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L'Institut Pasteur utilise le vaccin contre la rougeole pour développer un 'cheval de Troie' contre le Covid-19

L'Institut Pasteur utilise le vaccin contre la rougeole pour développer un 'cheval de Troie' contre le Covid-19
Frédéric Tangy, chef du laboratoire Virus et Immunité de l'Institut Pasteur. © Francois Mori/AP Photo

Quelques mois seulement après le début de la pandémie, quelque 115 vaccins contre le coronavirus sont en cours de développement dans le monde entier. L'Institut Pasteur travaille sur l'utilisation d'un vaccin contre la rougeole modifié pour "tromper" l'organisme et lui faire produire des anticorps contre le nouveau coronavirus. En mars 2020, la coalition norvégienne pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) a approuvé une subvention initiale de 4,9 millions de dollars pour financer la recherche pré-clinique de l'institut. C'est l'un des huit vaccins candidats que le CEPI soutient, bien que seuls deux ou trois projets seront financés jusqu'aux stades de réglementation et d'approbation.

La CEPI estime qu'il en coûtera 2 milliards de dollars pour développer un vaccin contre le Covid-19 qui pourra être produit en quantité suffisante pour immuniser des milliards de personnes en un temps record. Mais Frédéric Tangy, responsable du laboratoire Virus et Immunité de l'Institut Pasteur, affirme que la vaccination est la seule véritable solution à la pandémie. Il compare des mesures telles que la distanciation sociale et le confinement au fait de mettre un pansement sur une plaie béante. "D'après ce que nous savons sur le potentiel de contagion du SRAS-CoV-2, 60 à 70% de la population humaine doit être vaccinée", a déclaré Frédéric Tangy à Business Insider US.

Une chercheuse à l'Institut Pasteur à Paris. Institut Pasteur

L'Institut Pasteur a une grande expérience dans la lutte contre les maladies infectieuses

Nommé d'après Louis Pasteur, le pionnier français de la biochimie qui a développé les vaccins contre l'anthrax et la rage, l'Institut Pasteur a ouvert ses portes en 1888. Dans les années qui ont suivi, il a apporté des progrès décisifs dans la lutte contre la fièvre typhoïde, la tuberculose, la polio, la fièvre jaune, le VIH et d'autres maladies. Actuellement, la quasi-totalité des 133 départements du campus parisien de l'institut se concentrent sur la pandémie du COVID-19, a précisé Frédéric Tangy.

En janvier, les scientifiques de Pasteur ont achevé le premier séquençage complet du génome du coronavirus en Europe, quelques jours seulement après que les premiers cas de COVID-19 aient été signalés en France. Il s'agissait d'une étape essentielle pour comprendre si le virus avait muté de manière significative depuis sa découverte initiale à Wuhan, en Chine. Heureusement, cela ne semble pas avoir été le cas.

L'institut a testé un vaccin contre la rougeole modifié pour lutter contre d'autres virus

L'équipe de Frédéric Tangy modifie un vaccin contre la rougeole standard pour y inclure une seule protéine du SARS-CoV-2. Ils espèrent que cela déclenchera une réponse immunitaire équivalente à celle du vaccin ROR actuel qui protège contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

Les vaccins vivants atténués induisent une immunité forte et durable après une seule injection et sont peu coûteux à fabriquer. L'utilisation d'un vaccin contre la rougeole homologué signifie également que les processus d'essai et de brevetage seront plus rapides. "Chaque usine dans le monde peut produire un vaccin contre la rougeole", a déclaré Frédéric Tangy.

Les chercheurs de l'Institut Pasteur modifient un vaccin contre la rougeole avec des antigènes du nouveau coronavirus.. Francois Mori/AP Photo

Cette stratégie a déjà donné des résultats prometteurs pour le prototype de vaccin de l'institut contre le chikungunya, qui infecte chaque année des millions de personnes en Asie du Sud et en Afrique, provoquant des gonflements articulaires, des douleurs musculaires et des éruptions cutanées. Il peut s'avérer fatal chez les très jeunes personnes et les personnes âgées, ainsi que chez les personnes souffrant de problèmes de santé sous-jacents. Après sept ans d'essais cliniques, le vaccin contre le chikungunya est enfin en phase 3, où son efficacité est testée sur des milliers de personnes. "Et nous considérons que c'est rapide", a déclaré Frédéric Tangy. En comparaison, le candidat vaccin contre le coronavirus de l'Institut Pasteur avance à une vitesse fulgurante.

Quel est le calendrier du vaccin ?

Si le prototype de vaccin s'avère prometteur, les partenaires de l'institut Pasteur au sein du Center for Vaccine Research de l'université de Pittsburgh pourraient commencer les tests sur les animaux dans quelques mois. L'étape suivante consisterait à fabriquer des centaines de flacons pour les essais cliniques. Cette étape serait effectuée par la société autrichienne de biotechnologie Themis.

Frédéric Tangy prédit que le vaccin pourrait commencer à être testé sur des personnes dans un an. Il a averti que les chercheurs ont besoin de suffisamment de temps pour pouvoir tester s'il y a des effets secondaires afin de pouvoir les prévenir ou les atténuer. "La question très sensible d'un vaccin contre un tel virus est la réponse immunitaire, qui peut être beaucoup plus mortelle que la maladie elle-même", a-t-il déclaré. "Un vaccin débridé serait dangereux", a-t-il ajouté.

Version originale : Laura-Maï Gaveriaux/ Business Insider

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