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Netflix voudrait se lancer dans le jeu vidéo, une mauvaise idée selon certains experts

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Netflix voudrait se lancer dans le jeu vidéo, une mauvaise idée selon certains experts
Les deux co-directeurs généraux de Netflix, Reed Hastings et Ted Sarandos. © Getty Images
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Avec plus de 200 millions d'abonnés payants dans le monde, Netflix est un mastodonte absolu. Le géant du divertissement en streaming a réussi à passer du statut de startup qui payait pour obtenir le droit de diffuser les contenus des autres à celui d'acteur majeur d'Hollywood, investissant des dizaines de millions de dollars dans ses propres productions. Alors, quelle est la prochaine étape pour Netflix ? La réponse à cette question, du moins en partie, semble être les jeux vidéo.

Selon un article récent de The Information, Netflix est à la recherche d'un responsable des jeux vidéo pour l'aider à développer son initiative dans ce domaine. Si la société a reconnu son intérêt pour le divertissement interactif, elle n'a pas encore décidé ce que cela signifierait en pratique. L'octroi de licences pour les éditeurs de jeux existants ? Développer ses propres jeux ? Et comment pourrez-vous jouer à ces jeux ? Si nous ne savons pas encore grand-chose des projets de Netflix, une chose est claire pour l'instant : si Netflix s'implique dans les jeux vidéo, il est presque certain que la société échouera.

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"Je pense qu'ils vont essayer, et je pense qu'ils vont échouer", a déclaré Michael Pachter, directeur général du fonds d'investissement Wedbush, à Insider. "C'est difficile de faire des jeux".

"Black Mirror : Bandersnatch" est un "film interactif" disponible sur Netflix. Netflix

En effet, l'industrie du jeu vidéo est une activité très risquée, et même des studios bien établis, dotés de talents de premier plan et d'années d'expérience, font régulièrement faillite. "Nous avons les échecs de THQ, Midway, Acclaim, 3DO, BAM, Eidos, Atari, Infogrames, Interplay, et probablement quelques autres pour illustrer à quel point c'est difficile", a déclaré Michael Pachter. "Je ne vois pas comment Netflix pourrait penser qu'ils peuvent développer et vendre des jeux".

Joost van Dreunen, auteur de "One Up : Creativity, Competition, and the Global Business of Video Games", s'est fait l'écho du scepticisme de Michael Pachter. "Les grandes entreprises technologiques sont nulles en matière de jeux", a-t-il déclaré à Insider. Il a cité les projets Stadia de Google, Luna d'Amazon et les efforts dispersés de Facebook en matière de jeux au cours de la dernière décennie, comme exemples des échecs systématiques des grandes entreprises tech en matière de jeu vidéo.

Aucun géant de la tech n'est un acteur majeur du marché

Google, Amazon et Facebook ont investi des centaines de millions de dollars dans les jeux au cours de la dernière décennie, mais aucun n'est un acteur majeur du marché des jeux vidéo. "Ils considèrent que la distribution passe avant le contenu", a déclaré Joost van Dreunen, "et c'est le contraire qui se produit." Au lieu de créer des jeux vidéo et de construire des marques appréciées, ils se sont largement concentrés sur la mécanique de la façon dont vous achetez et accédez à ces jeux : la plateforme Stadia de Google, un service de streaming de jeux vidéo semblable à Netflix, en est un exemple parfait.

Moins de deux ans après l'annonce par Google d'une importante initiative de développement de jeux dirigée par le créateur d'"Assassin's Creed", Jade Raymond, et moins d'un an après avoir acheté un studio de jeux vidéo, la société a mis fin à ces efforts en février dernier.

Sur quoi se concentre Google pour son service Stadia, plutôt que de créer des jeux pour celui-ci ? Un "accent accru sur l'utilisation de notre plate-forme technologique pour les partenaires de l'industrie", a déclaré Phil Harrison, vice-président de Google Stadia, dans un billet de blog — un retour en arrière assez important par rapport à l'annonce fracassante de Stadia en 2019, qui promettait un nouveau service numérique qui concurrencerait des marques comme Nintendo, la PlayStation de Sony et la Xbox de Microsoft.

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Reuters Lors de la présentation de Google Stadia en 2019.

Pour Netflix, qui a l'avantage de posséder une franchise populaire comme "Stranger Things" qui pourrait se prêter à des adaptations en jeux vidéo, un autre problème existe. "Construire des jeux à partir d'une propriété intellectuelle détenue est également super difficile", a déclaré Michael Pachter. "Disney a échoué au moins trois fois en essayant de le faire, et sa marque est beaucoup plus forte que celle de Netflix."

Au cours des dernières années, les plus grandes propriétés de Disney — des personnages de Marvel à la franchise "Star Wars" — ont trouvé le succès dans le domaine des jeux grâce à Disney qui a largement cédé le contrôle créatif aux grands éditeurs de jeux vidéo.

Parmi les exemples, citons le jeu "Marvel's Spider-Man" de 2018 et "Star Wars Jedi : Fallen Order" de 2019. Le premier, un jeu exclusif à la PlayStation 4 réalisé par Insomniac Games, s'est vendu à plus de 20 millions d'exemplaires. Le second, un jeu "Star Wars" multiplateforme avec des personnages et une histoire originaux, s'est vendu à plus de 10 millions d'exemplaires. Au prix unitaire d'environ 60 dollars (50 euros environ), chaque jeu a généré plus d'un milliard de dollars (820 millions d'euros environ) de ventes.

"Marvel's Spider-Man" est sorti en 2018 sur PlayStation 4. Sony/Marvel

Netflix pourrait suivre un modèle similaire et potentiellement trouver le succès.

La société pourrait aussi créer un service de streaming de jeux à succès qui tirerait parti de son service de streaming existant. Elle pourrait passer des années, et dépenser des centaines de millions de dollars, pour faire de ses marques des franchises de jeux majeures.

Ou encore, elle pourrait s'imposer en investissant des milliards de dollars dans un grand éditeur de jeux comme EA ou Ubisoft, un peu comme Amazon a récemment acheté MGM Studios, mais pour les jeux. Cela nécessiterait un engagement institutionnel majeur et à long terme de la part de Netflix, en plus d'investissements financiers importants.

"Il faut avoir l'estomac", a déclaré Joost van Dreunen. Par exemple, si vous regardez Google et Amazon, ils n'ont tout simplement pas les chiffres internes ou la compréhension du secteur pour dire : " Oui, vous savez ce que nous devrions faire ? Dépenser 10 milliards de dollars pour vraiment percer".

Pour sa part, Netflix n'a pas encore détaillé ses plans de jeu — mais la société reconnaît l'intérêt signalé pour un investissement plus important dans le jeu vidéo à l'avenir.

"Nos membres apprécient la variété et la qualité de notre contenu", a déclaré l'entreprise dans un communiqué. "Les membres aiment aussi s'engager plus directement dans les histoires qu'ils aiment — à travers des émissions interactives comme 'Bandersnatch' et 'You vs Wild', ou des jeux basés sur 'Stranger Things', 'La Casa de Papel' et 'A tous les garçons'. Nous sommes donc enthousiastes à l'idée de faire plus avec le divertissement interactif."

Version originale : Ben Gilbert/Insider

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