Un bébé consomme près de 4000 couches avant ses trois ans. Pixabay/pearloceanfairy

Les couches à usage unique ont changé la vie de générations de jeunes parents — même si les couches lavables reviennent à la mode, elles s'octroient encore la majeure partie du marché (95%).

Le produit, qui a su se rendre indispensable, n'est pourtant pas exempt de critiques. La quantité de couches utilisées par enfant (près de 4000 couches avant ses 3 ans) entraîne mécaniquement une grande quantité de déchets dont l'impact écologique est souvent pointé du doigt. 

La composition des couches est également suspecte et a fait l'objet de plusieurs comparatifs menés par des associations de consommateurs ou des études de services sanitaires à travers le monde. 

Cette fois-ci, ce sont les autorités sanitaires française qui tirent la sonnette d'alarme. Après deux ans d'enquête faisant suite à une saisine demandée le 25 janvier 2017 par la Direction générale de la santé (DGS), la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et la Direction Générale de la Prévention des Risques (DGPR), l'ANSES a rendu public son avis relatif à la sécurité des couches pour bébé ce mercredi 23 janvier 2019. 

Dans cette étude, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail prend le soin d'indiquer qu'il "n'existe aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association entre des effets sanitaires et le port de couches".

"Toutefois, des substances chimiques dangereuses ont été retrouvées dans ces couches." Les essais menés "ont mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances."

"Aussi, à ce jour et en l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible d'exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique", écrivent les scientifiques.

Des substances dangereuses

Au total, une soixantaine de substances chimiques à risque — dont certains sont considérés comme des produits cancérogènes ou des perturbateurs endocriniens — a été identifié :

  • Les COV (composés organiques volatils), comme le trichlorobenzène connu notamment pour créer des irritations cutanées.  
  • Les pesticides — certains interdits dans de nombreux pays dont la France (lindane, quintozène..) et du glyphosate, l'herbicide controversé de Monsanto.
  • Les dioxines et furanes peuvent entraîner des maladies de peau, des troubles hépatiques, des affaiblissement du système immunitaire, de l'appareil endocrinien et des fonctions de reproduction et peuvent être à l'origine de certains types de cancer.
  • Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) — tels le benzopérylène, benzofluoranthène, indénopyrène... — se caractérisent par une forte toxicité et figurent sur les listes de polluants de l'Organisation mondiale de la santé et de la Communauté européenne. La plupart des émissions d'HAP proviennent des chaudières, du chauffage au bois et du diesel, et associées à d'autres molécules, elles peuvent provoquer des dysfonctionnements cellulaires. Les substances parfumantes, comme le butylphényl ou le limonène, que les fabricants doivent obligatoirement mentionner sur l'emballage quand il y en a dans des produits cosmétiques.

Les recommandations des autorités sanitaires

L'agence recommande :

  • l'élaboration d'un cadre réglementaire plus restrictif afin de limiter la présence de ces substances,
  • la poursuite des campagnes de mesures sur l'ensemble des couches du marché, pour s'assurer que les recommandations soient bien prises en compte,
  • la suppression de toutes substances parfumantes, 
  • une meilleure maîtrise de l'origine des matières premières naturelles qui peuvent être contaminées avant même la fabrication,
  • l'amélioration des procédés de fabrication des couches afin de réduire autant que possible la présence de substances chimiques dans les matériaux,
  • la fixation, en attendant une évolution réglementaire, d'une concentration maximale à ne pas dépasser pour certaines substances.

L'avis suggère également de conduire d'autres études pour mieux analyser la présence et l'impact de ces substances. 

En attendant, le gouvernement a prié les industriels "de faire le nécessaire pour rassurer sur la sécurité sanitaire des couches".

Fabricants et distributeurs de couches ont été convoqués ce matin par le gouvernement et le seront à nouveau dans une quinzaine de jours. La Direction de la répression des fraudes a de son côté d'ors et déjà annoncé un renforcement des contrôles et promet de dresser un bilan dans six mois.

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