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Les députés européens demandent à Jeff Bezos si Amazon espionne les politiciens

Les députés européens demandent à Jeff Bezos si Amazon espionne les politiciens
Le PDG d'Amazon, Jeff Bezos. © Andrej Sokolow/picture alliance via Getty Images

Les législateurs européens ont écrit au PDG d'Amazon, Jeff Bezos, pour lui poser une question : Amazon espionne-t-il les politiciens ? Dans la lettre datée du mercredi 7 octobre, 37 membres du Parlement européen ont exprimé leurs inquiétudes concernant les efforts d'Amazon pour repérer toute activité syndicale dans ses rangs. "Nous sommes inquiets de savoir si les syndicats européens, ainsi que les représentants élus locaux, nationaux ou européens, sont affectés par l'approche d'Amazon en matière de 'surveillance des menaces', qui vise à réprimer l'action collective et l'organisation syndicale", ont-ils écrit.

La lettre se concentre sur deux offres d'emploi, qu'Amazon a publiées puis supprimées le mois dernier, pour des postes d'"analystes en renseignement". Les missions semblaient orientées vers la lutte contre les syndicats. Les offres d'emploi indiquaient que les candidats devaient se concentrer sur "les menaces d'organisation syndicale contre l'entreprise" et sur la collecte de documents en vue d'éventuelles actions en justice contre les groupes de travailleurs qui protestent contre l'entreprise.

Les députés européens notent dans leur lettre que les offres d'emplois exigeaient des compétences linguistiques en français et en espagnol, "suggérant que la surveillance d'Amazon serait exercée en Europe".

En France et en Espagne, les syndicats ont provoqué une grève des travailleurs d'Amazon, et dans l'Hexagone, les syndicats ont forcé les entrepôts d'Amazon à fermer pendant un mois en raison de problèmes de sécurité liés à la pandémie de coronavirus. Aux États-Unis, Amazon a mieux réussi à freiner l'activité syndicale. En Europe, les employés d'Amazon ont récemment échangé des idées par visioconférence sur la façon de s'organiser, comme l'a rapporté Business Insider US.

"Nous nous interrogeons sur vos intentions avec beaucoup d'inquiétude : la surveillance d'Amazon vise-t-elle intentionnellement les syndicalistes, les travailleurs d'Amazon, ainsi que les représentants politiques (dont nous-mêmes) qui pourraient éventuellement exprimer des critiques sur ses activités ?", demandent-ils.

Les offres d'emploi d'Amazon évoquaient d'autres menaces potentielles pour la société, comme des "dirigeants politiques hostiles", un terme que les députés européens ont repris dans leur lettre. "Nous remettons en question la définition de 'dirigeants politiques hostiles' décrite dans les récentes offres d'emploi mentionnées jusqu'à présent. Qui est concerné ? Amazon a-t-il déjà espionné des membres du Parlement européen ? Avait-il l'intention de le faire ?", demande la lettre.

Cela fait suite à une lettre envoyée à l'UE par des dirigeants syndicaux mercredi 7 octobre, demandant qu'elle examine si la surveillance présumée des syndicats par Amazon a potentiellement enfreint les lois européennes sur le travail, les données et la vie privée. Dans leur lettre, les syndicats ont également attiré l'attention sur un article de Vice datant de septembre, relatant qu'Amazon surveille les groupes Facebook de ses chauffeurs de livraison Flex.

En avril, Business Insider US a révélé que la société Whole Foods, propriété d'Amazon, utilisait en secret un outil thermique pour déterminer lequel de ses magasins était le plus susceptible de se syndiquer.

Lundi 5 octobre, le média américain Recode a fait état d'une fuite d'un mémo confidentiel d'Amazon datant de février de cette année, qui montre que l'entreprise a investi dans un logiciel permettant d'amasser et d'analyser des données relatives à diverses "menaces" pour l'entreprise, y compris l'organisation syndicale.

"Le droit des travailleurs d'Amazon à la représentation syndicale et leur droit à la protection des données ne sont pas garantis au sein de l'entrepôt", a déclaré à Business Insider US Christy Hoffman, secrétaire général du syndicat international UNI Global Union.

"Le comportement répugnant d'Amazon envers les travailleurs qui veulent des emplois meilleurs et plus sûrs montre pourquoi les syndicats et les autorités de régulation doivent agir pour tenir l'entreprise responsable. Nous espérons que Jeff Bezos et la direction d'Amazon prendront au sérieux les préoccupations des députés européens et apporteront les changements nécessaires pour garantir le respect des droits des travailleurs."

Version originale : Isobel Asher Hamilton/Business Insider.

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