Voici comment le cimentier LafargeHolcim passait dans sa comptabilité le financement de groupes armés en Syrie

Eric Olsen, l'ancien directeur général de LafargeHolcim. Facebook/LafargeHoclim

Le cimentier franco-suisse LafargeHolcim a contribué au financement de groupes armés en Syrie en rémunérant un intermédiaire à hauteur de 100.000 euros par mois en 2013, selon Le Canard Enchainé, citant des auditions ayant eu lieu lors d'une enquête préliminaire sur la base d'une plainte de Bercy relative à une éventuelle infraction au code des douanes.

Depuis, le Parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour "financement d'entreprise terroriste et mise en danger de la vie d'autrui." LafrageHolcim est soupçonnée d'avoir contribué à financer l'organisation Etat islamique

Le journal indique que le cimentier et sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS) — qui gérait la cimenterie de Djalabiya, dans le Nord de la Syrie — rémunérait jusqu'à 100.000 euros un "partenaire", Firas Tlass, fils de l'ancien ministre syrien de la Défense. Ce coût comprenait le montant des pots de vins qui devaient assurer la sécurité des employés "aux différents passages", a expliqué aux enquêteurs Bruno Pescheux, directeur de Lafarge Syrie jusqu'en juin 2014.

L'usine — désormais maîtrisée par l'armée régulière de Bachar El Assad — était à l'époque au milieu d'affrontements entre kurdes, milices d'Al-Nosra (Al-Qaida), l'Etat islamique et soldats du régime syrien.

Le système était rôdé puisque Lafarge comptabilisait ces émoluments. Selon Le Canard Enchainé, "ces oboles" figuraient officiellement comme "des frais de représentation engagés par une société extérieure à Lafarge."

Lafarge a reconnu ces arrangements au sortir d'une enquête interne — sans toutefois établir avec certitude les destinataires finaux de ces fonds.

L'enquête de police cherche à déterminer le niveau des responsabilités des dirigeants de Lafarge. Le directeur de la sûreté locale déclare en tout cas avoir discuté "deux à trois fois par mois" avec Bruno Lafont, l'ancien co-président non exécutif du groupe. Eric Olsen, son successeur, qui a démissionné cet été, aurait participé à des réunions à ce sujet.

Le Monde avait révélé l'affaire le 21 juin 2016. Le journal affirme que ces arrangements ont profité à l’organisation Etat islamique (EI) qui s'est emparée de l'usine le 19 septembre 2014. 

Lors de son audition, l'un des responsables au Moyen-Orient de Lafarge avoue avoir lu le nom de "Daech ou le présumé Daech" sur l'un des reçus, et cela représentait "10% des sommes" versées aux racketteurs selon les propos rapportés par le Palmipède.

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