Les sondes Voyager de la NASA sont les engins spatiaux les plus importants jamais lancés — et pourraient être la dernière preuve de l'existence de l'humanité

Les sondes Voyager de la NASA sont les engins spatiaux les plus importants jamais lancés — et pourraient être la dernière preuve de l'existence de l'humanité

Une illustration de la sonde Voyager, qui transporte à son bord un disque d'or. NASA/JPL-Caltech

Dans quelques milliards d'années, le soleil va commencer à mourir, ce qui conduira à la destruction de tout son système, dont fait notamment partie la Terre.

Heureusement, la galaxie aura à son arc les sondes jumelles Voyager de la NASA pour immortaliser ce moment. L'une d'elles a d'ailleurs été lancée il y a tout juste 40 ans, le 5 septembre 1977.

Les deux sondes, qui fonctionnent à l'énergie nucléaire, ont été lancées en 1977 par la NASA et sont devenues les premiers et seuls robots à avoir pris des photos en gros plan d'Uranus et de Neptune, de leurs lunes et anneaux et d'autres objets situés aux marges du système solaire.

Les sondes du programme Voyager ont aussi à leur bord des disques d'or contenant des sons, images et autres informations concernant la Terre — autrement dit, un catalogue basique de l'humanité que les extraterrestres pourraient un jour découvrir et décoder. 

La mission Voyager a été racontée dans un documentaire de la PBS, diffusé pour la première fois aux Etats-Unis le 23 août dernier et qui sera rediffusé le 13 septembre prochain.

"Dans 50 ans, Voyager sera le projet scientifique du 20e siècle", dit Brad Smith, scientifique en charge de l'imagerie du programme Voyager, dans le documentaire. 

Voici pourquoi de nombreux scientifiques et ingénieurs ont non seulement acclamé Voyager comme la mission spatiale la plus lointaine, la plus rapide et à la plus grande longévité, mais aussi comme l'une des plus grandes prouesses de l'humanité. 

La NASA a commencé à travailler sur la mission Voyager en 1972 avec un budget de 865 millions de dollars, ce qui équivaut à environ 5 milliards de dollars actuels.

Une illustration de la sonde Voyager. NASA

Source: NASA/JPL-CaltechBureau of Labor Statistics

Le but était de visiter les marges du système solaire, en utilisant un alignement des planètes qui n'a lieu que tous les 176 ans. La gravité des planètes accélérerait le vaisseau spatial permettant à au moins une sonde de visiter Uranus et Neptune pour la première fois.

Source: "The Farthest"/PBS

La NASA avait peur que les champs magnétiques de Jupiter puissent court-circuiter les sondes Voyager. Les ingénieurs ont ainsi eu l'idée de protéger et de mettre à la terre les câbles des sondes à l'aide de papier aluminium et ça a marché.

Du papier aluminium a été utilisé isoler et mettre à la terre les câbles extérieurs de Voyager. NASA/JPL-Caltech

Source: "The Farthest"/PBS

La sonde Voyager 2 s'est envolée dans l'espace le 20 août 1977. A la confusion générale, Voyager 1 est quant à elle partie plusieurs semaines plus tard, le 5 septembre 1977.

Voyager 2 s'envole depuis le centre spatial Kennedy de la NASA à Cape Canaveral (Floride), le 20 août 1977. NASA/JPL

Mais comme les scientifiques interrogés dans le documentaire l'expliquent, ils voyaient les choses sur le long terme: Voyager 1 se déplacerait plus rapidement et finirait par doubler Voyager 2.

Source: "The Farthest"/PBS

Les deux lancements ont pas mal stressé les scientifiques. Par exemple, des vibrations imprévues de la fusée ont détraqué l'ordinateur de Voyager 2, qui ne se laissait plus piloter pendant plusieurs jours. Heureusement, une correction du logiciel à distance a mis fin au problème.

Une partie du système informatique de la sonde Voyager. Smithsonian National Air and Space Museum

"Il y a eu du suspense", a dit dans le documentaire Fred Locatell, un ingénieur de la mission Voyager. "Ça aurait pu être la fin de la mission."

Source: "The Farthest"/PBS

Par ailleurs, la fusée porteuse de la sonde Voyage 1 a eu une fuite pendant le lancement. La fusée a dû consommer plus d'essence que prévu.

Si la fusée avait perdu plus d'essence qu'on ne le pensait, la mission Voyager 1 aurait pu être un échec. 

"Au lieu d'atteindre Jupiter, nous aurions pu aller tout près de Jupiter — et ensuite la sonde serait revenue vers le Soleil, ce qui n'aurait pas été une bonne chose", a dit John Casani, chef de projet de la mission, dans le documentaire.

Source: "The Farthest"/PBS 

Les deux sondes Voyagers ont exploré Jupiter, prenant de la vitesse sur le chemin. Avant le programme Voyager, aucun engin spatial n'avait jamais pris d'images si détaillées de Jupiter... 

La grande tache rouge de Jupiter, vue par Voyager 1 en 1979. NASA/JPL; Björn Jónsson/IAAA

Les sondes Voyager ont aussi pris des photos inédites des lunes de Jupiter, dont notamment Europe. Cette lune glaciale abrite sous sa surface un océan qui pourrait contenir plus d'eau liquide qu'il existe sur la Terre entière.

Une photo mosaïque d'Europe, la lune glaciale de Jupiter, vue par la sonde Voyager 2. NASA/JPL

Source: Business Insider

Les deux sondes ont aussi pris des photos extrêmement détaillées de Saturne...

Une image de Saturne en fausse couleur prise par Voyager 1 en 1980. NASA/JPL-Caltech

... et de ses lunes, comme Titan. Beaucoup de scientifiques estiment d'ailleurs que Titan est une "proto-Terre", en raison d'une taille similaire, une atmosphère brumeuse et la présence abondante de carbone.

La lune Titan vue par Voyager 1. NASA/JPL

Jusqu'à présent, Voyager 2 a été le premier robot à voler près d'Uranus et à la photographier. La sonde a notamment découvert que celle-ci tournait sur le côté mais on ne sait pas pourquoi...

Une photo en vraie couleur d'Uranus (à gauche) et une autre en fausse couleur prise par la sonde Voyager 2 au tournant de 1986. NASA/JPL-Caltech

Voyager 2 a aussi découvert qu'Uranus avait des douzaines de lunes...

Une photo de Miranda, l'une des lunes d'Uranus, prise par Voyager 2. NASA/JPL-Caltech

...Et qu'elle avait des anneaux de glace et de poussière.

Une photo d'Uranus prise par Voyager 2 en 1986, qui a été modifiée pour qu'on puisse y voir ses lunes et ses anneaux. NASA/JPL-Caltech

Voyager 2 est encore la seule sonde qui est passée près de la planète la plus éloignée du système solaire, Neptune...

Une vue en fausse couleur de Neptune prise par Voyager 2 qui révèle une brume de méthane en rouge. NASA

... Et a vu la grande tache sombre de la géante gazeuse.

La sonde a aussi photographié sa grande lune glaciale appelée Triton, en train de cracher des geysers de nitrogène à sa surface.

Une mosaïque d'images de la lune de Neptune, Triton, prise en photo par Voyager 1 en 1989. NASA/JPL/USGS

Même si les deux sondes ont terminé leurs missions principales depuis des décennies, elles se sont déplacées au-delà des confins du système solaire — et dans une région entre les étoiles.

Une illustration de la sonde Voyager en train de quitter le système solaire. NASA/ESA/G. Bacon (STScI)

Les sondes contactent régulièrement la Terre bien qu'elles soient à plus de 17.059 milliards de kilomètres. Elles rapportent les données qu'elles peuvent grâce aux instruments qui fonctionnent toujours.

Les antennes Canberra de la Deep Space Network écoutent régulièrement les signaaux émis par les sondes Voyager. NASA

Plus de 40 ans après leur lancement, les sondes Voyagers sont fonctionnelles car elles sont alimentées au plutonium-238, un sous-produit radioactif issu de la production d'armes nucléaires pendant la Guerre froide.

Des matériaux spéciaux entourent le plutonium pour permettre de transformer la chaleur qu'il dégage en électricité. Chaque sonde Voyager possède trois générateurs d'énergie nucléaire. Ensemble, ils produisent 420 watts au lancement, autrement dit la moitié de l'énergie d'un micro-ondes.

La moitié de n'importe quelle quantité de plutonium-238 se détériore en 87,7 ans, ces générateurs produisent désormais trois quarts de la puissance de départ.

Même une fois que ces batteries seront mortes, les sondes continueront de transporter les disques d'or sur lesquels ont été enregistrés des images et des sons de la Terre. 

Le disque d'or et le drapeau américain qui est attaché à chacune des deux sondes Voyager. NASA/JPL-Caltech

La pochette de chaque disque renferme des instructions minutieuses sur la manière dont doit être utilisé le stylet pour lire les données. Ces instructions ne sont pas écrites en anglais, mais en language mathématique qu'un extraterrestre intelligent pourrait comprendre.

"Il s'agit, à très long terme, peut-être de l'unique preuve de notre existence", a dit Frank Drake qui a travaillé sur le projet du disque d'or (qui a aussi mis au point l'équation de Drake).

Une vue de l'Afrique prise par les astronautes d'Apollo 11, le 20 juillet 1969. NASA/Flickr

Le président américain Jimmy Carter a laissé le message le plus visionnaire à la personne (ou à la chose) qui découvrira les sondes: "Ceci est un présent d'un petit monde éloigné, un témoignage de nos sons, notre science, nos images, notre musique, nos pensées et nos sentiments. Nous tentons de survivre à notre époque afin de pouvoir vivre dans la vôtre."

Le président américain Jimmy Carter, le 31 janvier 1977. Wikipedia; Library of Congress

Version originale: Dave Mosher/Business Insider

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  1. homer

    Les antennes Canberra de la Deep Space Network écoutent régulièrement les signals émis par les sondes Voyager

    les signals ??? vraiment ???

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