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Les prix en supermarchés vont-ils augmenter pour compenser les difficultés du secteur agroalimentaire ?

Les prix en supermarchés vont-ils augmenter pour compenser les difficultés du secteur agroalimentaire ?
Rayon pâtes d'un supermarché Casino, mars 2020. © Business Insider France/Claire Sicard

Même en période de confinement, les Français doivent toujours manger et faire leurs courses. Les entreprises de l'agroalimentaire pâtissent néanmoins de la crise actuelle. Leurs coûts augmentent et leur chiffre d'affaire diminue. Les consommateurs pourraient alors se demander s'ils vont devoir payer les pots cassés au moment de passer à la caisse du supermarché... Un baromètre, mené par l'Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA) entre le 6 et le 10 avril dernier a mesuré l'état de santé de 700 entreprises du secteur agroalimentaire. Ses principales conclusions ? 70 à 80 % des entreprises interrogées font part d'une baisse de leur chiffre d'affaires et d'une rentabilité fragilisée. Les coûts auraient notamment augmenté de 3 à 16 %.

Outre la hausse du prix de certaines matières premières en cette période de crise, le maintien des outils de production aurait aussi eu un impact négatif sur leur rentabilité. Sans oublier bien sûr les surcoûts liés à l'achat d'équipements de protection pour les salariés. Autre source de dépense, la logistique : "sur le transport, nous avons une hausse d'environ 3,5 % des tarifs puisque nous prenons en charge une partie du retour à vide des camions" précise Richard Girardot, président de l'ANIA, au Figaro. "Au total, la crise renchérit d'au moins 10 % nos coûts de revient" précise-t-il.

80 % des TPE/PME voient leur chiffre d'affaires chuter

Les situations restent néanmoins disparates selon les typologies des entreprises du secteur : le baromètre de l'ANIA comprend en effet 77 % de TPE (moins de 10 salariés) et PME (de 10 à 249), 21 % d'ETI (250 à 4 999 salariés) et 2 % de grands groupes (plus de 5 000).

Sans surprise, ce sont les petites entreprises qui souffrent le plus : 80 % des TPE/PME accuseraient une baisse de leur chiffre d'affaires contre 50 % pour les ETI et les grands groupes. Les produits traditionnels des rayons à la coupe (boucherie, charcuterie, fromagerie....) ont du mal à s'écouler actuellement. Même chose pour les produits régionaux, les produis sucrés ou encore les fromages vendus sous AOP notamment. La restauration hors domicile (hôtels, restaurants, écoles, cantines...) est elle aussi sinistrée suite à la fermeture de quasiment tous les établissements. La situation est également difficiles pour les entreprises qui exportaient beaucoup leur production.

Les distributeurs vont devoir penser au pouvoir d'achat des Français

Mais alors, les industriels vont-ils devoir répercuter ces surcoûts sur les prix de vente de leurs produits à la grande distribution ? Et à terme, les consommateurs vont-ils voir les étiquettes flamber lors de leurs courses au supermarché dans les semaines à venir ? Ce n'est pas si simple. Si les relations entre industriels et distributeurs semblent s'être assagies depuis le début de la crise, l'équilibre actuel demeure fragile. "L'union sacrée n'est pas de façade, mais elle reste opportune. Les postures sont gommées par rapport à d'habitude, mais elles demeurent quand même", nous assure Olivier Dauvers, spécialiste du secteur de la grande distribution.

Les négociations entre industriels et distributeurs vont donc reprendre à la fin du confinement : "les industriels vont certainement réussir à passer des hausses, mais le vrai sujet sera l'acceptation par les consommateurs". Les circonstances actuelles sont en effet difficiles pour de nombreux Français qui font face, pour certains, au chômage partiel. Leur pouvoir d'achat risque donc de se rétracter, notamment au moment de la sortie du confinement, et ils seront encore plus attentifs à leur budget alimentaire. La hausse actuelle des ventes des produits en marques propre (ou MDD) par les distributeurs en est déjà un marqueur.

"Oui, ça va être la guerre à la fin du confinement", nous confirme Olivier Dauvers. "Mais de là à imaginer que par facilité les enseignes de la grande distribution vont augmenter leurs prix ? Je n'y crois pas". D'autant plus, toujours selon lui, que si la grande distribution fait elle aussi actuellement face à des surcoûts, ses acteurs "restent rentables dans leur globalité". Nul doute que les négociations à venir vont être houleuses.

Business Insider
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