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Les masques vendus en supermarchés protègent (un peu) moins bien que ceux des pharmacies


© Unsplash/Michael Amadeus

"Il ne faut pas que le masque devienne le cheval de Troie de la grande distribution", s'alarme David Abenhaim, président du groupement Pharmabest, un réseau de 95 pharmacies qui emploie en France 2 700 salariés. Le pharmacien est inquiet et dénonce la communication à outrance autour de la vente des masques chirurgicaux faite par les enseignes de supermarchés. "Dès le début de la crise, je dénonçais les campagnes de communication ou les masques donnés seulement aux possesseurs d'une carte de fidélité, comme Intermarché par exemple", explique-t-il à Business Insider France. Et il point du doigt particulièrement le groupe E.Leclerc, qui vend désormais une boîte de 50 masques chirurgicaux au prix de 4,95 euros : "Leclerc a massifié et fait les prix les plus bas, c'est ce qu'il fait le mieux sans penser que c'est un dispositif médical, donc de santé".

Car, outre cet agacement sur la communication et le prix, David Abenhaim dénonce surtout le type de masques vendus dans les rayons des supermarchés. "Le prix, bien sûr qu'il est important. Mais ce qui est important, c'est surtout ce qu'on donne au consommateur, il s'agit de matériel médical". Les masques jetables vendus dans la grande distribution sont généralement de "type I", là où les pharmaciens vendent plutôt des masques de "type II ou IIR". Le président du groupement Pharmabest enfonce le clou : "il faut quand même que le consommateur puisse faire la différence, le type I c'est le masque basique, la filtration bactérienne n'est pas totale", précise-t-il.

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'La différence de protection reste très faible entre un masque de type I et un masque de type II', selon l'AFNOR

Mais alors, est-ce que les masques jetables de type I, vendus dans les supermarchés sont-ils pour autant dangereux pour la santé ? Nous avons posé la question à l'AFNOR, l'Association française de normalisation, qui est chargée de coordonner l'élaboration des normes et de faciliter leur utilisation afin de protéger au maximum les consommateurs. "Il n'y a pas de danger en soit à porter un masque, sauf à ce que le masque soit composé de produits dangereux", a affirmé à Business Insider France Anthony Delamotte, directeur de la business unit AFNOR Medical. "Il s'agit seulement du niveau de performance que l'on souhaite avoir pour son masque", précise-t-il. Pour rappel, un masque chirurgical est un dispositif médical destiné à éviter la projection vers l’entourage des gouttelettes émises par celui qui porte le masque. Il protège également celui qui le porte contre les projections de gouttelettes émises par une personne en vis-à-vis.

La différence de performance entre un masque de type I et un masque de type II ou IIR concernerait donc "le pouvoir de filtration bactérienne". Sur 100 germes, un masque chirurgical de type II ou IIR ne laisserait passer que 2 germes au maximum, là où le masque de type I pourra en laisser passer jusqu'à 5. En résumé, un masque de type II filtre à 98%, là ou un masque de type I ne filtre les bactéries qu'à hauteur de 95%. Mais ces 3% d'écart ne semblent pas être si importants que cela, toujours selon Anthony Delamotte . "In fine, la différence de protection reste très faible entre un masque de type II et un masque de type I, et le point majeur repose surtout sur la manière dont le porteur applique son masque sur la bouche et sur son nez. Autrement dit, porter un masque de type I de manière adéquate et en respectant un maximum d’étanchéité avec les voies respiratoires protègera toujours mieux qu’un masque de type II ou IIR mal positionné sur la bouche et/ou sur le nez."

Bien loin de ces considérations, l'Académie de médecine a même adopté une position complètement différente quant à l'usage du masque, affirmant en septembre dernier que "dans l'espace public, les masques en tissu, lavables, doivent être préférés aux masques jetables pour d'évidentes raisons économiques et écologiques". Une position légèrement en décalage des pouvoirs publics qui n'ont pas tranché entre masque en tissu et masque chirurgical pour le grand public. Le site de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) indique toutefois que les masques en tissu n'ont "pas les performances des masques chirurgicaux et des FFP2".

Leclerc pointé du doigt, du flou pour Carrefour et Intermarché

Leclerc, particulièrement pointé du doigt par Pharmabest, commercialise en effet des boîtes de masques de type I, que ce soit en ligne ou au sein de ses magasins. Contacté par Business Insider France pour comprendre pourquoi ils avaient choisi ce type de masque, l'enseigne n'a pour le moment pas répondu à nos sollicitations. Et qu'en est-il pour les autres distributeurs ? La grande majorité semble vendre des masques chirurgicaux de type I, comme nous l'avons constaté sur les sites de drive ou de livraison à domicile de Monoprix par exemple, ou encore d'Auchan qui met même un lien vers la notice détaillée de ses masques.

Pour d'autres enseignes, c'est par contre le grand flou. Carrefour, par exemple, indique sur le descriptif d'une de ses références vendues en drive ou livraison que ce sont des masques "3 plis de type chirurgical, à usage unique, non stérile", sans plus de précision. Contactée elle aussi, l'enseigne n'a pour le moment pas répondu à nos questions.

Autre exemple avec Intermarché qui, sur le texte descriptif d'une boîte de 50 masques chirurgicaux vendue au prix de 4,95 euros sur son site, ne précise pas le type de masque commercialisé, mais indique une performance de filtration de "minimum 90%". Pour rappel, les masques de type I sont normalement à 95% de filtration. Contactée par Business Insider France, l'enseigne confirme que les masques vendus dans ses points de vente sont "de type I et II", confirmant les pourcentages de filtration à 95 et 98% en fonction des modèles vendus.

'On sait très bien le faire', assure le président du groupement Pharmabest

La guerre semble donc déclarée entre les pharmaciens et les acteurs de la grande distribution. La vente de masques chirurgicaux au sein des rayons des supermarchés irrite particulièrement les pharmaciens professionnels, inquiets de cette nouvelle concurrence sur la vente d'un produit désormais ancré dans le quotidien des Français. Cette mesure avait été décidée par le gouvernement pendant le confinement afin de garantir à un maximum de Français l'accès à ces protections.

La grande distribution a en effet commencé à vendre des masques jetables à compter du 4 mai 2020, en communiquant largement sur les millions de produits qu'elle avait en stock. Et donc en faisant d'autant plus grincer des dents les pharmaciens. "On s'est beaucoup demandés pourquoi le gouvernement avait donné le doit aux Grandes et moyennes surfaces (GMS) de distribuer des masques. On a le maillage territorial avec nos pharmacies, on sait très bien le faire", assure David Benhaim. Ce n'est donc pas aujourd'hui que les tensions vont s'apaiser entre pharmaciens et distributeurs.

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