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Les banques françaises sont 'beaucoup plus solides que lors de la crise de 2008'

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Les banques françaises sont 'beaucoup plus solides que lors de la crise de 2008'
Une agence de la Société Générale sur les Champs Elysées, désertées pendant le confinement. © Stephane Cardinale - Corbis/Corbis via Getty Images

Les banques françaises cotées à la Bourse de Paris ont tour à tour dévoilé leurs résultats financiers pour le compte du premier trimestre 2020. Et le constat est le même pour BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale : la crise économique engendrée par le confinement pour endiguer la pandémie de Covid-19 pèse lourdement sur leurs bénéfices. Crédit Agricole voit ainsi son bénéfice net reculer de 16,4%, tandis que celui de BNP Paribas chute de 33,2%. Société Générale affiche de son côté sa première perte trimestrielle depuis 2012, qui s'élève à 326 millions d'euros, contre 686 millions d'euros de profits un an plus tôt, au premier trimestre 2019.

Sa banque de financement et d'investissement (BFI) a particulièrement souffert. Les revenus des activités de produits structurés ont été "durement impactés par la dislocation des marchés action en mars, par l'annulation des paiements de dividendes", explique Société Générale dans un communiqué. Surtout, l'établissement bancaire, comme BNP Paribas et Crédit Agricole, a dû faire face à une forte hausse du coût du risque. Autrement dit, les banques se voient contraintes d'accroître leurs provisions pour faire face à de futures pertes et d'éventuels défauts de remboursement de crédit.

Elles sont mises à contribution aujourd'hui pour soutenir les entreprises subissant un arrêt de leur activité et des difficultés de trésorerie. Avec toutefois le soutien de l'Etat français, qui s'est engagé à garantir le financement bancaire de l'économie à hauteur de 300 milliards d'euros. Ce qui n'empêche pas les banques de prévoir d'importantes provisions. "Nous anticipons des provisions comprises entre 3,5 et 5 milliards d'euros cette année selon les scénarios", a déclaré le patron de Société Générale, Frédéric Oudéa, dans une interview aux Echos.

BNP Paribas a de son côté annoncé avoir déjà provisionné 502 millions d'euros au premier trimestre et Crédit Agricole 621 millions d'euros, un montant multiplié par 2,8 par rapport au premier trimestre 2019.

Plus de fonds propres

Si les bénéfices sont en net repli, le chiffre d'affaires (produit net bancaire) des banques a moins souffert, notamment pour ce qui est des activités de banque de détail en France. Les revenus de cette branche sont par exemple en baisse de seulement 1,2% pour Société Générale sur les trois premiers mois de l'année. "Mais ce n'est qu'un tour de chauffe. Il faudra voir ce que cela donne au deuxième trimestre", prévient Frédéric Rozier, co-responsable de la gestion de portefeuille chez le groupe financier suisse Mirabaud. Les projets des particuliers, comme la contraction d'un crédit pour un achat immobilier, pourraient commencer à sérieusement marquer le pas.

Les banques françaises apparaissent en tout cas mieux armées aujourd'hui que lors de la crise financière de 2008-2009. "Nos banques sont très solides, beaucoup plus qu'à l'époque. La situation n'a rien à voir avec l'épisode de 2008-2009. Ce sont plutôt des victimes collatérales aujourd'hui", estime Frédéric Rozier. Depuis cette crise, elles ont réduit leurs activités de marché et la réglementation sur les fonds propres s'est surtout renforcée. Les banques françaises sont aujourd'hui bien capitalisées, avec des ratios de fonds propres bien supérieurs au minimum exigé, jusqu'à 12,6% pour Société Générale.

Si pour Frédéric Oudéa, la crise liée au coronavirus est "de loin la crise la plus grave à laquelle nous avons eu à faire face", il souligne aussi auprès des Echos que "le secteur bancaire entre dans cette crise avec un profil radicalement différent par rapport à 2008-2009". Et d'ajouter : "A l'époque, le ratio de fonds propres des banques se situait en moyenne entre 6 et 7%. Il est deux fois plus élevé aujourd'hui."

Hémorragie boursière

Les établissements bancaires français prévoient en outre de réaliser des économies en poursuivant la baisse de leurs frais de gestion en 2020. Le directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, table ainsi sur "300 à 500 millions d'euros d'économies supplémentaires". Pour diminuer leurs coûts, les banques pensent aussi à réduire leur parc immobilier et leurs investissements dans les bureaux, alors que l'essor du télétravail en cette période de confinement rend ce type de placement beaucoup moins attractif.

Reste que depuis le début de la crise sanitaire, les banques sont globalement boudées par les investisseurs et ont vu leur cours de Bourse s'effondrer. Elles font partie des entreprises du CAC 40 affichant les plus fortes chutes, à l'image de Société Générale qui a perdu environ 58% de sa valeur entre le 19 février et le 5 mai. "Le potentiel d'un rebond boursier des banques reste limité tant qu'on évolue dans un environnement de taux bas", assure Frédéric Rozier. Bien que la Banque centrale européenne n'ait pas opté pour une nouvelle baisse des taux afin de stimuler l'activité économique, leur faiblesse continue de peser sur la rentabilité des groupes bancaires.

De plus, ces acteurs restent exposés au secteur pétrolier et Crédit Agricole "est très engagé dans l'aéronautique", souligne le gérant de fonds. Or, ces deux secteurs sont parmi les plus affectés par la crise actuelle et subissent un écroulement de leurs revenus.

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