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Moderna, Pfizer, Sanofi... Le point sur les vaccins contre le Covid-19 les plus prometteurs


Le processus d'essai vaccinal est codifié et comporte plusieurs étapes. © Sam Moqadam/Unsplash

Le 16 décembre 2019, à l'hôpital de Wuhan, en Chine, un agent infectieux de la famille des coronavirus est décelé chez une femme malade des poumons. Près de 950 000 morts plus tard, tous les laboratoires du monde sont engagés dans une course folle au développement d'un vaccin contre le Covid-19. L'enjeu est de taille : en plus de guérir la planète d'un mal qui la terrorise depuis neuf mois, les États n'ignorent pas le rayonnement diplomatique et les gains financiers conséquents dont bénéficiera l'inventeur du remède.

L'OMS dénombre à ce jour 176 vaccins en développement qui se disputent l'honneur de débarrasser l'humanité du Covid-19. Dont dix sont en phase III des essais cliniques — ultime étape avant une éventuelle homologation par les agences du médicament. Quatre d'entre eux sont sous pavillon chinois. Quatre projets sont portés par des entreprises américaines, dont deux en partenariat avec des sociétés européennes. La Russie et des pays occidentaux sont à l'origine des autres.

D'abord présenté comme un bien public au service de l'humanité, le remède contre le Covid-19 n'échappe pas aux lois du marché : dans un communiqué du 17 septembre, l'ONG Oxfam dénonce la ruée des pays riches sur les candidats les plus avancés. Craignant les échecs de plusieurs projets, et afin de s'assurer un vaccin efficace, les États les mieux armés financièrement ont multiplié des accords avec les groupes pharmaceutiques. L'AFP a par exemple calculé que l'Union européenne, dont les habitants n'excèdent pas 450 millions, a conclu des accords pour un total d'1,5 milliard de doses... Oxfam rapporte que 13% de la population mondiale aurait déjà, à grands coups de millions, accaparé 51% des doses des vaccins candidats en phase III des essais cliniques.

La phase III désigne la dernière étape des essais cliniques d'un vaccin, qui suivent les essais pré-cliniques — sur des animaux. D'ordinaire d'une durée de trois à cinq ans, des tests sont effectués sur un large spectre de volontaires afin d'évaluer le bénéfice-risque de la solution. Business Insider France fait le point sur les vaccins potentiels les plus avancés.

'ChAdOx1', issu du partenariat entre AstraZeneca et l'université d'Oxford, focalise les espoirs en Occident

Le siège d'AstraZeneca, à Cambridge (Royaume-Uni). D Wells/Wikimedia Commons

C'est sans doute le candidat vaccin le plus avancé. Il est actuellement testé sur plusieurs milliers de volontaires à travers le monde — au Royaume-Uni, en Afrique du Sud, aux États-Unis et au Brésil, où l'épidémie est remarquablement vive.

Le groupe pharmaceutique britannique, en partenariat avec l'université d'Oxford, a repris les tests le 12 septembre. Les essais avaient en effet été suspendus pendant une semaine en raison d'une "maladie potentiellement inexpliquée" chez un volontaire. Ce contretemps est d'autant plus surprenant que le candidat vaccin d'AstraZeneca est basé sur un adenovirus — virus composé d'une molécule d'ADN — de chimpanzé modifié, a priori peu dangereux pour l'homme.

"Les essais cliniques du vaccin d’AstraZeneca contre le coronavirus ont repris au Royaume-Uni après que l’Autorité de réglementation sanitaire des médicaments (MHRA) a confirmé qu’il ne présentait pas de danger", a annoncé l'entreprise dans un communiqué. Le patron français d'AstraZeneca, Pascal Soriot, a profité d'une conférence de presse, le 10 septembre, pour relativiser la portée de cette suspension, plutôt habituelle lors du développement d'un vaccin. Optimiste, il estime que la commercialisation pourrait débuter "d'ici la fin de l'année", ou début 2021.

L'Union Européenne a conclu un accord avec le groupe pharmaceutique pour s'assurer 300 millions de doses, avec une option pour 100 millions de doses supplémentaires. Plusieurs pays d'Amérique centrale et du sud ont également précommandé plusieurs millions de doses.

Le Russe 'Spoutnik-V', développé par l'institut Gamaleïa, face au scepticisme européen

Vladimir Poutine affirme que sa fille a testé le vaccin russe contre le Covid-19. klimkin/Pixabay

Le cas du vaccin développé par l'institut Gamaleïa, dépendant du ministère russe de la Santé, a fait couler beaucoup d'encre.

Début août, le gouvernement russe prenait tout le monde de court en annonçant disposer d'un vaccin opérationnel. Le président Vladimir Poutine prétendait même que sa fille se l'était fait inoculer. "Je sais qu'il est assez efficace, qu'il donne une immunité durable", affirmait le pensionnaire du Kremlin. "Spoutnik-V" est entré dans la phase III de son développement, et est actuellement testé sur 40 000 volontaires.

Fin août, une étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet confirmait les résultats russes et concluait que "Spoutnik-V" était "sûr et efficace". Mais de nombreux experts occidentaux doutent de la fiabilité des données transmises par la Russie. 30 scientifiques, pour la plupart européens, ont même publié une lettre ouverte soulignant des incohérences dans les essais préliminaires du vaccin. Ils pointent notamment les similitudes "hautement improbables" dans les données de plusieurs volontaires de l'étude.

De son côté, l'institut Gamaleïa nie toute manipulation des données, et rappelle que les coïncidences existent. Plus d'un milliard de doses auraient déjà été commandées par 20 pays étrangers, a déclaré le fonds souverain russe qui finance le projet.

Ce candidat vaccin, qui reprend le nom du premier satellite artificiel mis en orbite par la Russie au siècle dernier, est basé sur un adénovirus et doit être inoculé en deux temps, à 21 jours d'intervalle. Ce "virus vecteur inoffensif" n'est pas le SRAS-CoV-2 mais un virus proche, qui doit préparer l'organisme à combattre le Covid-19. C'est, à peu de choses près, la même technique que celle d'AstraZeneka.

Avec les deux vaccins du groupe pharmaceutique public SinoPharm, la Chine veut faire oublier ses erreurs dans la gestion de l'épidémie

L'un des deux vaccins de Sinopharm est développé à Wuhan, où l'épidémie aurait débuté en décembre dernier. 云中君/Wikimedia Commons

La Chine affirmait le 14 septembre qu'elle pourrait disposer d'un vaccin opérationnel dès début novembre. Sans préciser de quel vaccin il s'agissait parmi les quatre candidats développé sous sa houlette. Toujours est-il qu'avec le candidat de Sinovac et le remède développé par l'armée chinoise, les deux vaccins potentiels de SinoPharm font partie des projets les plus avancés. Leur développement a en effet débuté sensiblement plus tôt que leurs concurrents.

L'un des deux vaccins potentiels de SinoPharm est développé à Wuhan — où l'épidémie de Covid-19 a débuté. Il est le premier candidat à être entré en phase III. Il s'agit d'un vaccin inactivé : il contient des agents infectieux tués en laboratoire — par opposition aux vaccins vivants atténués, où les agents infectieux sont encore actifs mais rendus pratiquement inoffensifs en laboratoire.

Un second vaccin de SinoPharm est également en phase III des tests. Lui aussi inactivé, il est développé à Pékin.

Le pouvoir chinois subit actuellement les critiques de la communauté internationale pour avoir inoculé des vaccins expérimentaux à des dizaines de milliers de personnes, sans attendre la fin des essais cliniques. Les patrons de Sinovac et Sinopharm auraient été parmi les premiers vaccinés, rapporte Reuters. La Chine communique beaucoup sur ces vaccinations au sein des hautes sphères pour obtenir la confiance du peuple.

Les candidats de Sinovac Biotech, entreprise cotée en Bourse aux États-Unis, et de CanSino en partenariat avec l'armée chinoise, sont aussi en phase III

L'armée chinoise a été mise à contribution dans la recherche d'un vaccin. Marina Valdor/Wikimedia Commons

Point d'innovation du côté de Sinovac : son candidat, sobrement baptisé "CoronaVac", repose sur un principe similaire à celui du vaccin contre la variole. Rudimentaire, le vaccin potentiel a commencé à être développé par l'entreprise chinoise dès janvier 2020, ce qui en fait l'un des projets les plus avancés. Il est actuellement testé au Brésil, durement touché par l'épidémie.

Peu de temps après la quarantaine de Wuhan, la Chine a également mobilisé l'armée dans la recherche d'un vaccin. En association avec la société pharmaceutique chinoise CanSino, le candidat est entré en phase clinique dès le mois de mars. Selon Pékin, relayé par NewsWeek, le vaccin potentiel serait "sûr" et efficace, même en cas d'éventuelles mutations du virus.

La biotech américaine Moderna parie sur l'innovation

Le candidat vaccin de Moderna repose sur une technologie qui n'a pas encore fait ses preuves. Retha Ferguson/Pexels

Comme son compatriote de Pfizer, l'"ARNm-1273" développé par Moderna repose sur une technologie qui n'a pas encore fait ses preuves : l'ARN messager. Les scientifiques pensent pouvoir déclencher une réponse immunitaire en injectant un fragment du code génétique du virus. Les essais à grande échelle ont commencé le 27 juillet et le vaccin devrait être inoculé à 30 000 volontaires. La société entend commercialiser son candidat avant la fin de l'année.

Début août, les États-Unis ont conclu un accord d'1,5 milliard de dollars avec Moderna pour obtenir 100 millions de doses à l'éventuelle commercialisation du vaccin potentiel.

Anticipant l'homologation de son candidat, l'entreprise basée dans le Massachussetts s'est également implantée en Suisse. La Commission européenne a aussitôt commandé 80 millions de doses à la biotech américaine, plus 80 millions en options.

À lire aussi — Voici comment fonctionnera le vaccin contre le coronavirus de Moderna, qui vient d'entamer sa phase finale

L'alliance Pfizer-BioNTech entend fournir les Américains en vaccins avant la fin de l'année

Le siège de Pfizer à New York. jenix89/Wikimedia Commons

"Il y a 60% de chances de savoir si le produit fonctionne d’ici la fin du mois d’octobre", a déclaré Albert Bourla, PDG de Pfizer, le 13 septembre dernier sur CBS News. Le géant pharmaceutique américain entend commercialiser son vaccin avant la fin de l'année. Dans cet objectif, l'entreprise fondée en 1849 s'est alliée avec la société de biotechnologie allemande BioNTech.

Ce candidat vaccin fait partie des trois projets en développement chapeautés par le gouvernement américain. Celui-ci a d'ailleurs déjà commandé 100 millions de doses contre 1,95 milliard de dollars (1,64 milliard d'euros). France 24 rapporte que la Commission européenne serait également entrée en négociations avec l'alliance Pfizer-BioNTech pour une commande de 200 millions de doses du vaccin potentiel, avec 100 millions de doses supplémentaires en option. Enfin, le Japon a précommandé 120 millions de doses.

"BNT162b2", qui repose, comme le vaccin de Moderna, sur la technologie de l'ARN messager, en est actuellement à la phase III des tests. Les essais étaient initialement limités à 30 000 volontaires, mais Reuters rapporte que 44 000 personnes devraient finalement se voir inoculer le candidat vaccin.

À lire aussi — Le patron de Pfizer veut tirer profit de la vente des vaccins contre le Covid-19 aux Etats-Unis

Janssen Pharmaceutica, filiale belge du groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson, va inoculer son candidat vaccin à 60 000 volontaires

Le vaccin potentiel de Johnson & Johnson sera testé sur 60 000 volontaires. Ahmad Ardity/Pixabay

Johnson & Johnson, en partenariat avec le ministère de la Santé américain, développe un candidat vaccin basé sur un vecteur adénovirus. Et la société américaine, qui a confié l'élaboration du remède à sa filiale belge Janssen Pharmaceutica, voit les choses en grand pour la phase finale des essais : le vaccin potentiel a commencé mercredi 23 septembre les test sur 60 000 volontaires du monde entier, notamment aux États-Unis, en Afrique du Sud, au Brésil, en Argentine, en Colombie et au Chili. Soit le double de la plupart de ses concurrents.

Avec le vaccin de la société de biotechnologie Novavax, entré en phase III le 24 septembre, les Etats-Unis ont autant de candidats dans l'ultime phase des essais cliniques que la Chine

La société Novavax est financée par le gouvernement américain.  Katja Fuhlert/Pixabay

La société américaine de biotechnologie Novavax a annoncé jeudi 24 septembre à l'AFP le début au Royaume-Uni un essai clinique de phase III de son vaccin expérimental contre le Covid-19. 10 000 participants de 18 à 84 ans devraient se voir inoculer le vaccin.

Le Royaume-Uni, durement touché par l'épidémie, n'a pas été choisi au hasard. "En raison du haut niveau actuel de transmissions de SARS-CoV-2, et étant donné qu'il continuera probablement à être élevé au Royaume-Uni, nous sommes optimistes que l'essai clinique bénéficiera d'un recrutement rapide", espère Gregory Glenn, directeur de la recherche et du développement, dans un communiqué.

La société Novavax est financée par le gouvernement américain. Elle aurait reçu plus de 1,6 milliard de dollars d'argent public américain pour financer la production de 100 millions de doses, selon l'AFP.

À la traîne, le duo franco-britannique Sanofi-GSK table tout de même sur le premier trimestre de 2021

Un immeuble du groupe Sanofi, à Massy (Essonne).

C'est la seule alliance de cette liste qui n'est pas entrée dans la phase III des tests : les partenaires Sanofi et GlaxoSmithKline effectuent des essais cliniques sur l'homme depuis le 3 septembre. 440 volontaires randomisés se verront inoculer le candidat vaccin, annonce le géant pharmaceutique français dans un communiqué. C'est le début de la phase I/II. Malgré des essais précliniques "prometteurs", le duo franco-britannique accuse du retard sur les neufs candidats vaccins déjà en phase III.

Le candidat développé par Sanofi utilisera une protéine recombinante, une technique déjà employée par le laboratoire pour produire un vaccin contre la grippe saisonnière. Sur France Inter, le 5 septembre, Olivier Bogillot, président de Sanofi France, a déclaré que le vaccin devrait coûter "moins de 10 euros" en cas de commercialisation. La Commission européenne a annoncé le 18 septembre la conclusion d’un accord de précommande de 300 millions de doses à Sanofi et GSK.

Une autre entreprise française a rejoint la course au remède contre le Covid-19 : la société pharmaceutique Valneva, spécialisée dans les vaccins pour les voyageurs. Son potentiel vaccin devrait démarrer la phase I des essais cliniques en décembre. La Grande-Bretagne, séduite par la méthode éprouvée du laboratoire, aurait déjà commandé 60 millions de doses, rapportent Les Échos.

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