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Les habitants de Saint-Vincent racontent l'éruption volcanique et expliquent comment le pays se rassemble pour reconstruire

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Les habitants de Saint-Vincent racontent l'éruption volcanique et expliquent comment le pays se rassemble pour reconstruire
Des cendres s'élèvent dans les airs lors de l'éruption du volcan La Soufrière sur l'île de Saint-Vincent, dans les Caraïbes orientales, le mardi 13 avril 2021. © AP Photo/Orvil Samuel

Rachel Jayne avait déjà une maison pleine de monde lorsque le volcan a commencé à gronder jeudi soir. Quand La Soufrière, longtemps en sommeil à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, s'est réveillé la semaine dernière, les amis de Rachel Jayne faisaient partie des milliers de personnes évacuées de la "zone rouge" située à l'extrémité nord de l'île principale.

Rachel Jayne et ses invités se sont rassemblés dans la maison de sa famille dans le sud, loin du volcan, dans la "zone verte" du pays. Ils ont entendu les grondements de La Soufrière tout au long de la soirée, raconte-t-elle à Insider, mais ils ont continué calmement à se préparer, à recueillir de l'eau et à stocker de la nourriture.

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Puis, dans la matinée du vendredi 9 avril, Rachel Jayne a entendu un "énorme bang". "On aurait dit le tonnerre", relate-t-elle à Insider. "Dix minutes plus tard, nous avons levé les yeux et... on aurait dit que Dieu arrivait. On aurait dit que les cieux s'étaient ouverts."

Mais ce n'est qu'après la deuxième éruption, plus tard dans la matinée du vendredi, que Rachel Jayne a réalisé que "c'était sérieux". "Vendredi soir, c'est là que ça a commencé à ressembler à de la neige", se souvient-elle. "Ça ressemblait à une carte de Noël."

Cinq jours après la première éruption, le pays reste en état d'alerte, les Saint-Vincentais devant faire face à des conditions insalubres causées par la catastrophe sismique, ainsi qu'à l'incertitude permanente liée à l'activité éruptive continue du volcan imprévisible.

Des citoyens observent les panaches de cendres de La Soufrière.  Reuters

La Soufrière a commencé à montrer des signes avant-coureurs en décembre 2020, indiquant qu'une éruption était imminente

L'histoire de La Soufrière jette une ombre mortelle sur l'île après une éruption en 1902 qui a tué près de 1 700 personnes, selon le New York Times. Mais avant la semaine dernière, Saint-Vincent n'avait pas connu d'éruption volcanique depuis 1979.

Le volcan, longtemps en sommeil, a commencé à montrer des signes d'activité en décembre dernier. Il y a environ quatre semaines, Rachel Jayne a déclaré que les Saint-Vincentais et Grenadins ont commencé à apprendre de l'équipe sismique du pays qu'une grosse éruption était à l'horizon. Puis, jeudi soir, le gouvernement a ordonné à environ 16 000 personnes des environs d'évacuer le Nord, rapporte Associated Press.

Le volcan est resté actif tout le week-end, explosant à nouveau tôt lundi matin, lors de la plus grande éruption jamais enregistrée, qui a envoyé des coulées pyroclastiques en bas de la montagne. L'île s'est réveillée avec une nouvelle éruption mardi matin.

Il n'y a pas eu de rapports immédiats de blessures ou de décès depuis la première explosion du volcan vendredi matin, mais les responsables se démènent pour répondre aux éruptions les plus récentes, inquiets du nombre inconnu de personnes qui ont choisi de rester dans la zone rouge.

'Tout le monde s'est réveillé dans les cendres, tout était couvert de cendres'

Arena Foy, une entrepreneuse et influenceuse de 23 ans habitant à Saint-Vincent, raconte à Insider que les derniers jours ont été "vraiment durs", et qu'elle se sent chanceuse de vivre dans une partie sûre de l'île.

Elle rapporte que les enfants de l'île apprennent à connaître La Soufrière dès leur plus jeune âge à l'école primaire, mais rien n'aurait pu la préparer à vivre une véritable éruption. "Je pensais être préparée mentalement, mais au fur et à mesure que les jours passent, je me rends compte... que c'est vraiment sérieux", s'émeut-elle. "Jamais je n'aurais pensé, en un million d'années, que j'assisterais ou vivrais une éruption volcanique".

Après la première éruption vendredi, Arena Foy a vu un "énorme nuage de fumée" dans l'air avant que le ciel ne devienne noir. "Nous n'avons pas commencé à voir les effets des cendres avant le deuxième jour", relate-t-elle. "Donc tout le monde s'est réveillé dans les cendres, tout était couvert de cendres".

Les cendres et les débris de La Soufrière ont voyagé bien au-delà de Saint-Vincent

À près de 200 km à l'ouest de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, le spécialiste de l'énergie et du climat Gerald Lindo s'est réveillé samedi matin en découvrant sa maison à la Barbade complètement recouverte de cendres et de poussière.

Grâce à des vents favorables, la première éruption de vendredi n'a produit qu'une "brume blanche" dans le ciel de la Barbade, a expliqué raconte Gerald Lindo à Insider. Mais les vents ont ensuite changé "de façon assez spectaculaire".

"On pouvait à peine voir le soleil", raconte Gerald Lindo. "Au nord, c'était bien pire. Le nuage a pratiquement bloqué le soleil à plusieurs reprises pendant le week-end."

Des véhicules roulent sur la route principale de Black Rock, couverte de cendres provenant de l'éruption du volcan de la Soufrière à Saint-Vincent, dans la banlieue de Bridgetown, à la Barbade, dimanche 11 avril 2021.  AP Photo/Chris Brandis

Gerald Lindo rapporte que le dôme de La Soufrière s'est effondré lundi, un signe positif qui indique que toute éruption prochaine sera probablement une éruption effusive, avec du magma qui remonte à la surface et s'écoule hors du volcan, par opposition aux éruptions destructives et explosives de ces derniers jours.

Mais personne ne sait avec certitude quand le volcan pourrait retourner en sommeil. "C'est définitivement un jeu d'attente", selon Gerald Lindo. "Ce n'est pas à nous de décider. C'est le volcan qui décide."

L'éruption a exacerbé les difficultés d'un pays déjà confronté à la pandémie de coronavirus

Le Covid-19 a compliqué la réponse déjà difficile à la catastrophe naturelle. Des bateaux de croisière ont été dépêchés sur l'île pour évacuer les personnes vers les îles voisines, mais seules les personnes vaccinées peuvent embarquer, a annoncé le Premier ministre au cours du week-end.

"Nous étions tellement concentrés sur la pandémie et la sécurité liée au coronavirus que nous avons négligé l'éruption volcanique", regrette Arena Foy. Les éruptions en cours ont provoqué des coupures d'électricité et d'eau sur toute l'île et Arena Foy a déclaré qu'elle n'avait accès à l'eau que pendant environ 30 minutes chaque jour.

"Il n'y a pas d'électricité, il n'y a pas d'eau, et nous essayons de nettoyer autant que nous le pouvons pour que les cendres ne continuent pas à être soufflées et à circuler autour", raconte Rachel Jayne.

Des personnes recueillent de l'eau non contaminée par des cendres volcaniques après l'éruption du volcan La Soufrière à Wallilabou, sur le côté ouest de l'île caribéenne de Saint-Vincent, lundi 12 avril 2021.  AP Photo/Orvil Samuel

Pendant ce temps, le Nord étant presque totalement inhabitable, des abris ont surgi dans le Sud pour les milliers de personnes évacuées, dont beaucoup sont parties avec leur seul passeport, a relaté Rachel Jayne.

Les cendres dans l'air posent des problèmes respiratoires supplémentaires pour les personnes âgées et les asthmatiques dans le cadre d'une pandémie respiratoire, et Rachel Jayne s'inquiète de voir plusieurs familles se rassembler dans des abris face à la facilité de transmission du Covid-19.

Arena Foy et Rachel Jayne ont toutes deux été époustouflées par la réponse du pays pour aider les personnes dans le besoin

"Dès que cela s'est produit, j'ai su que je devais faire quelque chose", se souvient Rachel Jayne, qui a une formation en travail communautaire. Elle gère une boutique en ligne qui vend des produits alimentaires caribéens et dit avoir immédiatement ouvert ses réseaux sociaux aux dons. La réponse, dit-elle, a été phénoménale.

Arena Foy, elle aussi, a utilisé ses réseaux sociaux pour publier des mises à jour importantes sur le volcan, les abris et les efforts humanitaires autour de l'île. Elle et ses amis ont également lancé un GoFundMe pour acheter de la nourriture et des fournitures dans les supermarchés pour les personnes déplacées ou dans les abris.

"Aucun avion, aucun bateau ne peut venir à cause de toutes les cendres", relate-t-elle. "Donc nous ne pouvons dépendre que des fournitures qui sont dans le pays en ce moment".

Arena Foy a passé la majeure partie de la journée de lundi à acheter des couches, du papier toilette et de la nourriture en vrac pour en faire don aux personnes dans le besoin. "Je dois dire que les habitants se sont vraiment mobilisés pour faire du bénévolat et aider de nombreuses personnes."

"Tout le monde autour de nous a littéralement ouvert ses portes... l'esprit communautaire ici est formidable ", confirme Rachel Jayne. "Il y a des gens sur la route qui balaient les cendres dans la journée, et qui préparent des pizzas à apporter aux gens dans les abris. C'est tout simplement phénoménal. Je n'ai jamais vu un pays entier se rassembler et travailler pour surmonter quelque chose comme ça."

Version originale : Erin Snodgrass/Insider

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