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Missile hypersonique ou vaisseau spatial ? La Chine a testé un engin qui a fait le tour de la Terre

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Missile hypersonique ou vaisseau spatial ? La Chine a testé un engin qui a fait le tour de la Terre
La Chine modernise ses capacités balistiques © Zoya Rusinova / Getty Images
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La Chine a testé en août dernier un missile hypersonique à capacité nucléaire, placé en orbite basse autour de la Terre, avant de redescendre vers sa cible à plus de cinq fois la vitesse du son. C’est ce qu’affirme le Financial Times en se basant sur plusieurs sources. La République populaire a réfuté ce rapport lundi, affirmant qu'elle avait effectué un test de routine d'un véhicule spatial.

Le journal économique, citant cinq personnes connaissant bien le test chinois, a déclaré samedi que les services de renseignement américains avaient été surpris par les capacités démontrées lors du test de missile. Un essai qui a indiqué que la Chine faisait des progrès bien plus importants dans le développement d'armes hypersoniques qu'on ne le savait auparavant. Mais lundi, le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Zhao Lijian, a affirmé que la Chine avait testé une technologie de vaisseau spatial réutilisable, et non un missile.

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Les deux explications très différentes fournies pour les essais ne s'excluent pas nécessairement l'une l'autre, a déclaré un autre expert à Insider. "Cela nous ramène à l'un des problèmes que pose toute technologie des missiles, à savoir qu'une grande partie de celle-ci a une fonction à double usage", a confié à Insider Ian Williams, directeur adjoint du projet de défense antimissile au Centre d'études stratégiques et internationales.

"Nous l'avons vu avec l'Iran. Nous l'avons vu avec la Corée du Nord lorsqu'elle développait des missiles balistiques intercontinentaux. Ces pays testent des choses qui peuvent ressembler un peu à une sorte de technologie spatiale pacifique, mais en réalité, il y a un objectif militaire derrière", a encore précisé Ian Williams.

“Le premier missile balistique intercontinental était la fusée R-7 soviétique. C’était la même fusée qui a propulsé Vostok, le premier vaisseau spatial habité, et le cosmonaute Youri Gagarine dans l'espace”, a rappelé le directeur.

Le rapport du Financial Times a été publié après une vague déclaration faite en août dernier par le chef du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord, le général Glen VanHerck. Ce dernier a affirmé que la Chine avait "récemment fait la démonstration de capacités très avancées en matière de planeurs hypersoniques".

Bombardement depuis l'espace

Le haut gradé a également affirmé que les capacités chinoises émergentes pourraient poser "des défis importants à la défense anti-missiles de l’Amérique du Nord à fournir une alerte aux menaces et une évaluation précise des attaques". En septembre dernier, le secrétaire de l'armée de l'air américaine, Frank Kendall, a déclaré que la Chine avait "le potentiel pour frapper des cibles partout sur la planète depuis l'espace". "Des armes peuvent être potentiellement lancées dans l'espace avant de rentrer dans l’atmosphère pour détruire une cible. C’est une idée datant déjà de la guerre froide qui a été baptisée : bombardement orbital fractionné (FOBS)", a précisé Frank Kendall.

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L'Union soviétique a déployé des porteurs d'ogives nucléaires pendant la guerre froide, mais ces systèmes ont été abandonnés par la suite. "Si vous utilisez ce type d'approche, vous n'avez pas besoin d'utiliser une trajectoire traditionnelle en cloche comme les missiles balistiques intercontinentaux", a déclaré Frank Kendall, expliquant que "c'est un moyen d'éviter les systèmes de défense et les systèmes d'alerte de missiles."

Ce système d'armement permet à un adversaire de lancer des missiles au-dessus du pôle Sud, en contournant efficacement les systèmes de défense américains axés sur les menaces plus traditionnelles des engins qui viendraient du pôle Nord.

Après les remarques de Frank Kendall, qui n'a pas dit que la Chine cherchait activement à se doter de cette capacité, Jeffrey Lewis, directeur du projet de non-prolifération d’armes atomiques en Asie de l'Est à l'Institut d'études internationales de Middlebury, a déclaré qu'il "ne serait pas surpris si la Russie, la Chine ou la Corée du Nord relançaient le développement de ce genre de missiles" pour contrer les systèmes de défense antimissile américains.

Contrairement aux armements déployés par l’URSS pendant la guerre froide, le système que la Chine aurait testé utilise un véhicule de descente hypersonique plutôt qu'un véhicule de rentrée traditionnel à capacité nucléaire.

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Les missiles hypersoniques, un domaine clé de la concurrence stratégique entre les grandes puissances, constituent un défi de taille pour les défenses antimissiles, car ces armes peuvent être manœuvrées et peuvent voler à grande vitesse avec des trajectoires imprévisibles, ce qui les rend plus difficiles à suivre et à intercepter.

Les forces de défense peuvent même ne pas voir venir une attaque de ce type, ce qui complique encore les choses. Selon l'analyste Ian Williams, si les États-Unis pouvaient suivre la plate-forme de lancement orbitale, ils pourraient tenter de l'intercepter, mais l'interception des véhicules hypersoniques est impossible pour les capacités actuelles.

Il n'est toujours pas clair si la Chine développe et teste réellement des armes de type FOBS ou un système connexe. Les médias chinois ont déclaré que les informations selon lesquelles le pays testait un missile hypersonique à capacité nucléaire pouvant être lancé depuis l'orbite étaient une propagande médiatique occidentale.

En l'état actuel des choses, Pékin, qui semble accroître sa force de missiles balistiques intercontinentaux, disposerait d'une capacité de frappe nucléaire suffisante pour submerger les défenses américaines. Les États-Unis disposent de leur propre arsenal nucléaire à des fins de dissuasion.

Version originale : Ryan Pickrell / Insider

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