Notre avis sur le biopic 'Madame Claude', à voir sur Netflix

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Notre avis sur le biopic 'Madame Claude', à voir sur Netflix
Karole Rocher dans "Madame Claude". © Netflix

Après "Bronx" d'Olivier Marchal à l'automne, un deuxième film saute la case cinéma pour se retrouver sur Netflix à partir de ce vendredi 2 avril, alors que la crise sanitaire contraint toujours les salles à la fermeture. "Madame Claude", dernier long métrage de Sylvie Verheyde ("Confession d'un enfant du siècle", "Sex Doll"), revient sur le parcours de la célèbre proxénète du même nom, surnommée "Maquerelle de la République", car elle comptait quelques-uns des principaux hommes d'affaires et gouvernants du pays parmis ses clients, mais aussi des célébrités.

Ses affaires étaient florissantes pendant les années De Gaulle et Pompidou, les autorités laissant son entreprise prospérer en échange d'informations transmises aux Renseignements généraux. C'est en 1968, pendant cette apogée, que s'ouvre le film. Claude, Fernande Grudet de son vrai nom, interprétée par Karole Rocher, recrute la jeune Sidonie, jouée par Garance Marillier, une fille issue d'un milieu favorisé, qui va rapidement apprendre les rouages du métier et devenir son bras droit. Plus qu'un biopic, "Madame Claude" est un portrait de ces deux femmes, de générations et de milieux différents (Claude vient d'une famille modeste de province).

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Claude se montre froide et autoritaire avec "ses filles", les dizaines de prostituées qui travaillent pour elle. "Les hommes nous traitent comme des putes, j'ai décidé d'être la reine des putes", lâche-t-elle au début du film. Elle les considère à peine mieux que de la marchandise. Quand l'une d'entre elles est agressée par un client et doit s'enfuir, Claude demande si elle a quand même été payée et s'inquiète surtout de la mauvaise image que renvoient les bleus sur ses bras.

Mais quand Sidonie débarque, Claude la prend sous son aile. Les deux femmes entretiennent une relation privilégiée. C'est cet élément du film — peut-être le moins réaliste historiquement — qui est le plus réussi et le plus intéressant. La réalisatrice Sylvie Verheyde explique s'être inspirée d'une fille qui a vraiment existé, à laquelle elle a inventé un vie.

Alors que Claude entretient une relation distante avec sa propre fille, qu'elle a eu très jeune, et sa mère, elle va faire de Sidonie sa fille de substitution. On découvre rapidement que cette dernière tombe dans la prostitution car elle a une relation compliquée avec son père, et a vécu un événement traumatisant dans le passé. Ces relations familiales dysfonctionnelles sont au cœur du parcours des deux femmes.

Difficile d'être pleinement embarqué

Au-delà de cette relation, les éléments plus historiques du film sont personnifiés par quelques hommes qui gravitent autour de Claude et de son empire. Le gangster Jo Attia, joué par Roschdy Zem, représente le milieu du banditisme. L'État est incarné par Serge, un agent des RG joué par Pierre Deladonchamps, et Georges, un policier campé par Benjamin Biolay. Les histoires se règlent lors de discussions dans les bars de Pigalle, dans des salons cossus ou par téléphone. On a l'impression que ça parle beaucoup mais qu'il ne se passe pas grand chose sous nos yeux, si bien qu'il est difficile d'être pleinement embarqué dans le monde qu'essaie de dépeindre le film.

Et surtout, le film emploie une voix off, posée d'un ton monocorde par Karole Rocher, pour que Claude nous raconte son ascension et sa chute. Si elle n'est pas omniprésente, cette narration accompagne quand même les principales étapes du récit, et on a un peu l'impression d'être pris par la main à travers une succession de séquences. Surtout dans la dernière partie du film, ou l'on passe du début des années 70 aux années 90 rapidement, pour arriver au dénouement.

Si le scénario peine à nous happer, il reste la reconstitution de l'époque — les décors, la musique, les costumes, et les références à l'actualité — qui nous font passer un bon moment. À cela s'ajoutent une bande son électro efficace et un montage rythmé, pour que "Madame Claude" offre une relecture moderne du mythe, disparu en 2015. Un personnage hors norme qui aurait mérité une série entière, plutôt qu'un simple film de deux heures.

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