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Mediapro se met sous la protection du tribunal de commerce, laissant craindre le pire pour le foot français


Le match de Ligue 1 PSG-Angers, au Parc des Princes, le 2 octobre 2020. © Aurelien Meunier - PSG/PSG via Getty Images

Rien ne va plus pour Mediapro. Le groupe sino-espagnol, qui avait surpris tout le monde en 2018 en décrochant les droits de diffusion de la Ligue 1 de 2020 à 2024, aux dépens de Canal +, s'est placé sous mandat ad hoc auprès du tribunal de commerce de Nanterre, selon une information du Canard enchaîné confirmée ce mercredi 14 octobre par Le Monde. Une mauvaise nouvelle pour le football français, les clubs subissant déjà une chute de leurs recettes de billetterie en raison des restrictions sur le nombre de supporteurs acceptés dans les stades.

Mediapro, qui a lancé le 23 août dernier Téléfoot, sa chaîne de télévision payante diffusant chaque semaine 80 % de la Ligue 1, est censé payer à la Ligue de football professionnel (LFP) environ 800 millions d'euros par an. Mais son fondateur, Jaume Roures, a demandé dès le mois de septembre un délai de paiement pour la deuxième échéance de 172 millions d'euros, dont le groupe aurait dû s'acquitter le 6 octobre. Une demande refusée par les clubs.

Bras de fer avec la LFP et les clubs

Jean-Michel Aulas, l'emblématique patron de l'Olympique lyonnais (OL), défend "une attitude extrêmement ferme" vis-à-vis de Mediapro. "Cette réaction est disproportionnée. Cela cache autre chose. Tout était miraculeux, beau, et un mois après on arrive à cette situation… Qu'est-ce qui justifie ce changement d'attitude ? Il y a autre chose", estimait mardi le président de l'OL dans une interview accordée au Parisien.

En plus d'un délai de paiement, Mediapro tente d'obtenir une ristourne auprès de la LFP. "Je suis surpris sur la forme et inquiet sur le fond", avait déclaré vendredi dernier à L'Equipe le président de la LFP, Vincent Labrune. Les clubs n'auraient que peu de marge de manoeuvre. Refuser de négocier pourrait conduire Mediapro à se mettre en procédure de sauvegarde ou en redressement judiciaire, ce qui gèlerait les créances, explique Le Monde.

En se mettant sous la protection du tribunal de commerce, une procédure réservée aux sociétés en difficulté financière, Mediapro a déjà pu obtenir la nomination d'un mandataire chargé d'aider les parties à renégocier les délais de paiement.

Mediapro déjà en conflit avec Canal+

Les temps sont difficiles pour le football français. Après un premier prêt garanti par l'Etat de 224,5 millions d'euros, demandé en mai dernier, la LFP pourrait contracter un nouvel emprunt pour faire face au non-versement de la deuxième échéance par Mediapro, les droits TV représentant une grande part des revenus des clubs.

Mediapro, qui avait réussi à négocier des accords de distribution avec les différents opérateurs télécoms, est déjà en bisbille avec Canal+. Le groupe audiovisuel dirigé par Maxime Saada a décidé en septembre de l'assigner en justice pour 'inégalité de traitement' dans les conditions exigées pour distribuer sa chaîne Téléfoot. "Les conditions préalables à toute négociation imposées par le groupe Mediapro au groupe Canal+ s'apparentent à des conditions impossibles {...} et visent à exclure le groupe Canal+ de la distribution de l'offre de football de Téléfoot", assurait alors Canal+ dans un communiqué.

"Je crains qu'ils essayent de nous faire payer les montants qu'ils n'auraient peut-être pas obtenus des autres", ajoutait Maxime Saada au journal L'Equipe.

La maison-mère européenne de Mediapro, Joye Media, endettée à hauteur de 920 millions d'euros, a vu sa note financière dégradée par les agences S&P et Moody's en avril dernier, rappelle Le Monde. La situation est préoccupante pour les clubs de l'Hexagone. Et l'attitude de Mediapro a déjà commencé à faire réagir côté politiques. Le député LRM Cédric Roussel, qui copréside le groupe d'étude sur l'économie du sport à l'Assemblée nationale, a dénoncé "la prise en otage du sport français par Mediapro", mardi 13 octobre. Il est favorable au lancement d'auditions devant Parlement.

À lire aussi — Canal+ a décidé d'assigner en justice Mediapro pour 'inégalité de traitement' pour distribuer Téléfoot

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