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Les hypermarchés, grands perdants du confinement face aux plus petits magasins et aux drives

Les hypermarchés, grands perdants du confinement face aux plus petits magasins et aux drives
Caisses de l'hypermarché Leclerc de Clichy (92), le 20 mars 2020 © Business Insider France/Claire Sicard

Déjà fragilisés avant le confinement, les hypermarchés français vont-il résister à la crise actuelle ? Le doute est permis. "D'habitude il y a foule, mais là c'était très fluide", constate Colette, 77 ans, en revenant de l'hypermarché où elle fait ses courses hebdomadaires. Les chiffres semblent le confirmer : "les ventes des très grands hypermarchés, qui sont des poids lourds de la distribution française, étaient en recul de 16 % sur la deuxième semaine du confinement", détaille Daniel Ducrocq du cabinet d'études Nielsen. Celles des hypermarchés de taille modeste (moins de 7 500 m²) ont baissé de 7 %.

En revanche, tous les autres modèles de distribution sont "en forte hausse", selon l'expert. Plus précisément, "il y a eu deux périodes pour les hypermarchés", explique un porte-parole d'Auchan : "une période pré-confinement avec des chiffres exceptionnels, + 138 % de moyenne nationale sur les quelques jours qui ont précédé le confinement", puis "une baisse très nette de la fréquentation". Un porte-parole du groupe Casino évoque lui aussi ces clients en moins : "les tendances relevées dans différentes études, comme la baisse de fréquentation dans les hypermarchés, sont effectivement observées au sein de nos magasins".

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Seulement 6 % des Français vivent à moins de 5 minutes d'un hypermarché

"Depuis le début du confinement, j'ai privilégié les commerces de proximité", reconnait Jean-Michel, 52 ans qui, avant, avait l'habitude de faire ses courses en hypermarché. Yves Marin, associé de Bartle, une agence de conseil en distribution, explique que "dans la situation actuelle, les gens préfèrent les courts déplacements à pied, ce qui favorise les supermarchés et les commerces de proximité par rapport aux hypermarchés". Or seuls 6 % des Français vivent à moins de 5 minutes d'un hypermarché — qu'on trouve majoritairement en périphérie des villes, contre 28 % à moins de 5 minutes d'un supermarché et 32 % d'un magasin de proximité, selon l'étude Nielsen.

Au-delà de cette réalité géographique, les très grandes surfaces pâtissent également de l'étalement des courses sur toute la semaine et de la volonté des consommateurs d'éviter les foules. C'est le cas pour Jean-Michel, qui considère que les hypermarchés sont une "zone de contamination". "Je n'y vais pas car j'essaie d'éviter l'affluence", explique-t-il.

Chasse aux promotions et fête de Pâques

Outre des clients, le confinement a fait perdre aux hypermarchés l'un de leurs principaux leviers de trafic : les promotions. "En ce moment, les Français ne sont plus à la chasse aux promos", explique Yves Marin. Or les promotions, "c'est 20 % du business en France, notamment pour les hypermarchés. Si vous enlevez cette capacité d'attraction, c'est forcément un coup dur pour les très grandes surfaces", dit le consultant.

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Autre souci, l'arrivée des fêtes de Pâques dans quelques jours : "Pâques, comme toutes les périodes festives, est normalement un moment fort de l'année pour les hypermarchés. Pour les courses de fêtes, les consommateurs choisissent en général les hypers pour le choix et les prix", renchérit Daniel Ducrocq. Au Carrefour Auteuil, un hypermarché de 5 300 m² logé dans le 16ème arrondissement de Paris, en bordure de périphérique, la boucherie est fermée par manque de personnel, mais au rayon chocolats de Pâques, des monceaux d'œufs colorés, de lapins, de poules et de boîtes en tous genres s'empilent. Certains articles sont déjà en promotion, pour écouler le stock.

Les magasins de proximité et le drive compensent

À Auchan, on indique qu'en mars, "malgré un léger recul, la baisse de fréquentation a été compensée par l'augmentation de la taille du panier et par les journées exceptionnelles réalisées juste avant le confinement. Mais avril risque d'être nettement plus compliqué." Cette crise "s'ajoute à la mauvaise fortune des hypermarchés depuis plusieurs années", analyse Yves Marin. "Ils ne sont plus en phase avec leur temps. Les Français fractionnent de plus en plus leurs achats, internet se taille une part sur les produits non-alimentaires..."

Pourtant, si la situation est "difficile pour les hypermarchés", "il n'y a pas de raison de s'inquiéter outre-mesure", selon Daniel Ducroq. "Peu d'enseignes sont structurées uniquement autour de l'hypermarché", la plupart sont "pluri-supports". Pour Casino, les hypermarchés représentent ainsi "moins de 20% de l'activité totale du groupe". "Les formats de proximité et l'e-commerce sont particulièrement sollicités", dit le groupe. Idem à Auchan : "On constate une très forte hausse sur l'activité drive, de l'ordre de 60 %", détaille un porte-parole.

Et après ? Yves Marin refuse les conjectures sur une sortie du confinement. "On sait simplement que pour les hypermarchés, un retour à la situation d'avant crise est peu probable", dit-il.

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