelle de ce type de traitement. Son mari a été infecté par une superbactérie en 2015, et lorsque les antibiotiques n'ont pas fonctionné, elle a contacté des personnes qui étudiaient les phages et les superbactéries.

Deux boîtes de Petri remplies de bactériophages.  Hauke-Christian Dittrich/picture alliance via Getty Images

En examinant les eaux usées et les déchets de basse-cour, où les phages prolifèrent, et bien que les phages qu'ils avaient étaient déjà isolés, les chercheurs ont trouvé le phage correspondant à la bactérie contenue dans l'organisme de son époux. Ils lui ont injecté un cocktail de milliards de phages, et il s'est complètement rétabli.

"Non seulement je suis une épidémiologiste spécialisée dans les maladies infectieuses, mais la vie de ma propre famille s'est retrouvée bouleversée à cause d'une superbactérie. Et si elle m'a prise au dépourvu, elle va prendre tout le monde au dépourvu, parce que le citoyen moyen ne sait pas à quel point le problème est important", a déclaré Steffanie Strathdee.

Le médecin et pharmacologue Gilles Leboucher prépare une solution diluée de phages à partir de trois différents types de phages concentrés, le 8 mars 2019. ROMAIN LAFABREGUE/AFP via Getty Images

Le centre qu'elle a cofondé, Center for Innovative Phage Applications and Therapeutics (IPATH), se prépare maintenant à lancer le premier essai clinique de thérapie par les phages financé par les instituts nationaux de santé américain. "Nous avons besoin d'une bibliothèque de phages géante en accès-libre, qui pourrait être utilisée pour faire correspondre les phages à une infection bactérienne spécifique et utilisés avec des antibiotiques pour guérir ces superbactéries", a incité Steffanie Strathdee.

Les experts soulignent également que les États-Unis doivent mieux suivre la propagation des superbactéries, développer des antibiotiques, faire des recherches sur la thérapie par les phages, utiliser plus prudemment les antibiotiques existants et investir beaucoup plus dans la lutte contre ce problème avant qu'il ne transforme en une crise d'ampleur. Selon Tom Frieden, la résolution de ce problème nécessite également une coopération internationale.

"L'essentiel est que nous ayons besoin d'une réponse plurielle", a déclaré Tom Frieden. "Cela signifie un financement soutenu des organisations de santé au sein du gouvernement américain, y compris le CDC. Cela signifie un soutien total à l'Organisation mondiale de la santé, tant en termes de financement que de mandat, et cela passe aussi par une approche efficace et plus forte pour identifier et combler les lacunes en matière de préparation dans le monde".

Version originale : Thor Benson/Business Insider US

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