Les Etats-Unis connaissent leur plus longue phase de croissance, mais ça sent la fin de cycle

Le président des Etats-Unis Donald Trump, lors d'une visite aux troupes américaines sur la base de l'Otan d'Osan, en Corée du Sud, le 30 juin 2019. Ed Jones/Pool via REUTERS

Le S&P 500, l'indice boursier regroupant 500 des plus grandes entreprises américaines, a atteint un nouveau record en cours de journée, lundi 1er juillet à Wall Street, à 2 975,34 points selon Reuters. En parallèle, l'économie américaine a enregistré sa plus longue phase d'expansion depuis la Seconde Guerre mondiale, soit 10 ans de croissance ininterrompue. Cette forme éclatante affichée par l'économie et les marchés américains ne doit toutefois pas faire oublier que les Etats-Unis sont très probablement dans une fin de cycle.

Trois indicateurs le montreraient, selon Laurent Clavel, responsable de la recherche chez Axa Investment Managers. Pour commencer, le taux de chômage est tombé à son plus bas niveau depuis 50 ans (3,6% en avril, puis 3,8% en mai). "La capacité d'amélioration est donc faible voire nulle". Ensuite, le niveau d'endettement des entreprises américaines est à son plus haut, dépassant les 47% du PIB du pays. "Mais les taux d'intérêt sont bas, donc ce n'est pas surprenant. Il n'y a pas de risque systémique", tempère Laurent Clavel. 

Enfin, pour la première depuis 2007, la courbe des taux s'est inversée en mars dernier, ce qui est généralement annonciateur d'une récession dans les 15 mois suivants — les taux d’intérêt à trois mois des emprunts d'Etat ont dépassé les taux à dix ans alors que les investisseurs réclament normalement une rentabilité plus élevée sur les placements à long terme, car plus risqués.

Toujours un risque de conflit commercial  

Laurent Clavel souligne par ailleurs que la phase d'expansion actuelle est "extrêmement molle" et arrive suite à "un effondrement de l'économie, une crise financière mondiale sans précédent". Si la croissance du PIB américain a atteint 3,2% au premier trimestre 2019, elle s'affiche annuellement bien en-deçà des 3% depuis 10 ans — une moyenne dont l'économie américaine est pourtant coutumière. 

Le conflit commercial avec la Chine pourrait avoir un fort impact sur la phase d'expansion que connaissent les Etats-Unis, notamment en cas de nouveau relèvement des droits de douane. Mais le G20 a plutôt montré une désescalade entre les deux pays, qui se sont mis d'accord pour reprendre les négociations commerciales. Washington a en outre décidé de ne pas imposer de nouvelles taxes sur les exportations chinoises et le président Donald Trump a annoncé une levée partielle des restrictions pesant sur l'équipementier télécom chinois Huawei

La phase d'expansion peut perdurer si la Fed baisse ses taux

Les Etats-Unis pourraient donc encore bénéficier d'une progression de leur PIB au cours des prochains mois, voire des prochaines années. Surtout si la banque centrale du pays — la Fed — décide d'abaisser ses taux pour soutenir l'économie, comme beaucoup d'observateurs avertis l'anticipent. "Le cycle de croissance pourrait être prolongé et le risque de récession retardé si des mesures de soutien sont mis en place", estime ainsi Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank. 

"Mais en matière de relance budgétaire, le gouvernement américain est très limité par le  déficit du pays et les mesures fiscales déjà mises en oeuvre, qui ont porté la croissance l'an dernier", prévient-il. Seule une politique monétaire accommodante de la Fed pourrait donc donner un nouveau souffle à l'économie. 

"La prochaine crise va venir d'un produit structuré complexe, sous les radars"

Christopher Dembik pense que la prochaine crise viendra des marchés financiers, et peut-être des entreprises. "Leur dette est élevée mais globalement remboursable dans les conditions monétaires actuelles", selon lui. Des produits structurés, à l'image des "subprimes", pourraient donc être à l'origine d'un retournement de l'économie américaine. "Cela peut encore venir de produits très complexes, sous les radars, dont on ne sait plus trop à quoi ils correspondent."

En attendant, les Etats-Unis affichent une croissance insolente comparée à la hausse de 0,3% du PIB de la France, au premier trimestre de l'année, et à la croissance de 0,4% enregistrée dans l'ensemble de la zone euro.

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