Il y a beaucoup de perdants après ce premier tour de l'élection présidentielle

Les supporters déçus de Jean-Luc Mélenchon ne sont pas les seuls perdants après le premier tour de la présidentielle. REUTERS/Dario Ayala

La campagne présidentielle française de 2017 était atypique et épuisante. Le dénouement que l'on a obtenu après le premier tour, le 23 avril au soir, devait être un soulagement.

On sait enfin qui seront les deux candidats qui se disputeront la succession de François Hollande le 7 mai prochain.

Emmanuel Macron, candidat d'En Marche qualifié avec 24,01% des voix, sera opposé à Marine Le Pen, candidate du Front national qui a réuni 21,30% des suffrages.

Ce duel était envisagé par les sondages et nous évite donc un ultime coup de théâtre dans une campagne qui en était déjà riche. Et on éloigne pour l'heure un nouveau séisme de nature à faire bouger les équilibres actuels, comme le furent le vote en faveur du Brexit et l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Pourtant, au lendemain de ce premier tour, on ne peut tout à fait se défaire d'une certaine insatisfaction et d'un sentiment de flottement. Un sentiment qu'il y a beaucoup de perdants après ce premier tour de l'élection présidentielle.

Fillon,

Le sénateur LR Roger Karoutchi (au centre), entouré de militants, après l'annonce des premières estimations dimanche 23 avril 2017. REUTERS/Christophe Archambault

Les partis traditionnels. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, les deux principaux partis de gauche (PS) et de droite (LR) sont absents au second tour. Si Benoît Hamon a été balayé dans les urnes, la défaite de François Fillon est peut-être plus dure encore car l'élection devait être "imperdable" pour la droite.

Le Front national. Certes, le parti d'extrême droite réalise le meilleur score de son histoire. Mais la candidate du FN s'arroge la seconde place alors qu'elle a longtemps été annoncée en tête et que ses partisans voyaient un boulevard s'ouvrir devant eux. 

Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise. La remontada du candidat de la France insoumise dans les sondages a été stoppée net dans les urnes. Il a manqué un million de voix à Jean-Luc Mélenchon, qui avait refusé une alliance avec Benoît Hamon, pour se qualifier au second tour. Résultat, ses supporters sont piégés au second tour, confrontés au choix entre la xénophobie ou le libéralisme.

En Marche! En se qualifiant au second tour, Emmanuel Macron a réussi son pari et trompé ceux qui lui prêtaient un score médiocre l'effet de mode passé. Mais en se retrouvant face à Marine Le Pen, il fragilise son projet présidentiel: à peine les premiers résultats annoncés, les appels à le soutenir et à former un "front républicain" ont fusé dans le camp LR comme au PS, ce qui fera forcément de lui le candidat qu'on soutient "contre" Marine Le Pen et pas "pour" ses idées. Il aurait pu mieux affirmer son projet et ses nuances s'il avait du affronter François Fillon, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon.

En Marche

Les militants d'En Marche juste après l'annonce des premières estimations du premier tour, le dimanche 23 avril 2017. REUTERS/Benoit Tessiera>

L'Europe et ses valeurs. Emmanuel Macron est le candidat de l'ouverture sur l'Europe. En duel face à Marine Le Pen, la défense de ces valeurs et du projet européen va céder sa place à un clash entre la France du "repli sur soi" et celle de "l'optimisme et de l'ouverture", comme l'envisagent certains du côté d'En Marche. Il y a dès lors un vrai risque de creuser les différences entre une "France d'en haut" qui profite de la mondialisation et la "France d'en bas" qui a l'impression de la subir. Emmanuel Macron risque d'être contrait de jouer sur la défensive face à Marine Le Pen, qui entend bien mener le combat sur ce front là. Dès dimanche soir, elle a dénoncé une "mondialisation sauvage". 

Ceci est une opinion. L’avis exprimé ici n’engage que son auteur.

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