La représentation d'un artiste du Space Launch System de la NASA propulsant un équipage en orbite. NASA/MSFC

  • La NASA est en train de construire une fusée lourde appelée "Space Launch System (SLS)" pour renvoyer des astronautes sur la Lune.
  • Le programme SLS a connu de nombreux retards et a engendré des coûts supplémentaires, sans oublier que la fusée n'est pas réutilisable.
  • Les sociétés aérospatiales SpaceX et Blue Origin d'Elon Musk et Jeff Bezos respectivement, développent des fusées spatiales géantes comparables mais réutilisables (et probablement plus économiques).
  • Si la Big Falcon Rocket (BFR) de SpaceX ou les fusées New Glenn de Blue Origin sont mises en service, un responsable de la NASA a déclaré que l'agence "pourrait abandonner" le SLS.
  • Mais pour le moment, la NASA a déclaré qu'elle terminerait son "Commercial Crew Program" pour tester le lancement de vaisseaux spatiaux américains.

La NASA est actuellement en train de construire une fusée géante pour renvoyer des astronautes sur la Lune et possiblement transporter les premiers équipages vers et depuis Mars.

Mais les dirigeants de l'agence spatiale envisagent déjà la mise hors service du Space Launch System, le nom donné à l'imposante fusée gouvernementale qui n'a pas encore volé, ainsi qu'à la capsule Orion qui volera au-dessus.

La NASA prévoit d'ores et déjà l'émergence de deux méga-fusées réutilisables, et probablement plus économiques, conçues par des sociétés aérospatiales privées.

Ces fusées sont la Big Falcon Rocket (BFR) construite par SpaceX d'Elon Musk et le New Glenn, un lanceur construit par Blue Origin de Jeff Bezos.

"Je pense que si ces engins arrivent à la phase de commercialisation, nous considérerons l'abandon du système gouvernemental et un transfert des ressources pour acheter des lancements sur ces fusées", a déclaré Stephen Jurczyk, administrateur adjoint de la NASA, à Business Insider US au Sommet sur l'espace du magazine The Economist le 1er novembre dernier.

Cependant, la NASA pourrait bientôt se retrouver dans une situation étrange, car les deux systèmes de lancement privés pourraient repousser le lancement de SLS sur la Lune —et l'un deux pourrait être le premier à envoyer des gens sur Mars.

La super-taille se bat avec la fusée SLS

Patrick Shea inspecte une maquette à l'échelle 1,3% du SLS de la NASA dans une soufflerie. NASA/Ames/Dominic Hart

On dit souvent que le Space Launch System est une fusée très lourde. Cela signifie qu'elle est conçue pour envoyer une charge de plus de 55 tonnes (à peu près le poids d'un char de combat) sur une orbite terrestre basse.

"Nous avons besoin d'une capacité de lancement super lourde", a déclaré Stephen Jurczyk. "Sans cela, nous n'aurons pas d'architecture et d'implémentation sûres, fiables et économiques pour l'exploration humaine."

Plusieurs itérations du SLS sont prévues au cours de l'année 2020. La première s'appelle Block 1. Cette fusée devrait mesurer environ 98 mètres de hauteur et permettre d'envoyer environ 70 tonnes de matériel et de fournitures en orbite.

La NASA espère tester et lancer la première fusée Block 1 en juin 2020 sur un vol appelé Exploration Mission-1 (EM-1). La mission a pour but de prouver que le SLS est sûr et fiable en envoyant la capsule Orion sans équipage autour de la Lune et sur Terre.

Une deuxième mission d'exploration en équipage (EM-2) pourrait suivre quelques années plus tard.

Voici comment la NASA envisage de réaliser son vol Exploration Mission 2 avec la fusée Space Launch System et le vaisseau spatial Orion. NASA

Jusqu'à présent, la NASA a dépensé environ 11,9 milliards de dollars (10,41 milliards d'euros) pour le programme SLS, et l'agence spatiale aurait besoin de 4 à 5 milliards de dollars (3,5 à 4,4 milliards d'euros) de plus que prévu d'ici 2021. De plus, la date de lancement prévue pour l'EM-1 est en juin 2020, donc 2 ans et demi plus tard par rapport à ce qui était prévu. 

Un audit interne du programme de la NASA a révélé que les accidents qui auraient pu être évités, les problèmes de gestion des contrats et d'autres problèmes de performances liés à Boeing, le principal fournisseur, sont en grande partie responsables des coûts supplémentaires et des retards.

Certains experts estiment que le coût moyen d'un lancement de SLS, une fusée à usage unique, est estimé à 5 milliards de dollars (environ 4,4 milliards d'euros). Vraisemblablement, SpaceX ou Blue Origin pourraient être lancés à une fraction de ce prix puisque leurs véhicules à venir sont réutilisables.

Si le programme SLS présente plus de problèmes, il est fort possible que la NASA regarde SpaceX aller sur la Lune avec une mission habitée avant elle. En effet, Elon Musk, le fondateur de la société, s'efforce de respecter les délais pour explorer le système solaire avec BFR.

Comment SpaceX pourrait repousser la NASA sur la Lune

Illustration du Big Falcon Rocket, ou BFR, de SpaceX dans l'espace. Ici, le vaisseau spatial est montré en train de se détacher du réhausseur. SpaceX

Les employés de SpaceX ont travaillé à Los Angeles pour construire la partie supérieure du système, appelée Big Falcon Spaceship.

Elon Musk et Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, ont tous les deux déclaré que le vaisseau spatial pourrait effectuer des lancements courts appelés "hops" dès la fin de l'année 2019.

Elon Musk prévoit également de transformer l'étage supérieur de sa super-fusée Falcon 9 en un "mini BFR" afin de tester et d'affiner certains des aspects les plus difficiles de la conception d'un vaisseau spatial entièrement réutilisable. Principal obstacle: tester un bouclier thermique qui puisse résister à la rentrée brûlante dans l'atmosphère terrestre (pour protéger l'équipage et permettre le ravitaillement du vaisseau spatial).

Les dimensions prévues du BFR de SpaceX. Olivia Reaney/Business Insider

Elon Musk envisage de lancer en 2020 ou 2021 une version entièrement intégrée de BFR —un propulseur Big Falcon avec le vaisseau spatial Big Falcon au sommet — en orbite autour de la Terre. (À peu près au même moment, Blue Origin envisage d'utiliser New Glenn, dont une grande partie peut atterrir sur la Terre et être réutilisée, afin de déposer un atterrisseur à la surface de la Lune afin de rechercher de la glace fondue.)

Si le premier lancement orbital de SpaceX et, plus tard, les missions sans équipage se déroulent sans explosion ni incident, la société envisage d'envoyer un milliardaire japonais et un groupe d'artistes autour de la Lune en 2023.

Reste à voir comment l'agence spatiale réagirait à un tel exploit, qui est une reprise créative de la mission Apollo 8 de 1968. 2023 est aussi l'année où la NASA prévoit de lancer le satellite EM-2 autour de la Lune.

Une illustration du vaisseau spatial de la Big Falcon Rocket, ou BFR, de SpaceX, volant autour de la lune. SpaceX

On ne sait pas non plus ce que ferait la NASA si SpaceX lançait ses premières missions sans équipage sur Mars avec BFR en 2022, suivies des premières missions avec équipage sur la planète rouge en 2024. C'est plusieurs années en avance par rapport à ce qu'avait prévu l'agence spatiale pour faire atterrir des gens sur la Lune et peut-être une décennie plus tôt que l'atterrissage sur Mars prévu par la NASA. 

"Nous n'avons pas encore formellement engagé de discussions pour savoir comment nous pourrions collaborer avec SpaceX sur la BFR, et éventuellement arriver à une mission vers Mars", a déclaré Stephen Jurczyk. "Mais j'ai le sentiment que cela va arriver."

Une agence spatiale américaine sans vaisseau spatial américain

Neuf astronautes piloteront les quatre premières missions avec équipage à l'intérieur des nouveaux vaisseaux spatiaux de SpaceX et Boeing pour la NASA, appelés respectivement Crew Dragon et CST-100 Starliner. NASA via AP

Stephen Jurczyk a déclaré qu'à l'heure actuelle, lui et d'autres dirigeants de l'agence spatiale se focalisaient sur le lancement des tests de son "Commercial Crew Program", un concours permettant aux entreprises privées de construire et de lancer des vaisseaux spatiaux de fabrication américaine.

Le but ultime du Commercial Crew Program est de raviver les capacités de vol spatial américain que l'agence a perdues lors du retrait de sa flotte de navettes spatiales en 2011. (Depuis, la NASA n'a compté que sur la Russie et ses Soyouz pour conduire ses astronautes vers et depuis la Station spatiale internationale à 150 milliards de dollars).

Boeing et SpaceX ont chacun conçu et fabriqué des vaisseaux spatiaux pour sept personnes, qui sont sur le point d'être approuvés pour des lancements d'essais avec et sans équipage. SpaceX cherche actuellement à être lancé en premier avec son vaisseau Crew Dragon.

"Pour le moment, leur premier test en vol sans équipage est prévu pour janvier. S'en suivra  quelques mois plus tard, peut-être au printemps, leur premier test de vol avec équipage pour la station spatiale", a déclaré Stephen Jurczyk.

Une fois que les vaisseaux Crew Dragon et CST-100 Starliner de Boeing auront prouvé qu'ils pourront se lancer en toute sécurité et de manière fiable, les dirigeants de l'agence pourront débattre davantage sur son avenir dans l'espace lointain avec BFR et New Glenn de Blue Origin.

"Notre engagement dépendra surtout du rythme auquel ces systèmes se développent", a déclaré Stephen Jurczyk.

La clé pour la NASA est d’obtenir une sorte de capacité de transport très lourd, le plus rapidement possible.

"Actuellement, le meilleur moyen d'y parvenir est de le faire via SLS, car nous avons en quelque sorte l'avantage et nous avons hérité de ces technologies et de ces systèmes", a-t-il déclaré, faisant référence au fait que le SLS utilisera des moteurs de navette spatiale et d'autres matériels bien connus.

"Voilà à peu près où nous en sommes", a expliqué Stephen Jurczyk. "Nous savons que nous avons besoin du type de capacité de transport lourd qu'offre le BFR — et quelle que soit l'évolution de New Glenn — si nous prévoyons d'envoyer des humains explorer le système solaire. Nous ne pensons pas qu'une autre approche sera aussi sûre, économique et fiable."

Version originale: Dave Mosher/Business Insider

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