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Les candidats d'origine maghrébine ont moins de chances d'être contactés par les recruteurs, selon une étude

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Les candidats d'origine maghrébine ont moins de chances d'être contactés par les recruteurs, selon une étude
Les candidats aux prénoms et noms à consonance maghrébine doivent envoyer 1,5 fois plus de candidatures pour obtenir le même nombre de réponses positives. © Flickr
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C'est une étude confirmant la discrimination que peuvent subir des Français d'origine maghrébine dans leur recherche d'emploi. Conduite par l'ISM Corum (Inter service migrants — Centre d'observation et de recherche sur l'urbain et ses mutations) et l'Institut des politiques publiques (IPP), sous l'égide de la Dares, elle montre que les candidatures dont l'identité suggère une origine maghrébine ont 31,5% de chances de moins d'être contactées par les recruteurs. Toutefois, les discriminations "sont plus faibles, sans s'effacer, parmi les salariés les plus qualifiés", relève la Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, rattachée au ministère du Travail.

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont testé 2 400 offres d'emploi en adressant à chacune pas moins de quatre candidatures, une féminine et une masculine pour chaque origine supposée, française et maghrébine. Ces candidatures fictives se distinguent principalement par les noms et prénoms qui suggèrent un sexe et une origine ethnique. L'étude, menée entre décembre 2019 et avril 2021, se veut représentative, en termes de métiers et de secteur, et couvre l'ensemble du territoire métropolitain. Pas moins de 11 métiers ont ainsi été testés.

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Résultat, les candidatures dont l'identité est à consonance maghrébine sont 31,5% moins souvent rappelées que des candidatures identiques à consonance française. Ces dernières obtiennent un taux de rappel de 33,3%, contre 22,8% pour les personnes supposées maghrébines. "La discrimination à l'embauche selon l'origine supposée reste élevée et un élément majeur du marché du travail en France", estime la Dares. Cet écart selon l'origine ne change pas de manière significative que les candidatures soient masculines ou féminines.

Moins de discrimination dans les métiers plus qualifiés

En revanche, l'intensité de la discrimination est plus forte pour certains métiers, comme les employés commerciaux, les commis de cuisines et les employés administratifs. À l'inverse, les candidats d'origine supposée maghrébine subissent moins de discrimination au sein des métiers qualifiés, de cadres notamment, comparés aux professions peu qualifiées.

En outre, la discrimination tend à se réduire dans les métiers qui rencontrent des difficultés de recrutement. L'écart du taux de rappel entre les candidatures à consonance maghrébine et celles à consonance française s'élève à 26% dans ces métiers dits "à forte tension", contre un écart de 34% dans les autres métiers.

D'une manière générale, lorsque les recruteurs manifestent un intérêt pour trois des quatre CV envoyés, c'est le plus souvent un candidat dont le prénom et le nom sont à consonance maghrébine qui est écarté — dans 6% des cas, contre 3% des offres d'emploi ayant mis de côté un candidat d'origine supposée française.

1,5 fois plus de CV à envoyer pour obtenir une réponse positive

Lorsqu'un seul candidat est recontacté — ce qui est arrivé dans 15% des cas — c'est le plus souvent une candidature suggérant une identité française qui est retenue par le recruteur : dans 11% des tests menés, tandis que seules 4% des entreprises ont recontacté un seul candidat qui était d'origine supposée maghrébine.

Au final, une personne dont le nom est à consonance maghrébine doit envoyer 1,5 fois plus de candidatures pour obtenir le même nombre de réponses positives qu'une personne au profil presque identique avec un nom à consonance française. Ce taux de rappel "est comparable aux résultats obtenus en utilisant la même méthode par des études antérieures portant sur des segments plus spécifiques du marché du travail", tout en apparaissant "dans le bas de la fourchette habituellement observée", précise la Dares.

Le loi "Egalité et Citoyenneté", de janvier 2017, oblige les entreprises de plus de 300 salariés à former au recrutement sans discriminer. Mais elle semble encore bien insuffisante. Les employeurs refusent 20,5% plus souvent les candidatures d'origine supposée maghrébine et les ignorent, en y apportant aucune réponse, 14,1% plus fréquemment, selon l'étude publiée par la Dares. Un écart susceptible de favoriser la colère et la frustration chez les travailleurs d'origine maghrébine.

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