Les champignons pourraient sauver l'humanité de l'extinction en cas de catastrophe comme un impact d'astéroïde

Raphael Manet surveille la croissance de champignons huîtres perlés au "Bunker Comestible" à Strasbourg, le 19 février 2018. La ferme organique s'est installée dans un ancien bunker d'entrepôt de poudre à canon utilisé pendant la guerre franco-prussienne de 1870. Vincent Kessler/Reuters

Il y a environ 66 millions d'années, un astéroïde a traversé l'atmosphère terrestre et s'est écrasé dans le fond marin, créant une explosion plus de 6 500 fois plus puissante que la bombe nucléaire lancée par les États-Unis sur Hiroshima. L'impact a projeté des nuages de débris et de soufre dans l'atmosphère terrestre, bloquant la lumière et la chaleur du soleil pendant environ deux ans. La photosynthèse s'est arrêtée, ce qui a entraîné l'arrêt de la croissance des plantes. Les dinosaures survivants sont morts de faim et se sont éteints. Mais les fossiles montrent que les champignons ont continué de prospérer.

Selon le journaliste scientifique du TIME Bryan Walsh, cela rend les champignons essentiels pour la survie humaine si un tel événement apocalyptique devait se produire à l'avenir. Le nouveau livre de Bryan Walsh, "End Times", interroge comment les événements catastrophiques, tant naturels que d'origine humaine, menacent notre existence. Il y souligne que les trois types de catastrophes potentielles - les impacts d'astéroïdes, les éruptions de supervolcans et une guerre nucléaire - ont une chose en commun : elles pourraient finir par bloquer la lumière solaire nécessaire pour nourrir les plantes.

"Cachez le soleil, et même le survivaliste le mieux préparé, un maître de la vie sauvage, mourra de faim avec tous les autres", écrit Bryan Walsh dans le livre. Pour survivre, dit-il, les gens devraient adopter une agriculture sans soleil, comme la culture de champignons, de rats et d'insectes.

Les astéroïdes, les supervolcans et les guerres nucléaires pourraient bloquer le soleil

Le nuage en champignon de l'essai de la bombe nucléaire Castle Bravo, le 1er mars 1954. NOAA

Les recherches suggèrent que les conséquences des éruptions de supervolcans et des bombes nucléaires pourraient être similaires aux conséquences de l'astéroïde qui a conduit les dinosaures à leur perte.

Il y a environ 74 000 ans, par exemple, l'éruption du supervolcan de Toba a envoyé des nuages de dioxyde de soufre dans l'atmosphère, réduisant la lumière du Soleil jusqu'à 90%. Cet hiver volcanique pourrait avoir réduit la population humaine mondiale à seulement 3 000 personnes, selon une analyse.

Si suffisamment de bombes nucléaires (des milliers d'entre elles) devaient exploser, cela pourrait aussi provoquer un hiver nucléaire qui réduirait les niveaux d'ensoleillement de plus de 90%, selon un article de 1983 co-écrit par Carl Sagan. Les températures mondiales pourraient chuter jusqu'à 45 degrés Fahrenheit (environ 7 degrés Celsius) avec ce scénario.

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"Un refroidissement aussi rapide et aussi drastique pourrait rendre l'agriculture impossible, même dans les régions épargnées par les missiles", écrit Bryan Walsh.

L'éruption du Mont Saint Helens en 1980 a tué 57 personnes et a causé des milliards de dollars de dégâts. L'éruption du supervolcan Toba était équivalente à 2 800 fois celle du Mont Saint Helens. AP

Sans la lumière du soleil, en d'autres termes, notre système alimentaire s'effondrerait. La solution de cultiver des champignons proposée dans le livre de Bryan Walsh vient de David Denkenberger, un ingénieur civil qui l'a lui-même suggérée dans un livre de 2014 sur l'agriculture post-apocalyptique, intitulé "Feeding Everyone No Matter What".

"Peut-être que lorsque les humains disparaîtront, le monde sera à nouveau gouverné par des champignons", a dit David Denkenberger à Byan Walsh. "Pourquoi ne mangeons nous pas simplement des champignons pour éviter de disparaître ?"

Les champignons poussent sur les arbres, avec ou sans soleil

Un champ d'amandiers morts après une sécheresse dans la Vallée Centrale en Californie, le 6 mai 2015. Lucy Nicholson/REUTERS

Si des nuages de débris ou de cendres venaient à cacher le Soleil et à refroidir rapidement le climat, des milliards d'arbres mourraient. Les humains ne seraient pas capables de digérer ce bois mort, bien sûr, mais les champignons le pourraient, ils n'ont pas besoin de photosynthèse.

Bryan Walsh a fait le calcul : selon ses estimations, une bûche de 90 centimètres de long et de 10 centimètres de large devrait produire près d'un kilo de champignons en quatre ans.

Cela ne semble pas beaucoup, mais avec une population réduite suite à la catastrophe et une production efficace de champignons, David Denkenberger pense que cela pourrait fonctionner à garder l'humanité en vie. 

Des pleurotes en huître poussent à partir d'un bloc de substrat au "Bunker Comestible" à Strasbourg, le 19 février 2018.Vincent Kessler/Reuters

Si l'on utilise le bois pour cultiver des champignons, on pourrait aussi utiliser les feuilles des arbres morts, dit-il.

"Les feuilles broyées pourraient être transformées en thé pour fournir les nutriments manquants comme la vitamine C, ou données aux ruminants comme les vaches ou les rats", a expliqué David Denkenberger à Bryan Walsh.

Les arbres morts peuvent nourrir d'autres êtres vivants, comme les rats et les insectes.

Les rats, tout comme les champignons, peuvent digérer la cellulose, le sucre qui constitue 50 % du bois. Donc, tout ce que les champignons laissent derrière eux pourrait être donné aux rats, suggère Bryan Walsh. De cette façon, tous les survivants humains pourraient manger de la viande.

Des rats dans une cage dans le Vertou près de Nantes, le 5 juin 2019. Stephane Mahe/Reuters

De plus, les rats se reproduisent rapidement et ils n'ont probablement pas besoin de la lumière du Soleil pour le faire, ajoute Bryan Walsh. Il ne faut que six semaines à un rat pour atteindre sa maturité sexuelle, et à partir de là, seulement 70 jours pour donner naissance à sept à neuf bébés. Selon les calculs de David Denkenberger, l'humanité entière pourrait manger des rats après seulement deux ans.

Les insectes pourraient également être source de protéines, et bon nombre d'entre eux survivraient à une catastrophe qui bloquerait les rayons du Soleil.

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"Les mêmes qualités qui font que les insectes sont si nombreux et si résistants permettraient à de nombreuses espèces de survivre même aux catastrophes existentielles les plus vastes qui bouleverseraient complètement le climat", écrit Bryan Walsh. "Les coléoptères peuvent bien se nourrir avec du bois mort, et les humains peuvent bien se nourrir avec des coléoptères."

Des personnes testent des petits gâteaux aux vers de farine. REUTERS/Jerry Lampen

Les insectes sont déjà des aliments de base dans certaines parties du monde, et ils commencent à gagner du terrain ailleurs. Bryan Walsh décrit un salon des insectes comestibles à Richmond, en Virginie, où il a goûté un plat de pâtes avec des boulettes de viande de grillon hachées, appelées "Orthopteran Orzo", et des larves de vers de farine frites.

"Les deux plats étaient passables", écrit-il. "Si j'étais affamé, je ferais avec."

Les survivants se regrouperaient

Le livre de Bryan Walsh démystifie une autre idée populaire sur la façon de se nourrir pendant une apocalypse : le cannibalisme.

Ce dernier n'aiderait pas l'humanité après une catastrophe qui menacent les humains de danger d'extinction, dit-il, parce que les humains ne sont tout simplement pas une source alimentaire durable. Bryan Walsh cite une étude de 2017 dans laquelle un groupe d'étudiants de licence a calculé combien de temps l'espèce humaine durerait si nous vivions uniquement de cannibalisme. Ils ont constaté qu'une seule personne resterait après 1 149 jours (environ 3 ans).

Il ajoute que la construction d'un nouveau système agricole nécessiterait de travailler ensemble. Il pense qu'une telle collaboration serait probable en cas de catastrophe.

Des femmes travaillent dans un champ de choux à Fundo Aracal, dans l'état de Yaracuy ai Vénézuela, le 27 août 2007. Reuters

"Malgré toutes nos craintes sur ce qui arriverait après une catastrophe, malgré toutes nos sombres histoires, l'effondrement et les conflits ne sont pas attendus", écrit Bryan Walsh. "Les êtres humains s'entraident, y compris quand cela ne semble pas être dans leur intérêt. C'est probablement comme ça que l'Homo sapiens a survécu à l'expérience qui a failli les mettre en voie d'extinction, l'éruption du supervolcan Toba, et c'est la seule façon pour nous de survivre à la suivante." 

Version originale : Morgan McFall-Johnsen/Business Insider 

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