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Les scientifiques commencent à comprendre pourquoi le coronavirus fait perdre l'odorat pendant parfois plus de 30 jours


Un habitant d'Altos de San Lorenzo, en Argentine, passe un test olfactif pour contrôler la perte d'odorat le 24 mai 2020. © Alejandro Pagni/AFP/Getty Images

Kelsey Meeks a vaporisé un désodorisant senteur pin dans son bureau la semaine dernière — puis s'est mise à pleurer. Pour la première fois depuis des mois, elle a pu le sentir. Kelsey Meeks, une avocate de 36 ans qui vit près de la Nouvelle-Orléans, en Louisiane, est atteinte du coronavirus depuis le 30 mars. Dans la semaine qui a suivi l'apparition de la maladie, elle a remarqué que son sens du goût et son odorat avaient disparu. Son parfum floral et fruité semblait inodore. La soupe tom yam qu'elle préparait avec des piments thaïlandais frais n'avait pas de saveur.

Près de trois mois plus tard, Kelsey Meeks a déclaré qu'elle était de nouveau capable de dire si quelque chose était salé ou sucré, ou peut-être de sentir une odeur nauséabonde, mais pour le reste, ses sens sont toujours absents. "Avant le Covid-19, ma capacité à sentir les goûts et les odeurs équivalait à regarder un film d'action dans un cinéma Dolby Atmos", a-t-elle déclaré à Business Insider US. "Maintenant, c'est comme si je regardais des photos en noir et blanc au lieu de regarder un film en haute définition."

Les scientifiques commencent à comprendre pourquoi le virus a cet effet : dans un article récent de The Conversation, le Dr Jane Parker, professeure associée de chimie des arômes à l'Université de Reading, et le Dr Simon Gane, rhinologue à l'Université de Londres, ont expliqué que les patients atteints du coronavirus peuvent présenter un "syndrome de fente sphénoïdale". C'est lorsque les tissus et le mucus gonflés bloquent la fente olfactive — la partie du nez responsable de l'odorat.

Dans ce cas, les arômes ne peuvent pas atteindre les neurones olfactifs. Une fois que le gonflement du patient a diminué, la voie vers ses neurones olfactifs s'ouvre et il devrait recommencer à sentir une semaine ou deux plus tard. Mais une réponse inflammatoire plus agressive peut provoquer des lésions tissulaires, laissant les patients sans odorat pendant 30 jours ou plus.

Les patients souffrant d'infections plus graves peuvent mettre plus de temps à retrouver leur odorat

Le coronavirus envahit l'organisme en s'accrochant à des récepteurs cellulaires appelés ACE2. Les recherches suggèrent que les personnes possédant davantage de récepteurs ACE2 ont un risque plus élevé d'infection grave par le coronavirus.

Étant donné que les récepteurs ACE2 se trouvent dans le nez, ainsi que dans la gorge, l'intestin, les poumons et le cœur, les scientifiques ont d'abord pensé que le coronavirus pourrait utiliser ces récepteurs pour détruire les neurones olfactifs.

Kelsey Meeks avec son petit ami à Paris le 20 février 2020.  Kelsey Meeks

Mais dans un article scientifique qui attend toujours d'être examiné par des pairs, un groupe de chercheurs du Royaume-Uni et des États-Unis a découvert que ce n'était pas le cas. Au contraire, le virus semble envahir les cellules voisines qui soutiennent les neurones olfactifs. Les dommages causés à ces cellules provoquent un gonflement du nez qui peut inhiber l'odorat du patient, même si celui-ci n'est pas congestionné.

Dans les cas graves, la réponse immunitaire de l'organisme peut également l'amener à attaquer les tissus sains. Cela peut causer des dommages directs aux neurones olfactifs. Plus la réponse immunitaire est agressive, plus les dommages corporels peuvent être graves. Dans certains cas, la perte de l'odorat peut être permanente.

Un risque de perte permanente de l'odorat

Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) considèrent la perte du goût et de l'odorat comme un symptôme du Covid-19, mais on ne sait pas encore si ce symptôme est fréquent. Une étude réalisée en avril dernier à Wuhan, en Chine, auprès de plus de 200 patients hospitalisés à cause du coronavirus a révélé que seuls 5 % d'entre eux présentaient une perte de goût et d'odorat. Mais une autre étude portant sur 50 patients atteints du coronavirus le même mois a révélé que 98 % d'entre eux présentaient au moins un "dysfonctionnement olfactif".

La réalité se situe probablement quelque part entre les deux : une étude réalisée en mai a révélé qu'environ 53 % des patients atteints du coronavirus souffraient d'un dysfonctionnement olfactif. Une étude de cas espagnole a également révélé que près de 40 % des patients atteints du Covid-19 développaient des troubles de l'odorat et/ou du goût, contre seulement 12 % des patients atteints de la grippe.

Crystal Cox/Business Insider

Les scientifiques ne savent toujours pas si la perte d'odorat est la cause des difficultés à sentir les goûts chez les patients atteints de coronavirus, puisque les deux sens sont étroitement liés, ou si le virus affecte également les voies gustatives.

Certains patients atteints du coronavirus peuvent commencer à retrouver leur odorat à mesure que leurs neurones olfactifs se régénèrent au fil des semaines ou des mois. Ces patients développent souvent une "parosmie" — un sens de l'odorat déformé — lorsqu'ils guérissent, ce qui peut transformer des odeurs censées être agréables en odeurs nauséabondes comme celles des produits chimiques ou du brûlé.

"Je ne porte plus de parfum parce que c'est trop déprimant de m'en mettre tous les matins et de ne pas pouvoir le sentir", a déclaré Kelsey Meeks. "Parfois, je peux en sentir une effluve, mais la plupart de ce que je sens maintenant sent très mauvais".

Certains patients peuvent souffrir d'une perte permanente de l'odorat si leurs neurones olfactifs sont détruits. Dans ce cas, il est prouvé que des exercices d'entraînement, comme l'inhalation quotidienne d'huiles essentielles, pourraient aider les gens à retrouver une partie de leur odorat.

Kelsey Meeks dit qu'elle chérit les petites victoires liées à la récupération de son odorat, mais l'idée de passer à côté des joies de la nourriture, surtout dans une ville connue pour sa gastronomie comme la Nouvelle-Orléans, a fait des ravages psychologiques. "L'impact de ne plus pouvoir vivre ces choses me donne l'impression d'avoir subi une perte bien plus importante qu'uniquement celle de mes sens", a déclaré Kelsey Meeks. "Cela me rappelle plusieurs fois par jour que j'ai attrapé le Covid-19 et que je suis toujours sous son emprise."

Version originale : Aria Bendix/Business Insider.

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