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On a testé le stage antistress d'Air France pour apprivoiser sa peur en avion

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On a testé le stage antistress d'Air France pour apprivoiser sa peur en avion
L'atterrissage à l'aéroport de Nice ne s'est pas fait du premier coup. © Business Insider France
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"Fermez les yeux… Prenez une profonde inspiration. […] Pensez aux obstacles qui vous stressent, à tout ce qui vous entrave. […] Accueillez les sensations de relâchement dans tout votre corps. Prenez conscience de votre capacité à évacuer les tensions corporelles, mentales et émotionnelles liées au stress."

La voix de Karine, sophrologue mais aussi hôtesse de l'air, se fait douce et calme, tandis qu'elle guide un exercice d'évacuation du stress dans une pièce ressemblant à s'y méprendre à une salle de classe. Proche de l'aéroport d'Orly, c'est ici que s'entraînent les pilotes, les stewards et les hôtesses de l'air (PNC — Personnel navigant commercial), mais c'est également là qu'Air France accueille des stagiaires venus suivre des modules pour apprivoiser leur peur en avion, un stage d'une journée facturé 690€ par la compagnie aérienne.

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Un stage qui débute avant le jour J

Quelques jours tôt, un entretien téléphonique avec une psychologue d'Air France a permis de "faire un point sur la peur, mais surtout de reconnaître cette souffrance", comme elle l'explique. Car la culpabilité d'avoir peur de prendre l'avion est quasiment toujours présente. "Quelqu'un qui n'a pas cette peur ne peut pas comprendre, il ne sert à rien de parler de statistiques sur la sécurité", poursuit-elle. "Je travaille en partant du principe que nous sommes tous anxieux, plus ou moins évidemment, il ne s'agit donc pas d'éliminer l'anxiété, mais de l'accepter et d'apprendre à la gérer." Elle prévient toutefois : "je ne fais pas de psychothérapie ni de suivi psychologique".

Le profil des participants est varié, mais la psychologue explique qu'ils ont souvent en commun le fait d'avoir des responsabilités importantes, qu'il s'agisse d'un chef d'entreprise ou d'une mère de famille. "La particularité de l'avion, c'est une perte de repères liée à la perte de contrôle avec le sol. Si on est anxieux, on a besoin de contrôle et là il n'y a rien à quoi se raccrocher, c'est la panique à bord", expose la psychologue. Identifier la peur, déculpabiliser, expliquer la démarche du stage permet aux participants d'aborder plus sereinement la journée qui les attend.

Accepter le stress et se relaxer

Retour à Orly, dans les locaux d'Air France. Le stage a lieu en petit comité, trois personnes maximum, afin de permettre des échanges dans un cadre sécurisant et bienveillant. Certains participants se font violence pour s'inscrire au stage, il faut donc créer une atmosphère de confiance. Une sophrologue, une hôtesse de l'air et un pilote sont présents ce jour-là, ils cumulent leur métier de base et les participations aux stages antistress.

Karine, la sophrologue, a une triple casquette de PNC, de sophrologue et d'intervenante sur les stages antistress depuis six ans. Elle explique que tout commence par une définition de la peur et du stress et de ses manifestations physiques. "Il existe des profils différents : la peur du "terrien" est liée au fait de ne plus être au sol, alors que le "décideur" ne supporte pas de n'avoir aucun contrôle sur la situation. Quant à "l'anxieux", il aura peur de tout, quand le "spatiophobe" focalisera sur l'espace en cabine et que le dernier profil se rapporte aux personnes ayant subi un traumatisme lié à l'avion."

Cette première partie est entrecoupées d'exercices de sophrologie, pour prendre conscience des tensions, mais aussi les évacuer. "L'idée c'est de pouvoir reproduire ces exercices lorsque les personnes sont assises dans l'avion. Il s'agit d'apprendre à se sentir en sécurité quand on ne comprend pas et qu'on ne maîtrise pas tout", expose-t-elle.

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Démystifier et expliquer

Emmanuelle, qui anime ce type de stage depuis cinq ans, poursuit pour expliquer son métier d'hôtesse de l'air. Car on est bien loin du cliché qui veut que la seule fonction des personnels à bord soit de proposer du thé ou du café. "J'explique ce que nous faisons, de notre formation à nos différents rôles à bord", détaille-t-elle. Initiation à l'aéronautique, cours de secourisme, spécialisation sur un type d'avion, sécurité, diplôme d'État validé par la DGAC (Direction générale de l'aviation civile), rien n'est laissé au hasard.

Après la pause repas, c'est Jonathan, officier pilote de ligne, qui prend le relais. Au menu de cette dernière partie théorique : présentation du parcours de formation et des grands principes aéronautiques. Il explique les coulisses du vol, de la préparation à l'atterrissage. Puis il reprend les bases de l'aérodynamique, de manière didactique et pédagogique, et très visuelle, à l'image de cette feuille de papier A4 sur laquelle il soufflera pour démontrer le principe de portance — qui permet à l'avion de décoller de rester dans les airs.

Tout est mis en œuvre pour expliquer que les appareils sont testés de la conception à la mise en service, qu'en cas de panne il y a toujours un système de relais et que la sécurité des passagers est garantie. "Je fais souvent le parallèle avec le chirurgien, qui a lui aussi un haut niveau d'exigence et à qui on confie sa santé lors d'une opération", explique Jonathan.

Le simulateur reproduit le cockpit d'un A320. Business Insider France

Vol fictif mais vraies sensations

Après une nouvelle pause, direction le simulateur de vol, qui reproduit à l'identique le cockpit d'un A320. "L'arrivée devant le simulateur peut générer du stress, c'est pourquoi on leur laisse le temps de s'approprier cet équipement", indique le pilote. Une fois que tout le monde est installé, il explique à quoi correspondent les différents éléments du cockpit et les procédures réglementaires.

Lors d'un "survol" de Paris, un exercice sur les "illusions sensorielles" permettra de constater que le ressenti est parfois loin des manœuvres effectuées par l'équipage : l'impression de descente est en fait une manœuvre à droite, alors qu'un ralentissement donne l'impression de plonger en avant. "Les sensations que peuvent avoir les passagers sont complètement faussées", indiquent Jonathan et Emmanuelle.

Si le premier vol s'est déroulé sans encombres, le second sera un peu plus agité — les participants sont prévenus, pour éviter tout stress supplémentaire. Attente au décollage pour cause "d'embouteillage" sur la piste, turbulences, remise des gaz, et même feu moteur, ces différentes situations sont gérées en toute sécurité. L'occasion de se rendre compte que les turbulences sont en fait un phénomène bénin, désagréable certes, mais non dangereux, pourvu que les passagers soient attachés, car c'est le risque de chute/blessure qui est plus grave que la turbulence en elle-même.

Une fin de journée haute en émotions

Après plus d'1h30 de simulateur, retour en salle pour un dernier débriefing et… la remise du certificat de participation. "Nous leur indiquons qu'ils peuvent à tout moment nous solliciter après ce stage", indique Anick Denel-Zuurdeeg, la responsable du centre anti-stress. Les participants peuvent également demander une "recommandation" pour prévenir l'équipage avec lequel ils voleront par la suite. Ils repartiront également avec un livre, "Comment ne plus avoir peur en avion".

Une journée riche en émotions et fatigante physiquement, mais qui semble porter ses fruits. "Il arrive que nous recevions des messages d'anciens participants, qui nous envoient des photos de leurs vacances à l'autre bout du monde, des grands-parents qui vont voir leurs petits-enfants… ce sont autant de témoignages de réussite", conclut Anick Denel-Zuurdeeg.

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