Publicité

Les femmes ne sont pas toujours recrutées sur les mêmes critères que les hommes

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Les femmes ne sont pas toujours recrutées sur les mêmes critères que les hommes
Les femmes sont plus jugées sur leurs compétences, quand les recruteurs s'attardent plus sur la motivation des candidats masculins. © Pxhere
Publicité

Un candidat et une candidate ne seront pas toujours recrutés sur les mêmes critères. C'est le principal enseignement d'une étude publiée le 12 mai par la Dares, la direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques rattachée au ministère du Travail. Cette enquête menée entre mars et juin 2016 auprès des employeurs, et s'appuyant sur 8 510 questionnaires, montre que l'expérience, la motivation, la compétence et la disponibilité sont les critères de sélection les plus souvent cités pour le recrutement d'un homme comme d'une femme.

Mais ces critères ne sont pas cités dans le même ordre selon le sexe. Ainsi, pour une candidate, la compétence et le diplôme sont particulièrement scrutés par les recruteurs, avant qu'ils ne s'intéressent à la motivation. Pour les embauches masculines, au-delà de la motivation mentionnée en premier, les recruteurs se focalisent notamment sur le courage, la volonté, l'engagement et l'envie des candidats.

Pour les femmes, ils s'attardent en outre plus sur les qualités personnelles, comme l'accueil, le sourire, la présentation ou l'amabilité. Le thème du savoir-être et des "compétences softs" telles que la curiosité, la créativité et la spontanéité sont plus souvent évoqués par les recruteurs.

À lire aussi — Quand le 'féminisme washing' s'invite dans les entreprises

Une différence expliquée en parti par la ségrégation professionnelle des emplois

Cette différenciation dans les critères de recrutement tient en partie à la ségrégation professionnelle sexuée des emplois, qui demeure en France "même si elle a régressé au cours de la période récente", pointe la Dares. Les métiers manuels et techniques recrutent plus souvent des hommes, respectivement 71% et 59% d'hommes, alors que les métiers d'aide à la personne ou de contact avec le public plutôt des femmes — respectivement 68% et 64% de femmes.

Mais à type de métiers et postes équivalents, des différences entre les sexes perdurent. La compétence, la présentation, la qualité du travail et la connaissance des langues étrangères constituent ainsi les critères les plus déterminants dans le fait de choisir une femme plutôt qu'un homme.

Et les qualités personnelles attendues diffèrent aussi, le ressenti du recruteur intervenant plus fréquemment lors de la sélection des candidates. Outre la présentation, l'adaptabilité, le dynamisme et le relationnel font l'objet d'une attention accrue pour finaliser le recrutement des femmes. Les candidats masculins sont de leur côté plus évalués en fonction de leur sérieux, leur capacité de travail, leur comportement et leur potentiel.

La 'disponibilité' particulièrement scrutée chez les femmes par les recruteurs

Les critères retenus quant il s'agit d'aborder le type de contrat et les caractéristiques du poste sont également différents. La disponibilité est alors le thème le plus souvent décisif pour le recrutement d'une femme, avec l'acceptation de conditions de travail difficiles et la proximité géographique. Pour un homme, l'état-civil (âge, nationalité), le type de contrat et la rémunération demandée par le candidat entrent plus en ligne de compte.

Globalement, au regard du nombre de critères, "les recruteurs apparaissent un peu plus exigeants à l'égard des candidates", souligne la Dares, avec trois critères mentionnés pour 42% des embauches masculines contre 49% des recrutements féminins, quand un seul critère est signalé dans 26% des recrutements d'hommes contre 19% des embauches féminines.

À lire aussi — Le plan de relance "oublie" largement les femmes, selon une étude

Des métiers 'masculins' moins ouverts aux femmes que les métiers 'féminins' aux hommes

Par ailleurs, l'étude montre que la sélection semble moins différenciée selon le sexe quand il s'agit d’embaucher sur un métier dit "féminin" (en raison de la surreprésentation des femmes dans ce métier), plutôt que sur un métier dit "masculin". Les critères et thèmes de sélection sont alors "nettement moins nombreux".

Les métiers "masculins" resteraient de leur côté plus fermés aux femmes. Par exemple, "les employeurs embauchant un homme sur un poste d'ouvrier déclarent plus souvent que cela aurait été un inconvénient d'être une femme pour l'occuper". La nature du poste apparaît plus souvent invoquée pour légitimer le choix d'un homme sur les métiers manuels et techniques.

Des compétences supposées différentes pouvant alimenter la discrimination à l'embauche

Quelle que soit la profession, 90% des employeurs considérant qu'être une femme aurait été un inconvénient pour occuper un poste le justifient par les contraintes liées à la nature de ce poste. La deuxième raison mise en avant, par 29% d'entre eux, est que certaines tâches sont mieux réalisées par les hommes et d'autres par les femmes.

"Ces différences d'aptitudes et de compétences supposées entre les hommes et les femmes peuvent alimenter des comportements de discrimination à l'embauche, les femmes étant sélectionnées pour exercer certains types de métiers ou d'activité et non pour d'autres", souligne la Dares.

Par ailleurs, 10% des recruteurs ont préféré ne pas recruter une femme aussi "pour ne pas susciter des réactions négatives de certains salariés", en raison par exemple d'une forte proportion d'hommes dans les équipes.

Enfin 6% d'entre eux invoque un risque d'absentéisme, pour garde d'enfants, afin de justifier le fait qu'embaucher une femme aurait été un inconvénient. "La productivité anticipée peut dépendre des croyances de l'employeur : le fait d'être une femme est parfois associé à la gestion des contraintes familiales et à un moindre engagement dans le travail", explique la Dares. De quoi défavoriser là encore leur embauche.

Les employeurs finalement plus satisfaits par les femmes

Le choix du candidat, entre un homme ou une femme, peut aussi varier en fonction du sexe du recruteur. Les femmes embauchent ainsi davantage de femmes que les hommes — 51% de femmes contre 41% pour les recruteurs de sexe masculin — et ce, à poste et établissement comparables.

Enfin, les recruteurs qui ont embauché une femme sont plus souvent satisfaits de leur recrutement. Ils déclarent pour 84% d'entre eux qu'ils reprendraient la même personne si c'était à refaire quand il s'agit d'une femme, quand 78% dressent le même constat après avoir embauché un homme. De quoi inciter à recruter plus de femmes et rassurer les employeurs sur leurs compétences s'ils avaient encore des doutes.

À lire aussi — Les 10 métiers les plus recherchés par les entreprises françaises en 2021, selon Pôle Emploi

Découvrir plus d'articles sur :