Cliente faisant des courses dans un supermarché. Business Insider France/Elisabeth Hu

Ils ne seront pas sur les Champs-Elysées mais se mobiliseront en région. Les agriculteurs seront dans la rue la semaine prochaine. "Pas toute la semaine", promet la FNSEA, mais certains jours en fonction des actualités des délégations locales et "dans le respect des biens et des personnes". 

Mais "nous ne rejoignons pas les 'Gilets jaunes'", a tenu à préciser Christiane Lambert, présidente de la FNSEA.

Et pour cause, le principal syndicat agricole porte trois revendications. Il demande la suppression de la taxe sur la transition écologique payée par les agriculteurs, l'arrêt du dénigrement de la profession d'agriculteur et surtout la publication comme prévue des ordonnances de la loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable au 1er janvier 2019.

Ces ordonnances qui devaient être présentées mercredi 4 décembre 2018 en Conseil des ministres, ne l'ont finalement pas été en raison du contexte tendu sur le pouvoir d'achat.

Alors que le gouvernement cherche à calmer les "Gilets jaunes", il était délicat pour lui de faire entrer en application les deux mesures phares de la loi sur l'alimentation: l'encadrement des promotions et la hausse du seuil de revente à perte, deux mesures synonymes de hausse des prix pour les consommateurs.

Une hausse mesurée selon la patronne de la FNSEA, Christiane Lambert, qui martèle depuis le début de la semaine que "le coût sera de 50 centimes par habitant et par mois". 

C'est déjà trop dans le contexte actuel. Au delà du montant, l'image renvoyée est compliquée à faire passer. D'où cette suspension qui fait des agriculteurs un dégât collatéral de la mobilisation des "Gilets jaunes". 

Pour autant, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, qui multiplie les apparitions dans les médias, a tout de même promis qu'il n'était question que d'un délai "de quelques jours ou un mois". Il maintient que ces ordonnances seront appliquées "en janvier ou en février", c'est-à-dire en plein coeur des traditionnelles négociations commerciales entre les industriels et les distributeurs qui doivent s'achever fin février. 

Plusieurs acteurs du secteur ont néanmoins fait savoir qu'ils étaient très dubitatifs.  

Pour le patron de Système U, Dominique Schelcher, ce report "n'est pas un bon signal".


La veille, l'ANIA, l'Association nationale des industries alimentaires, demandait la mise en oeuvre sans délai de l'application de la loi. 

La Fédération du commerce et de la distribution déplore également le report.


Dans cette affaire, le gouvernement semble pris en tenaille entre les problématiques de pouvoir d'achat des "Gilets jaunes" et les intérêts des agriculteurs.

Difficile équation à laquelle s'ajoute la délicate rédaction des ordonnances elles-mêmes. Si l'objectif de mieux rémunérer les agriculteurs est clairement défini, les moyens pour y parvenir n'ont pas convaincu tous les acteurs du secteur et le front — presque — commun qui était ressorti des Etats Généraux de l'Alimentation se lézarde jour après jour.  

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