L'OMS et les experts rassurent sur la nouvelle souche du coronavirus détectée au Royaume-Uni

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

L'OMS et les experts rassurent sur la nouvelle souche du coronavirus détectée au Royaume-Uni
Selon les experts, la nouvelle souche ne serait pas plus contagieuse, n'entrainerait pas de forme plus grave de la maladie, et les vaccins développés cette année seraient également efficace contre elle. © CDC

La découverte d'une mutation du coronavirus horrifie la planète depuis dimanche. Et si, alors que les restrictions pour lutter contre la pandémie essorent le monde entier depuis près d'un an, à l'aube du déploiement mondial d'un vaccin qui cristallise l'espoir à travers le globe, tout recommençait... en pire ? A priori, rien de tel ne devrait arriver. Selon l'OMS et les épidémiologistes, s'il faut rester prudent, pas de quoi s'alarmer outre mesure : la nouvelle souche "n’est pas hors de contrôle", rassurait lundi l'agence onusienne.

Pourtant, le ministre de la santé britannique évoquait dès dimanche un virus "hors de contrôle". Le lendemain, Emmanuel Macron lui emboîtait le pas en parlant d'une variante "problématique" et d'une forme "beaucoup plus agressive". En réalité, en l'état actuel des connaissances scientifiques sur la mutation du virus, la nouvelle souche ne serait pas plus contagieuse, n'entrainerait pas de forme plus grave de la maladie, et les vaccins développés cette année seraient également efficace contre elle.

A lire aussi — Le CAC 40 et les Bourses européennes assommés par la nouvelle variante du Covid-19

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rappelé lundi qu'il était tout à fait "naturel" que "les virus mutent au fil du temps". En effet, quand il pénètre une cellule, le virus se réplique. Son matériel génétique — un code basé sur quatre lettres — est à chaque fois copié, et peut être restitué dans un ordre légèrement différent. Ces erreurs d'encodage sont fréquentes, d'autant plus dans le cas des virus à ARN, comme le nouveau coronavirus, expliquait l'Inserm en octobre.

La plupart du temps, ces mutations sont anodines et ne modifient pas le comportement du virus. Dans de rares cas, elles peuvent desservir le virus et entraîner sa disparition ou, au contraire, lui permettre de se propager davantage ou le rendre plus dangereux. "Dans tous les contextes épidémiques, par exemple lors des épidémies de grippe ou de polio, les mutations des virus responsables ont toujours fini par aboutir à une atténuation de leur virulence", note toutefois l'Inserm, qui rappelle que des dizaines de milliers de mutations du nouveau coronavirus ont déjà été identifiées, sans conséquences dramatiques sur sa transmission ou sa dangerosité.

Mais, alors, comment se fait-il que cette souche se soit si largement répandue au Royaume-Uni ? Selon Moncef Slaoui, conseiller principal du programme gouvernemental américain de vaccination, il est possible que la mutation se transmette depuis longtemps dans le pays, explique-t-il à l'AFP. Or, les scientifiques n'avaient pas commencé à la rechercher jusqu'à présent. Réalisant d'un coup le nombre de porteurs de cette variante, ils auraient eu l'impression qu'elle se transmettait bien plus rapidement.

A lire aussi — Joe Biden et Mike Pence veulent se faire vacciner en direct à la télévision

A priori, la nouvelle couche n'est pas (beaucoup) plus contagieuse...

"Il n'y a pas de preuve tangible que ce virus soit effectivement plus contagieux, mais il y a des preuves claires qu'il est plus répandu dans la population (britannique, ndlr)", explique Moncef Slaoui. "La variante actuellement à l'étude a été signalée à l’OMS le 14 décembre", relate Maria Van Kerkhove, responsable de la gestion de la pandémie à l’OMS. "Ce qu’ils nous ont dit, c’est qu’ils étudiaient une augmentation du taux de reproduction du virus (R0) de 1,1 à 1,5". Le R0 mesure le nombre moyen de nouvelles infections causées par une personne infectée. Ainsi, lorsque le taux de reproduction est égal à 1,5, une personne porteuse du virus le transmettra en moyenne à 1,5 personne.

"Nous avons eu un R0 beaucoup plus élevé que 1,5 à différents moments de cette pandémie et nous l’avons maîtrisé. Cette situation n’est donc pas, en ce sens, hors de contrôle", a tenu à rappeler Michael Ryan, responsable des situations d’urgence sanitaire à l’OMS, lundi. La nouvelle souche du virus ne serait donc pas plus contagieuse que le Sars-Cov2 tel que nous le connaissons depuis un an. Il faut toutefois préciser que le R0 d'un virus évolue, notamment au gré des mesures — confinement, tests massifs, isolation des malades, fermetures de certains commerces... — visant à endiguer l'épidémie.

"Même si le virus est devenu un peu plus efficace en matière de propagation, il peut être arrêté", a poursuivi Michael Ryan. Il appelle à continuer les efforts pour limiter les transmissions. En effet, même si la contagiosité n'a pas augmenté de manière significative, il se pourrait que la nouvelle souche du virus se transmette un peu plus facilement. C'est ce qui ressort des propos d'Hans Kluge, directeur régional pour l'Europe de l'OMS, ce mardi matin sur Twitter.

Le médecin belge a d'ailleurs annoncé, également sur Twitter, qu'il allait convoquer les Etats européens "pour discuter des stratégies de dépistage et de réduction de la transmission" de la variante du SARS-CoV-2. Il a également approuvé le choix des gouvernements européens de "limiter les déplacements pour contenir la propagation", ce qu'il juge prudent en attendant de disposer "de meilleures informations".

A lire aussi — Cet outil du MIT évalue le risque d'infection au Covid-19 si vous fêtez Noël avec une personne porteuse du virus

...ni plus dangereuse

Quant à la dangerosité de cette nouvelle souche qui s'est répandue au Royaume-Uni, Moncef Slaoui est formel : "ce qui est clair, c'est qu'il n'est pas plus pathogène". Un avis partagé par le directeur général de l'OMS : Tedros Adhanom Ghebreyesus affirme que jusqu'à présent, rien ne prouve que la nouvelle souche du virus "soit plus susceptible de provoquer une maladie grave ou la mort". Moins péremptoire, il appelle toutefois à la prudence. En effet, les études sur la mutations sont toutes récentes, et la communauté scientifique manque encore de recul. "Je ne saurais trop insister, auprès de tous les gouvernements et de tous les citoyens, sur l’importance de prendre les précautions nécessaires pour limiter la transmission", a-t-il conclu, lundi.

A lire aussi — Ugur Sahin, PDG de BioNTech, devient l'une des 500 personnes les plus riches au monde

Pas imperméable aux vaccins

Selon Moncef Slaoui, les risques pour que la nouvelle souche du virus soit imperméable aux vaccins sont infimes. Les anticorps produits par les vaccins sont conçus pour se fixer sur "plusieurs zones" d'une spicule (petite pointe, comme une clé, qui vient se fixer sur les cellules humaines — en l'occurence celles qui tapissent nos poumons et voies respiratoires) du coronavirus, a-t-il expliqué à l'AFP. Or, pour résister au vaccin, il faudrait que la mutation ait modifié toutes les zones de la spicule du virus, qui ne serait alors plus reconnue par les anticorps. Les risques pour que la nouvelle souche présente de telles caractéristiques sont "très faibles", selon Moncef Slaoui.

"Mais il est impossible d'exclure qu'un jour, quelque part, un virus parvienne à échapper à la réponse protectrice provoquée par le vaccin, c'est pourquoi nous devons rester vigilants", avertit-il toutefois. En attendant davantage de données sur cette nouvelle souche.

A lire aussi — L'Agence européenne des médicaments donne son feu vert au vaccin Pfizer/BioNTech

Découvrir plus d'articles sur :