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Les vaccins d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson ont un point commun qui pourrait expliquer les rares cas de thrombose

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Lorsque les vaccins contre le Covid-19 ont été mis à la disposition du public, les autorités réglementaires savaient qu'elles devraient être attentives à d'éventuelles réactions médicales, aussi rares soient-elles. Bien que les essais cliniques ont montré que les vaccins étaient sûrs pour des dizaines de milliers de personnes, le monde était sur le point d'en vacciner des dizaines de millions.

Leur vigilance a porté ses fruits au début du mois, lorsque les autorités européennes ont annoncé que de rares caillots sanguins pourraient être un effet secondaire peu courant du vaccin d'AstraZeneca. Puis, mardi 13 avril, les autorités de réglementation américaines ont recommandé une pause dans l'utilisation du vaccin de Johnson & Johnson — également connu sous le nom de Janssen — en raison de six rapports faisant état du même type de caillot chez des femmes ayant reçu cette injection.

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Les vaccins d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson ont un point commun : tous deux sont des vaccins à vecteur viral, qui introduisent un gène du coronavirus dans l'organisme à l'aide d'un virus de rhume commun génétiquement modifié, appelé adénovirus. Certains experts médicaux se demandent maintenant si cette technologie elle-même ne pourrait pas être liée à la formation de caillots sanguins.

"Pourquoi avons-nous ces quelques cas pour J&J et AstraZeneca ? Nous l'ignorons. Mais ça paraît logique de se dire que ça pourrait être à cause de la façon dont le vecteur est introduit, car c'est la plus grande différence [avec les autres vaccins]", a déclaré à Insider le Dr Vivek Cherian, médecin hospitalier au centre médical St. Joseph de l'université du Maryland.

Les autorités réglementaires n'ont pas relevé les mêmes problèmes de coagulation sanguine avec les vaccins Pfizer et Moderna, qui reposent sur une technologie différente : un ARN messager qui incite l'organisme à produire l'une des protéines caractéristiques du coronavirus, stimulant ainsi une réponse immunitaire.

Mais les scientifiques tentent toujours de comprendre pourquoi seules certaines personnes — principalement des jeunes femmes jusqu'à présent — développent ces rares caillots sanguins, et si tous les vaccins vectoriels pourraient déclencher la même réaction.

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Une réaction à l'adénovirus ?

Le caillot sanguin en question, la thrombose veineuse cérébrale (TVC) — ou thrombose des sinus veineux cérébraux — se forme dans le cerveau et peut donc entraîner des maux de tête ou un accident vasculaire cérébral (AVC). En moyenne, ce problème médical touche environ cinq personnes sur un million par an.

Au début du mois d'avril, les autorités médicales européennes avaient identifié 169 cas de TVC sur plus de 34 millions de personnes ayant reçu le vaccin d'AstraZeneca dans l'UE. Cela représente seulement cinq cas pour un million d'injections du vaccin, soit à peu près le taux habituellement observé chez la population, les chercheurs n'étaient donc pas certains que les caillots étaient causés par le vaccin.

Mais après que des cas de TVC ont été signalés chez des femmes ayant reçu le vaccin de Johnson & Johnson, un lien a commencé à sembler plus probable.

Un patient reçoit une injection du vaccin AstraZeneca/Oxford contre le Covid-19. BEN STANSALL/AFP via Getty Images

Les régulateurs ont également remarqué un schéma distinct parmi tous les cas de thrombose liés aux vaccins : en plus d'une TVC, les patients présentaient un faible taux de plaquettes — des cellules sanguines incolores qui aident les caillots à se former.

"Ce type de combinaison de faibles taux de plaquettes et de caillots sanguins a été très rarement observé par le passé dans d'autres situations en tant que phénomène auto-immun, mais c'est très, très rare", a déclaré Peter Marks, directeur du Center for Biologics Evaluation and Research de la FDA — l'administration américaine en charge des médicaments —, lors d'une réunion d'information mardi 13 avril.

Avant que les vaccins ne soient autorisés, cette combinaison était principalement observée en association avec l'héparine, un anticoagulant. Dans de rares cas, les personnes prenant ce médicament développent des anticorps qui s'accrochent à une plaquette spécifique, ce qui peut les rendre plus sensibles à la formation de caillots sanguins.

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Dans une étude portant sur 11 personnes qui ont développé des caillots sanguins après avoir reçu le vaccin d'AstraZeneca, elles ont toutes été testées positives pour des anticorps contre cette même plaquette.

Peter Gulick, professeur agrégé de médecine à l'université d'État du Michigan, a déclaré à Insider, en faisant référence aux autorités réglementaires américaines et européennes, qu'elles essayaient de déterminer s'il existait un mécanisme réactif basé sur l'adénovirus et si celui-ci activait d'une manière ou une autre ces plaquettes.

D'autres vaccins vectoriels n'ont pas nécessairement les mêmes liens avec les caillots sanguins

Un flacon de vaccin Johnson & Johnson. Michael Ciaglo/Getty Images

Avant les sérums d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson, seuls quelques vaccins à vecteur viral avaient été autorisés chez l'homme : en 2017, la Chine a approuvé un vaccin contre Ebola qui utilise un adénovirus, mais celui-ci n'a été autorisé que pour une utilisation d'urgence, donc relativement peu de personnes l'ont déjà reçu. Les États-Unis et l'UE ont approuvé un autre vaccin à vecteur viral contre Ebola en 2019, qui n'a pas non plus été largement administré.

Pour cette raison, il est difficile de savoir si les caillots sanguins peuvent représenter un problème rare associé aux vaccins vectoriels en général, ou si la réaction est juste liée aux adénovirus spécifiques utilisés dans les vaccins d'AstraZeneca et de Johnson & Johnson.

Il est également possible, bien sûr, que ces caillots ne soient pas du tout liés aux vaccins.

"Je ne pense pas que [la formation de caillots] soit un phénomène auquel on s'attend automatiquement avec un vaccin vectoriel", a déclaré à Insider Namandjé Bumpus, directrice du département de pharmacologie et de sciences moléculaires de la faculté de médecine Johns Hopkins.

Les adénovirus sont généralement inoffensifs, a ajouté la scientifique : ils sont désactivés avant d'être injectés afin de ne pas se répliquer dans l'organisme. Ils sont également conçus pour ressembler à des virus communs et naturels, qui ne provoquent pas de caillots sanguins.

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Mais les adénovirus utilisés dans les vaccins ne peuvent pas non plus être trop communs, car toute personne qui y aurait été exposée auparavant les combattrait avant qu'ils ne déclenchent une réponse immunitaire. C'est pourquoi le vaccin d'AstraZeneca utilise une souche d'adénovirus que l'on ne trouve que chez les chimpanzés. Le vaccin de Johnson & Johnson, quant à lui, utilise un adénovirus humain modifié qui n'est pas facilement reconnu par le système immunitaire.

Il est possible, selon Peter Gulick, qu'un adénovirus particulier puisse provoquer des caillots sanguins alors qu'un autre ne le ferait pas. La dose de vaccin injectée pourrait également avoir son importance. Une étude réalisée en 2007 a montré que des doses élevées de vecteurs adénoviraux provoquaient une baisse du nombre de plaquettes chez les souris. Mais cette réaction s'est généralement produite dans les 24 heures suivant l'injection, et les personnes qui ont développé une TVC après avoir reçu les vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson l'ont généralement fait dans les deux semaines qui ont suivi.

Cela suggère que la maladie n'a pas été déclenchée par la réponse immunitaire innée de l'organisme (celle qui entraîne les effets secondaires normaux des vaccins, comme la fatigue ou les douleurs musculaires), mais par la réponse immunitaire adaptative, celle qui est responsable de la production d'anticorps.

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Il est trop tôt pour déterminer si les caillots sanguins sont spécifiques aux jeunes femmes

Un soignant inocule une dose du vaccin AstraZeneca à Chester, en Angleterre, le 15 février. Oli Scarff/AFP via Getty Images

La plupart des cas de TVC qui ont suivi l'injection d'AstraZeneca sont survenus chez des femmes de moins de 60 ans, tandis que les six cas de thrombose après le vaccin de Johnson & Johnson ont été signalés chez des femmes âgées de 18 à 48 ans.

Vivek Cherian a fait remarquer que les jeunes femmes ont des niveaux plus élevés d'œstrogènes, ce qui les rend plus susceptibles d'avoir des réponses immunitaires fortes en général. Peter Gulick, quant à lui, a souligné que les femmes ont plus de récepteurs de cellules T, ce qui peut également inciter le système immunitaire à réagir agressivement aux envahisseurs étrangers.

"Je pense que le problème réside quelque part dans la façon dont notre système immunitaire réagit à ce vaccin chez un ensemble très, très sélectif d'individus", a déclaré Vivek Cherian.

Mais Namandjé Bumpus a mis en garde contre le fait d'associer ces caillots sanguins à un groupe particulier d'individus.

"Il s'agit d'un événement tellement rare dans un si petit groupe", a-t-elle déclaré. "Même s'il est un peu tentant de penser que c'est spécifique à un sous-groupe, nous devons être un peu impartiaux et simplement regarder les données".

En fin de compte, a-t-elle ajouté, il pourrait falloir des années de recherche pour déterminer pourquoi certaines personnes ont développé des caillots après l'une ou l'autre des injections.

"Il y a de nombreux médicaments que nous prenons en toute sécurité et en toute confiance, dont nous continuons — même après des décennies d'utilisation — à découvrir les mécanismes et l'impact sur les cellules", a-t-elle souligné. "C'est juste qu'avec ces [vaccins], tout se déroule en temps réel sous nos yeux".

Version originale : Aria Bendix/Insider

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