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Les navires chinois sont toujours plus imposants et agressifs tandis que le Japon est à la traîne

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Les navires chinois sont toujours plus imposants et agressifs tandis que le Japon est à la traîne
Un navire des garde-côtes chinois s'approche des pêcheurs philippins lors d'un affrontement au large du haut-fond de Scarborough, dans la mer de Chine méridionale, le 23 septembre 2015. © AP Photo/Renato Etac
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Le 1er février, une nouvelle loi accordant aux garde-côtes chinois (GCC) la possibilité d'utiliser la force létale contre les navires étrangers dans les eaux que la Chine revendique est entrée en vigueur. Cette loi inquiète les pays qui ont des conflits territoriaux avec la Chine, en particulier le Japon, où la principale préoccupation est qu'elle pourrait conduire à l'utilisation de la force contre les navires japonais autour des îles Senkaku, un groupe d'îles inhabitées dans la mer de Chine orientale que le Japon administre et que la Chine revendique comme les îles Diaoyu.

Des centaines de navires chinois, y compris des navires des garde-côtes et de la marine, pénètrent régulièrement dans les eaux autour de ces îles, se comportant parfois de manière agressive, dans le cadre des opérations de la Chine en zones grises. L'année dernière, des navires chinois ont été repérés autour des Senkaku pendant un nombre record de 333 jours, dont 111 jours consécutifs de présence chinoise continue.

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Une nouvelle loi inquiétante

Un navire des garde-côtes chinois dans la mer de Chine orientale près des îles controversées Senkaku/Diaoyu, le 22 décembre 2015. Reuters

La partie de la loi qui suscite le plus d'inquiétude est l'article 22, qui autorise les garde-côtes chinois (GCC) à "prendre toutes les mesures nécessaires, y compris l'utilisation d'armes, lorsque la souveraineté nationale, les droits souverains et la juridiction sont illégalement enfreints par des organisations ou des individus étrangers en mer".

L'article 20 de la loi autorise les GCC à démolir "les bâtiments, structures et divers dispositifs fixes ou flottants" construits par des étrangers "dans les zones maritimes et les îles sous notre juridiction". Ces dispositions ne sont pas sans précédent. De nombreux gardes-côtes et agences de sécurité maritime appliquent des règles similaires. L'Indonésie et la Malaisie coulent régulièrement des navires de pêche étrangers (dont certains sont chinois) dans leurs eaux. Même l'Argentine a coulé des navires de pêche chinois opérant illégalement dans ses eaux.

Les clauses relatives à l'usage de la force constituent également une petite partie de la loi, qui compte 84 articles et vise principalement à clarifier le rôle des GCC dans le cadre des nombreuses réformes militaires de la Chine. Le pays comptait auparavant jusqu'à cinq organisations maritimes différentes et travaille pour les fusionner.

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"Si vous lisez entre les lignes, cela ne veut pas dire que le texte a été conçu pour être une menace pour les voisins de la Chine ou même les États-Unis", a déclaré Zack Cooper, chercheur à l'American Enterprise Institute, à Insider. "Cela se lit de manière beaucoup plus bureaucratique que si les gardes-côtes obtenaient des capacités élargies."

Les GCC "faisaient déjà des choses où ils utilisaient assez activement la force dans la mer de Chine méridionale, la mer de Chine orientale, et ailleurs. Donc, ce n'est pas vraiment un grand changement par rapport à la façon dont les gardes-côtes chinois opéraient jusqu'à présent", estime Zack Cooper.

La loi peut en réalité aider à prévenir les malentendus. "Un certain degré de clarification et de standardisation des procédures est en fait un développement bienvenu", remarque Timothy Heath, un chercheur international et de défense du groupe de réflexion de la Rand Corporation, auprès d'Insider.

"Cela montre que la Garde côtière se professionnalise. Elle clarifie pour son propre personnel et pour le monde entier les conditions dans lesquelles les GCC considèrent qu'il est approprié pour eux d'envisager toutes ces actions", ajoute Timothy Heath.

La plus grande garde côtière au monde

Navires des garde-côtes chinois et japonais près des îles Senkaku/Diaoyu dans la mer de Chine orientale, 10 septembre 2013.  REUTERS/Kyodo

Mais le risque d'escalade est toujours bien présent, d'autant plus que les GCC appliqueront la nouvelle loi en territoire contesté. Les clarifications et les nouvelles directives pourraient en fait enhardir les capitaines de navires chinois.

Les anciennes règles, plus vagues, ont incité à une certaine retenue car les responsables chinois "n'étaient pas totalement sûrs des conditions dans lesquelles ils pourraient utiliser la force ou prendre l'une de ces mesures", remarque Timothy Heath. "Maintenant que ces règles sont plus claires, ces commandants peuvent estimer qu'ils ont le droit de répondre à des incidents beaucoup plus rapidement et avec beaucoup plus de force que par le passé"

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Les GCC ont certainement le matériel nécessaire pour faire preuve d'audace. Ils disposent de plus de 130 grands patrouilleurs (déplaçant chacun plus de 1 000 tonnes), ce qui en fait "de loin la plus grande force de garde-côtes au monde" selon un rapport du Pentagone datant de 2020.

Les navires des GCC sont également parmi les plus grands et les mieux armés de toutes les gardes côtières. Les deux vaisseaux de la classe Zhaotou de la GCC déplacent à eux seuls plus de 10 000 tonnes, soit plus qu'un croiseur de missiles guidés de la classe Ticonderoga de la marine américaine. Beaucoup d'entre eux portent des canons allant jusqu'à 76 mm, qui ne sont généralement visibles que sur les navires de guerre. La plupart des patrouilleurs de la GCC peuvent également transporter des hélicoptères.

Des membres d'une unité anti-terroriste des garde-côtes japonais interceptent un navire lors d'un exercice dans la baie de Tokyo, le 18 mai 2008. TORU YAMANAKA/AFP via Getty Images

Les garde-côtes japonais (GCJ) ont des moyens bien plus modestes, avec seulement 63 navires déplaçant plus de 1 000 tonnes, et leur capacité à utiliser la force létale est fortement limitée. En conséquence, ils doivent parfois faire appel aux forces d'autodéfense maritime et aérienne japonaises (JMSDF/JASDF) pour obtenir de l'aide.

Le Japon a fait part de son mécontentement face à cette nouvelle loi. Le Premier ministre Yoshihide Suga a averti qu'elle pourrait "intensifier les tensions", et le ministre de la Défense du Japon l'a qualifiée d'"absolument inacceptable".

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La plus grande crainte est une rencontre qui dégénère avec les trois forces maritimes chinoises : des centaines de navires de la milice maritime chinoise pourraient inonder les Senkakus et être interceptés par les GCJ. En réaction, les gardes-côtes chinois pourrait être appelés et ouvrir le feu. Cela obligerait la JMSDF et la JASDF à réagir, ce qui pourrait amener la marine et l'armée de l'air chinoises à se manifester, faisant ainsi planer la menace d'un conflit direct entre les deux nations.

Le Japon s'efforce de prévenir un tel scénario. Les gardes-côtes japonais maintiennent une présence constante et réagissent très rapidement aux incursions autour des Senkaku. Ils suivent également les navires chinois au lieu de les affronter agressivement et font parfois appel aux avions de la JASDF pour effectuer des survols.

Un renforcement militaire et une alliance forte

Le vaisseau Kimball des garde-côtes américains et le navire Akitsushima des garde-côtes japonais lors d'un exercice près des îles Ogasawara, au Japon, le 21 février 2021. US Coast Guard Cutter Kimball

Le Japon a lentement renforcé ses capacités militaires en réponse à la menace chinoise. Les gardes-côtes nippons prévoient d'acquérir 12 grands patrouilleurs supplémentaires d'ici 2023, ce qui portera sa flotte à 75.

La marine prévoit également d'acquérir de nouveaux navires perfectionnés, plus petits, moins chers et plus faciles à construire. Cela inclut la frégate de classe 30FFM, dont la première, Kumano, a été lancée en novembre dernier et devrait être mise en service en 2022. Les forces maritimes japonaises espèrent pouvoir compter sur 22 de ces frégates d'ici 2032.

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La marine elle-même se développe et convertit ses deux porte-hélicoptères de classe Izumo pour pouvoir transporter des chasseurs F-35B. Le Japon modernise également son arsenal d'infanterie, construit des bases au sud-ouest de son territoire, et augmente son arsenal de chasseurs F-35 en prévoyant de développer un chasseur furtif indigène. Le pays a également créé une unité amphibie conçue pour la guerre des îles et avec un modèle calqué sur celui des Marines américains.

Mais le Japon ne gagnera jamais au jeu des chiffres avec la Chine, qui dispose de bien plus de ressources et de capacités industrielles. Outre la plus grande garde-côtière du monde, la Chine possède également la plus grande marine. "Le gros problème des Japonais est qu'ils sont tout simplement en infériorité numérique et en infériorité d'armement", relève Timothy Heath.

Un navire de surveillance maritime chinois à côté des navires des garde-côtes japonais près des îles Senkaku/Diaoyu dans la mer de Chine orientale, 24 septembre 2012. Reuters

L'augmentation des incursions maritimes et aériennes chinoises met à rude épreuve les navires, marins, avions et pilotes japonais.

"Le problème est que le rythme des opérations en régime permanent augmente. Par conséquent, il va être de plus en plus difficile pour eux de jouer la défense homme contre homme", estime Zack Cooper au sujet des Japonais.

Mais Tokyo n'est pas seule. Les États-Unis sont tenus par un traité de prendre la défense du Japon, et le président Joe Biden, le secrétaire à la défense Lloyd Austin et le secrétaire d'État Antony Blinken ont tous déclaré que le traité s'appliquait aux Senkakus.

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"Nous sommes d'accord avec la communauté internationale sur la souveraineté des Senkaku, et nous soutenons évidemment le Japon dans cette souveraineté", a déclaré le porte-parole du Pentagone, John Kirby, le 23 février. "Nous demandons instamment aux Chinois d'éviter toute action utilisant leurs navires de garde-côtes qui pourrait conduire à des erreurs de calcul et à des dommages physiques et matériels potentiels".

Les États-Unis, qui ont également critiqué la nouvelle loi chinoise, ont envoyé leurs propres garde-côtes pour garder un œil sur la Chine et pour s'entraîner avec les garde-côtes japonais. Les F-35B de l'US Marine Corps peuvent également opérer à partir des Izumos après leur conversion. La nouvelle loi chinoise sur les garde-côtes ajoute certainement un nouveau niveau de complexité aux tensions dans la mer de Chine orientale, mais les efforts du Japon et l'alliance américano-japonaise restent un défi pour la Chine.

"Peu importe le degré de présence du Japon ou de la Chine à un moment donné" autour des Senkaku, remarque Zack Cooper. "L'alliance sera toujours d'application, et les États-Unis ont été très clairs en soutenant le Japon sur ce point."

Version originale : Benjamin Brimelow/Insider

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