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Néonicotinoïdes : on vous explique rapidement les arguments pour et contre le projet de loi

Néonicotinoïdes : on vous explique rapidement les arguments pour et contre le projet de loi
Champ de betteraves. © Roni86/ Wikimedia Commons

À partir de ce lundi 5 octobre, le projet de loi sur la réintroduction de néonicotinoïdes dans la filière betteraves doit être étudié à l'Assemblée nationale. Mais ce texte controversé suscite de vives tensions. Il concerne une réintroduction seulement temporaire — jusqu'au 1er juillet 2023 — de ce type d'insecticide, agissant sur le système nerveux central des insectes. Les apiculteurs et les écologistes dénoncent un retour en arrière. Depuis septembre 2018, à la suite de la loi sur la biodiversité du 8 août 2016, l'utilisation des produits contenant des néonicotinoïdes et des semences traitées avec ces produits est interdite en France.

Le gouvernement justifie de son côté cette mesure ciblée par la nécessité de sauvegarder une filière qui emploie 46 000 personnes en France, dont 25 000 agriculteurs. Arguments écologiques et économiques se trouvent ainsi renvoyés dos à dos. Le texte élaboré par l'exécutif répond au cri d'alarme des producteurs de betterave sucrière, en raison de la prolifération d'un puceron vert vecteur de maladie qui ravage les récoltes dans de nombreuses régions. En cause, un hiver 2019 et un printemps 2020 trop doux qui a facilité la propagation du virus.

Des baisses de rendement de 30% à 50% avancées par le gouvernement

Atteintes de "jaunisse", les betteraves voient leur système immunitaire affaibli. Et elles produisent moins de sucre. La réintroduction de semences de betteraves enrobées avec des néonicotinoïdes doit aider à protéger les rendements sucriers. Selon l'étude d'impact du projet de loi, les pertes de rendement pour 2020 pourraient aller de 30% à 50%, "voire 70% dans certains cas".

Le rétropédalage du gouvernement s'appuie sur l'article 53 du règlement européen du 21 octobre 2009 sur les produits phytopharmaceutiques, permettant de déroger à l'interdiction des néonicotinoïdes en l'absence d'alternative. Dix pays membres ont déjà dérogé à l'utilisation de produits néonicotinoïdes sur ce fondement en 2020, avance l'exécutif.

Des produits contribuant au déclin des abeilles

Mais les néonicotinoïdes, qui attaquent le système nerveux des insectes, désorientent les pollinisateurs et contribuent au déclin des colonies. "C'est inadmissible de vouloir réintroduire ces poisons", a déploré auprès de l'AFP Dominique Cena, secrétaire général de l'Union nationale de l'apiculture française (UNAF). "On sacrifie une fois de plus la filière apicole qui souffre depuis plus de 20 ans", a-t-il ajouté, évoquant "300 à 320 000 colonies (d'abeilles) au tapis chaque année".

Il s'exprimait lors de la journée de happening sur l'esplanade des Invalides, à Paris, des "577 abeilles", du nombre de députés à l'Assemblée nationale. À l'appel de l'ONG Agir pour l'environnement, cette manifestation a rassemblé le 23 septembre plusieurs autres ONG comme Générations Futures, Greenpeace ou encore Foodwatch, ainsi que des représentants des apiculteurs, des organisations agricoles telles que la Confédération paysanne et des élus de gauche et écologistes.

"Globalement, dans mes champs j'ai besoin des insectes, donc dès lors que des néonicotinoïdes sont utilisés, ils vont tuer les pucerons mais aussi la grande famille des insectes dont certains sont absolument utiles à mon système de production", a assuré à l'AFP Guillaume Riou, président de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB). Il se prononce pour le développement de la filière betteraves bio, qui compterait aujourd'hui seulement 1 500 hectares.

Clivage politique

L'ancien ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot a aussi appelé les députés à ne pas voter le projet de loi. "Réautoriser les néonicotinoïdes n'est pas la solution", a-t-il estimé dans un entretien accordé au Journal du Dimanche. Il suggère plutôt d'indemniser les betteraviers pour leurs pertes en échange de la mise en place de certaines pratiques : "allongement des rotations, réintroduction des haies..."

Mais pour le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, "il n'y a pas d'alternative, y compris économique" à la réintroduction des néonicotinoïdes, a-t-il assuré sur France 3, rapporte l'AFP. "L'écologie ce n'est pas tuer une filière pour importer du sucre", a-t-il ajouté, mettant en avant un enjeu de "souveraineté économique" face à la concurrence de la Pologne, de la Belgique et de l'Allemagne. Il va encore plus loin : "Nombre de planteurs, en ce moment même, hésitent à replanter des betteraves" et "si les sucreries ferment, c'est toute la filière de la betterave qui peut disparaître en une ou deux saisons".

Quelque 150 personnalités de gauche et écologistes — comme Olivier Faure, Premier secrétaire du Parti socialiste, Julien Bayou, secrétaire national d'EELV, Alexis Corbière, député LFI, André Chassaigne, député PCF ou encore Delphine Batho, députée Génération Ecologie — ont signé une tribune dans Le Monde mercredi 23 septembre pour alerter sur le "recul démocratique majeur" et le "contresens historique" que constitue le projet de loi sur les néonicotinoïdes, conçu selon eux "sous la pression des lobbys de l'agriculture".

Ils dénoncent une "régression environnementale" et appelle les parlementaires à s'opposer à "cette loi indigne" pour "empêcher un écocide". Si des députés LREM, comme Yves Daniel ou Sandrine Le Feur, ont annoncé leur opposition au texte, le gouvernement devrait pouvoir bénéficier du soutien des autres membres de sa majorité et des élus LR.

À lire aussi — La loi Egalim n'a pas permis aux agriculteurs de mieux gagner leur vie en 2019

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